Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

Big Sur Evening

17 Août 2014, 04:59am

Publié par vertuchou

 Simon Bull, Big Sur Evening

Simon Bull, Big Sur Evening

Voir les commentaires

Tu n’es pas du tout vertueuse

16 Août 2014, 04:19am

Publié par vertuchou

Tu n’es pas du tout vertueuse,

Je ne suis pas du tout jaloux :
C’est de se la couler heureuse
Encor le moyen le plus doux.

Vive l’amour et vivent nous !

Tu possèdes et tu pratiques
Les tours les plus intelligents
Et les trucs les plus authentiques
À l’usage des braves gens

Et tu m’as quels soins indulgents !

D’aucuns clabaudent sur ton âge
Qui n’est plus seize ans ni vingt ans,
Mais ô ton opulent corsage,
Tes yeux riants, comme chantants,

Et ô tes baisers épatants !

Sois-moi fidèle si possible
Et surtout si cela te plaît,
Mais reste souvent accessible
À mon désir, humble valet

Content d’un " viens ! " ou d’un soufflet.

" Hein ? passé le temps des prouesses !
Me disent les sots d’alentour.
Ca, non, car grâce à tes caresses
C’est encor, c’est toujours mon tour.

Vivent nous et vive l’amour !


Paul Verlaine

Voir les commentaires

En poésie, on n’habite que le lieu

15 Août 2014, 04:21am

Publié par vertuchou

En poésie, on n’habite que le lieu que l’on quitte, on ne crée que l’œuvre dont on se détache, on n’obtient la durée qu’en détruisant le temps.
— René Char

Voir les commentaires

Position du poème

14 Août 2014, 04:46am

Publié par vertuchou

il est assis
il a les genoux pliés
il voit le monde
il voit des fleurs de trèfle blanches
il voit un toit de tuiles rouges
il voit un carré de ciel gris
il ne voit pas le monde
il est le monde à lui tout seul
il peut changer de place
il peut se lever
il pourrait s’éloigner de sa table
il irait dans la cuisine
parmi les couteaux métalliques
parmi les fourchettes acérées
parmi les casseroles bouillantes
il se couperait une tranche de monde
il mordrait dans le monde à belles dents
ici il voit le monde avec les doigts
il compte le monde sur un clavier
il écrit une partition
la partition s’appelle le monde
c’est une partition en sol mineur
en ciel majeur en tuiles diésées
en trèfle blanc
en genoux pliés
les touches du clavier sont noires
ne touchez pas aux touches s’il vous plaît
le poème est assis
le poème est en train de s’écrire
il est interdit de parler au poème
do not disturb
non ce n’est pas de l’anglais
le poème est écrit en français
le clavier est fabriqué en Allemagne
made in germany
c’est un clavier adler
mais le poème est français
cela se reconnaît
à la façon dont le poème est assis
le poème n’est pas assis sur le monde
le poème est assis dans son fauteuil
on voit le fauteuil
on voit un coin de monde
mais on voit aussi le fauteuil
on voit surtout le fauteuil
c’est un « cadot » picard
c’est un « cadot » traditionnel en paille tressée
c’est un « cadot » paysan
il n’y a plus de paysan
ceux qui restent préfèrent le formica
les statistiques sont formelles
les paysans d’aujourd’hui préfèrent le formica
une statistique n’est pas un poème
le poème est une fausse statistique
les statistiques sont une salle d’attente
les statistiques attendent qu’on les appelle
si personne ne les appelait les statistiques ne bougeraient pas
les statistiques ont besoin d’un docteur
attention le poème va se lever
les statistiques se soignent
attention le poème se lève
ne restez pas dans ses jambes
le poème est sorti
le poème laisse son fauteuil vide
à la place du poème on voit ce qu’il voyait
on voit des fleurs de trèfle blanches
on voit un toit de tuiles rouges
on voit un carré de ciel gris
on voit le monde
tout à coup on voit passer le poème
on le voit passer de sa place
de la place où il s’assied
il ne nous voit pas
il ne voit pas qu’on est assis à sa place
il ne voit pas qu’on le voit
le poème est dehors
le poème est derrière la vitre
on ne sait pas ce qu’il voit
on le saura à son retour
le poème revient
le poème ne s’éloigne pas
on ne connaît pas de poème qui soit jamais parti
définitivement
pour toujours
cela ferait un vide
le poème est domestique
le poème est sauvagement domestique
il ne tient pas en place
il tourne sur place
il tourne sur lui-même
attention le poème va rentrer
le poème rentre
il a l’air d’un poème qui a pris l’air
il est inspiré
il plie les genoux
il se carre dans son cadot
la paille crisse
il pose les doigts sur le clavier
on entend la musique des touches
c’est un ravissement
je ne connais rien de plus beau que la musique des touches
écoutez

Jacques Darras

Voir les commentaires

Ibrahim Maalouf

13 Août 2014, 04:16am

Publié par vertuchou

Ibrahim Maalouf Paléo Festival 2012

Voir les commentaires

Dans mon lit

12 Août 2014, 04:12am

Publié par vertuchou

Quand je rentre chez moi le soir
Je me lave les pieds sans retard
Et j'enfile mon pyjama rayé
Pour aller me coucher
Sitôt que je suis dans mes draps
C'est la fin de tous les tracas
Dès que je mets ma tête sur l'oreiller
Je commence à rêver

Il m'arrive des trucs terribles le soir dans mon lit
Je tire des lions comme à la cible et je bouffe des grizzlis
Dans les journaux de la ville
J'ai ma photographie en grand format et
Les femmes s'offrent à moi
J'escalade des montagnes et je bats des records
Je trafique de la came du pôle sud au pôle nord
Et la Reine d'Angleterre
Me suggère de remplacer le Prince Consort
Je franchis le mur du son
Sans ressentir un frisson
Je donne des interviews
Et l'on me trouve un talent fou des salles entières m'acclament debout
Je suis le premier pilote à prendre la fusée
Qui va porter sur la lune la recette du boeuf braisé
Je suis un vrai surhomme
Je sais voler de succès en succès

L'autre jour j'accours au bureau
Et je raconte tout de go
Les exploits de mon esprit mutin
Devant tous les copains
Y avait Gaby la secrétaire
Qu'écoutait sans en avoir l'air
Et qui murmure oui tout ça c'est merveilleux
Mais je vous propose bien mieux

Il m'arrive un truc terrible ce soir dans mon lit
J'ai le trac c'est infernal je me sens petit petit
Pas question que je dorme
Gaby est là étendue près de moi et
Je suis pas plus fier que ça
Quand ça m'arrivait en rêve je savais comment faire
Je tombais sans coup férir des filles aux seins de fer
Mais Gaby me regarde
Et ça me fait des trucs dans l'estomac
Elle s'approche un peu
Elle a de grands yeux bleus
Et de longs cheveux blonds
Qui s'entortillent dans les boutons de mon pyjama en toile d'avion
Mais voilà qu'elle m'embrasse et je sens tout tourner
Plus de lion, fini la chasse je suis ratatiné
Adieu mes rêves sages
Plus d'aventure et pourtant je sens bien

Que celle-là recommencera
Demain soir et après demain... Jusqu'à la fin des fins!

Boris Vian

Voir les commentaires

Sonnet / Soneto

11 Août 2014, 04:33am

Publié par vertuchou

J'ai peur de perdre la merveille
de tes yeux de statue, et l'accent
que, pendant la nuit, pose sur ma joue
la rose solitaire de ton haleine.

J'ai peine à n'être en cette rive
qu'un tronc sans branches; et ce qui me désole
est de ne pas avoir la fleur, pulpe ou argile,
pour le ver de ma souffrance.

Et si toi tu es mon trésor occulte,
si tu es ma croix, ma douleur mouillée,
si je suis le chien de ton domaine,
ne me laisse perdre ce que j'ai gagné
et décore les eaux de ton fleuve
avec des feuilles de mon automne désolé.

Federico Garcia Lorca

Tengo miedo a perder la maravilla
de tus ojos de estatua, y el acento
que de noche me pone en la mejilla
la solitaria rosa de tu aliento.

Tengo pena de ser en esta orilla
tronco sin ramas; y lo que más siento
es no tener la flor, pulpa o arcilla,
para el gusano de mi sufrimiento.

Si tú eres el tesoro oculto mío,
si eres mi cruz y mi dolor mojado,
si soy el perro de tu señorìo,
no me dejes perder lo que he ganado
y decora las aguas de tu río
con hojas de mi otoño enajenado.

Voir les commentaires

A une femme

10 Août 2014, 05:11am

Publié par vertuchou

Enfant ! si j’étais roi, je donnerais l’empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d’or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !

Si j’étais Dieu, la terre et l’air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L’éternité, l’espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !

Victor Hugo

Voir les commentaires

Tarascon

9 Août 2014, 04:27am

Publié par vertuchou

Henri Cartier-Bresson, Tarascon. 1959.

Henri Cartier-Bresson, Tarascon. 1959.

Voir les commentaires

Pur à présent décline le soir d'été

8 Août 2014, 04:03am

Publié par vertuchou

Pur à présent décline le soir d'été
Autour de ma maison, en splendeur adoucie
Le ciel sur son front sacré ne porte pas
Un seul nuage de mélancolie -

La vieille tour, anchâssée dans la lueur d'or,
Contemple d'en haut le soleil qui descend -
Si doucement le soir se fond dans la nuit
Qu'on peut à peine dire le jour fini -

Et c'est justement l'heure joyeuse
Où nous avions coutume de nous échapper
De secouer la tyrannie du labeur
Pour aller avec entrain joeur dehors -

Alors pourquoi tout est-il si triste et seul?
Nul pas allègre dans l'escalier -
Nul rire, nul accent pour donner cœur
Mais partout un silence sans voix.

J'ai tourné sans fin dans notre jardin
Et il me semblait qu'à chaque tour
Des pas allaient et venaient à ma rencontre
Et des mots portés par les souffles

En vain - ils ne viendront pas aujourd'hui
Et le rayon du matin poindra aussi morne
Dites: sont-ils perdus à jamais, nos éclairs
De soleil dans les brumes du souci?

Mais non, l'Espoir réprobateur assure
Qu'il est doux de pleurer les joies enfuies
Quand chaque orage voilant leur lumière
Prépare un plus divin retour.
30 août 1839.

Emily Bronté

Voir les commentaires