Vertuchou.over-blog.com
Coups de cœur
C’est lui, c’est lui
C’est lui, c’est lui
aussitôt j’ai su
à l’instant même où il
mon sang a fait son grand tour
à l’instant même où je l’ai vu
dès que je vous ai vu, tu m’as plu
dès qu’il m’a regardé, je n’ai plus pu
dès ce moment je n’ai eu de cesse de
il a suffi que vous, il a fallu que tu
mon cœur l’a reconnu au premier coup de son œil
c’était en bas, dans la rue, chez des amis, au café
(il pleuvait)
son âme tout entière vaut le regard, détour, voyage
je vous aime depuis tous ces yeux que vous m’avez balancés
je vous aime car ma gorge s’est renouée, mon sang n’a fait qu’un, mes veines sont devenue bleues
vous m’avez donné le goût des larmes, des chaudes larmes, du sel dans la bouche
je vous aime pour tout ce sang que vous avez retourné jusqu’à ce que mon plus grand silence apparaisse
c’était chez des organes, il pleuvait, c’était au café, dans une salle d’attente, c’était, c’était là
quand je pense que je nous attendais depuis tant de temps, depuis tout le temps, depuis tout de suite, depuis là
Jacques Rebotier
Le poète doit tenir la balance
Le poète doit tenir la balance égale entre le monde physique de la veille
et l'aisance redoutable du sommeil, les lignes de la connaissance
dans lesquelles il couche le corps subtil du poème,
allant indistinctement de l'un à l'autre de ces états différents de la vie.
René Char
Elsa je t'aime
[...]
Au biseau des baisers
Les ans passent trop vite
Évite évite évite
Les souvenirs brisés
Ce quatrain qui t’a plu pour sa musique triste
Quand je te l’ai donné comme un trèfle fleuri
Stérilement dormait au fond de ma mémoire
Je le tire aujourd’hui de l’oublieuse armoire
Parce que lui du moins tu l’aimais comme on chante
‘Elsa je t’aime’ ô ma touchante ô ma méchante
Les ans passent trop vite
Au biseau des baisers
Évite évite évite
Les souvenirs brisés
Rengaine de cristal murmure monotone
Ce n’est jamais pour rien que l’air que l’on fredonne
Dit machinalement des mots comme des charmes
Un jour vient où les mots se modèlent aux larmes
Ah fermons ce volet qui bat sans qu’on l’écoute
Ce refrain d’eau tombe entre nous comme une goutte
Évite évite évite
Les souvenirs brisés
Au biseau des baisers
Les ans passent trop vite
Louis Aragon
Jazz Manouche
Jazz Manouche Concert 2005, Angelo Debarre- Tchavolo Schmitt -- Simon Chiquito Lambert -- Tchavolo Hassan -- Etienne Limoff
Les Plaintes d'un Icare
Les amants des prostituées
Sont heureux, dispos et repus;
Quant à moi, mes bras sont rompus
Pour avoir étreint des nuées.
C'est grâce aux astres nonpareils,
Qui tout au fond du ciel flamboient,
Que mes yeux consumés ne voient
Que des souvenirs de soleils.
En vain j'ai voulu de l'espace
Trouver la fin et le milieu;
Sous je ne sais quel oeil de feu
Je sens mon aile qui se casse;
Et brûlé par l'amour du beau,
Je n'aurai pas l'honneur sublime
De donner mon nom à l'abîme
Qui me servira de tombeau.
— Charles Baudelaire
Les villes invisibles
"Les villes invisibles sont un rêve qui nait au cœur des villes invivables."
Italo Calvino
Pause / Pausa
De temps en temps il faut faire
une pause
s’observer soi-même
sans le plaisir intense quotidien
examiner le passé
rubrique par rubrique
étape par étape
carreau par carreau
et ne pas pleurer les mensonges
mais chanter les vérités.
De vez en cuando hay que hacer
una pausa
contemplarse a sí mismo
sin la fruición cotidiana
examinar el pasado
rubro por rubro
etapa por etapa
baldosa por baldosa
y no llorarse las mentiras
sino cantarse las verdades.
Mario Benedetti
Misty Day On Fifth Avenue
Ma dernière pensée
Adieu, Patrie adorée, pays chéri du soleil,
Perle de la mer d’Orient, notre Éden perdu.
Je vais joyeux te donner ma triste et sombre vie.
Et fût-elle plus brillante, plus fraîche, plus fleurie,
Je la donnerais encore pour toi, je la donnerais pour ton bonheur.
Sur les champs de bataille, dans le délire des luttes,
D’autres s’offrent tout entiers, sans hésitation, sans remords;
Qu’importe le lieu du sacrifice, les cyprès, le laurier ou le lys,
L’échafaud ou la rase campagne, le combat ou le supplice cruel,
L'holocauste est le même quand le réclament la Patrie et le foyer.
Je meurs au moment où je vois se colorer le ciel,
Quand surgit enfin le jour derrière la cagoule endeuillée de la nuit;
S’il te faut de la pourpre pour teindre ton aurore,
Prends mon sang, épands-le à l’heure propice,
Et que le dore un reflet de sa naissante lumière.
Mes rêves d’enfant à peine adolescent,
Mes rêves de jeune homme déjà plein de vigueur,
Furent de voir un jour, joyau de la mer Orientale,
Tes yeux noirs séchés, ton tendre et doux front relevé,
Sans pleurs, sans rides, sans stigmates de honte.
Songe de ma vie entière, ô mon âpre et brûlant désir,
Salut! te crie mon âme qui bientôt va partir,
Salut! oh! qu’il est beau de tomber pour que ton vol soit libre,
De mourir pour te donner la vie, de mourir sous ton ciel,
Et de dormir éternellement sous ta terre enchantée.
Sur mon sépulcre, si tu vois poindre un jour
Dans l’herbe épaisse une humble et simple fleur,
Approche-la de tes lèvres et y embrasse mon âme;
Que je sente sur mon front descendre dans la tombe glacée,
Le souffle de ta tendresse, la chaleur de ton haleine.
Laisse la lune m’inonder de sa lumière tranquille et douce,
Laisse l’aube épanouir sa fugace splendeur,
Laisse gémir le vent en long murmure grave,
Et, si quelque oiseau sur ma croix descend et se pose,
Laisse l’oiseau chanter son cantique de paix;
Laisse l’eau des pluies qu’évapore le brûlant soleil
Remonter pure au ciel emportant ma clameur,
Laisse un être ami pleurer ma fin prématurée,
Et, par les soirs sereins, quand une âme pour moi priera,
Prie aussi, ô Patrie! prie Dieu pour mon repos.
Prie pour tous ceux qui moururent sans joie,
Pour ceux qui souffrirent d’inégalables tourments,
Pour nos pauvres mères gémissant leur amertume,
Pour les orphelins et les veuves, pour les prisonniers qu’on torture,
Et prie aussi pour toi qui marches à la Rédemption finale.
Et quand dans la nuit obscure s’enveloppera le cimetière
Et que seuls les morts abandonnés y veilleront,
Ne trouble pas le repos, ne trouble pas le mystère;
Si, parfois, tu entends un accord de cithare ou de psalterion
C’est moi, chère Patrie, c’est moi qui te chanterai.
Et quand ma tombe, de tous oubliée,
N’aura plus ni croix ni pierre qui marquent sa place,
Laisse le laboureur y tracer son sillon, la fendre de sa houe,
Et que mes cendres, avant de retourner au néant,
Se mélangent à la poussière de tes pelouses.
Lors peu m’importera que tu m’oublies,
Je parcourrai ton atmosphère, ton espace, tes rues;
Je serai pour ton oreille la note vibrante et limpide,
L’arome, la lumière, les couleurs, le bruit, le chant aimé,
Répétant à jamais le principe de ma foi.
Patrie idolâtrée, douleur de mes douleurs,
Chères Philippines, écoute l’ultime adieu;
Je laisse tout ici, ma famille, mes amours,
Je m’en vais où il n’y a ni esclaves, ni bourreaux, ni tyrans,
Où la foi ne tue pas, où celui qui règne est Dieu.
Adieu, parents, frères, parcelles de mon âme,
Amis de mon enfance au foyer perdu.
Rendez grâces: je me repose après le jour pénible.
Adieu, douce étrangère, mon amie, ma joie,
Adieu, êtres aimés: mourir c’est se reposer!
José Rizal

