Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

Ôki saisit la main de la jeune fille

21 Juin 2014, 04:35am

Publié par vertuchou

Ôki saisit la main de la jeune fille. "Keiko ne te maquille pas…"
- "Vous me faites mal !" dit Keiko, en se tournant vers Ôki. "Vous êtes vraiment odieux !"
- "Ton visage est beau tel quel. Avec ces jolies dents et ces sourcils… ”

Ôki appuya ses lèvres sur la joue brillante de la jeune fille.
Keiko laissa échapper un petit cri. La chaise de la coiffeuse bascula, et elle perdit l’équilibre. Les lèvres d’Ôki furent sur les siennes.
Ce fut un long baiser.
Ôki détourna sa bouche de celle de Keiko pour reprendre son souffle.
“Non, non, embrassez-moi encore…”, dit Keiko, en l’attirant à elle.
Ôki fut sidéré. “même les pêcheuses de perles ne peuvent rester sous l’eau aussi longtemps. Tu vas perdre connaissance !
- "Faites-moi perdre connaissance…"
- "Les femmes ont plus de souffle que les hommes.”

Yasunari Kawabata, Tristesse et beauté

Voir les commentaires

Avecque mon amour

20 Juin 2014, 04:53am

Publié par vertuchou

Avecque mon amour naît l’amour de changer,
J’en aime une au matin ; l’autre au soir me possède.
Premier qu’avoir le mal, je cherche le remède,
N’attendant être pris pour me désengager.

Sous un espoir trop long je ne puis m’affliger,
Quand une fait la brave, une autre lui succède ;
Et n’aime plus longtemps la belle que la laide :
Car dessous telles lois je ne veux me ranger.

Si j’ai moins de faveur, J’ai moins de frénésie :
Chassant les passions hors de ma fantaisie,
À deux, en même pour, je m’offre et dis adieu.

Mettant en divers lieux l’heur de mes espérances,
Je fais peu d’amitié et bien des connaissances ;
Et me trouvant partout, je ne suis en nul lieu.

Nicolas Vauquelin des Yveteaux

Voir les commentaires

General View from Penthouse, 56 Seventh Avenue

19 Juin 2014, 04:14am

Publié par vertuchou

Berenice Abbott, General View from Penthouse, 56 Seventh Avenue, 1937

Berenice Abbott, General View from Penthouse, 56 Seventh Avenue, 1937

Voir les commentaires

La cueillette

18 Juin 2014, 04:34am

Publié par vertuchou

Nous vînmes au jardin fleuri pour la cueillette.
Belle, sais-tu combien de fleurs, de roses thé,
Roses pâles d’amour qui couronnent ta tête,
S’effeuillent chaque été ?

Leurs tiges vont plier au grand vent qui s'élève.
Des pétales de rose ont chu dans le chemin.
O Belle, cueille-les, puisque nos fleurs de rêve
Se faneront demain !

Mets-les dans une coupe et toutes portes closes,
Alanguis et cruels, songeant aux jours défunts,
Nous verrons l’agonie amoureuse des roses
Aux râles de parfums.

Le grand jardin est défleuri, mon égoïste,
Les papillons de jour vers d’autres fleurs ont fui,
Et seuls, dorénavant viendront au jardin triste,
Les papillons de nuit.

Et les fleurs vont mourir dans la chambre profane.
Nos roses tour à tour effeuillent leur douleur.
Belle, sanglote un peu … Chaque fleur qui se fane,
C’est un amour qui meurt.

Guillaume Apollinaire

Voir les commentaires

Le poème

17 Juin 2014, 11:12am

Publié par vertuchou

Le poème
Nous met au monde.

Eugène Guillevic

Voir les commentaires

Réveil

16 Juin 2014, 04:24am

Publié par vertuchou

J'ai le regret des jours que j'ai vécus sans toi,

Sans te voir, sans t'aimer, sans te connaître même,

Mais je te réservais, comme un trésor suprême,

Le don de tout l'amour que je portais en moi.

Alors ne songeons plus aux heures envolées,

Où j'ai laissé mon cœur s'attendrir et pleurer ;

Sans doute j'attendais le temps de t'adorer

Avec toute l'ardeur des âmes désolées.

Et voici qu'est venu l'instant délicieux

Où je me sens t'aimer, et mon cœur s'émerveille ;

De ma sombre torpeur, enfin, je me réveille,

J'ai retrouvé la vie au profond de tes yeux.

Ida Faubert

Voir les commentaires

Estrella Mountains

15 Juin 2014, 04:26am

Publié par vertuchou

Ed Mell  "Estrella Mountains", huile sur toile

Ed Mell "Estrella Mountains", huile sur toile

Voir les commentaires

Je n’ai jamais imaginé

14 Juin 2014, 04:15am

Publié par vertuchou

Je n’ai jamais imaginé qu’on pût être à ce point hanté par une voix, par un cou, par des épaules, par des mains. Ce que je veux dire c’est qu’elle avait des yeux où il faisait si bon vivre que je n’ai jamais su où aller depuis.
Romain Gary - La Promesse de l’Aube

Voir les commentaires

Chef de section

13 Juin 2014, 04:11am

Publié par vertuchou

Ma bouche aura des ardeurs de géhenne,
Ma bouche te sera un enfer de douceur et de séduction,
Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur,
Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut,
Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté,
Ton âme s'agitera comme une région pendant un tremblement de terre,
Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est amassé,
Dans les regards de l'humanité depuis qu'elle existe,
Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine de disparates,
Variée comme un enchanteur qui sait varier ses métamorphoses,
L'orchestre et les chœurs de ma bouche te diront mon amour,
Elle te le murmure de loin,
Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la minute prescrite pour l'assaut.

Guillaume Apollinaire

Voir les commentaires

Les quatre sans cou

12 Juin 2014, 04:29am

Publié par vertuchou

Ils étaient quatre qui n'avait plus de tête,
Quatre à qui l'on avait coupé le cou,
On les appelait les quatre sans cou.

Quand ils buvaient un verre,
Au café de la place ou du boulevard,
Les garçons n'oubliaient pas d'apporter des entonnoirs.

Quand ils mangeaient, c'était sanglant,
Et tous quatre chantant et sanglotant,
Quand ils aimaient, c'était du sang.

Quand ils couraient, c'était du vent,
Quand ils pleuraient, c'était vivant,
Quand ils dormaient, c'était sans regret.

Quand ils travaillaient, c'était méchant,
Quand ils rodaient, c'était effrayant,
Quand ils jouaient, c'était différent.

Quand ils jouaient, c'était comme tout le monde,
Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
Quand ils jouaient, c'était étonnant.

Mais quand ils parlaient, c'était d'amour.
Ils auraient pour un baiser
Donné ce qui restait de leur sang.

Leurs mains avaient des lignes sans nombre
Qui se perdaient parmi les ombres
Comme des rails dans la forêt.

Quand ils s'asseyaient, c'était plus majestueux que des rois
Et les idoles se cachaient derrière leurs croix
Quand devant elles ils passaient droits.

On leur avait rapporté leur tête
Plus de vingt fois, plus de cent fois,
Les ayant retrouvés à la chasse ou dans les fêtes,

Mais jamais ils ne voulurent reprendre
Ces têtes où brillaient leurs yeux,
Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.

Cela ne faisait peut-être pas l'affaire
des chapeliers et des dentistes.
La gaieté des uns rend les autres tristes.

Les quatre sans cou vivent encore, c'est certain
J'en connais au moins un
Et peut-être aussi les trois autres.

Le premier, c'est Anatole,
Le deuxième, c'est Croquignolle,
Le troisième, c'est Barbemolle,
Le quatrième, c'est encore Anatole.

Je les vois de moins en moins,
Car c'est déprimant à la fin,
La fréquentation des gens trop malins.

---- Robert Desnos

Voir les commentaires