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Coups de cœur
Tristesse de la Lune
Ce soir, la lune rêve avec plus de paresse;
Ainsi qu'une beauté, sur de nombreux coussins,
Qui d'une main distraite et légère caresse
Avant de s'endormir le contour de ses seins,
Sur le dos satiné des molles avalanches,
Mourante, elle se livre aux longues pâmoisons,
Et promène ses yeux sur les visions blanches
Qui montent dans l'azur comme des floraisons.
Quand parfois sur ce globe, en sa langueur oisive,
Elle laisse filer une larme furtive,
Un poète pieux, ennemi du sommeil,
Dans le creux de sa main prend cette larme pâle,
Aux reflets irisés comme un fragment d'opale,
Et la met dans son coeur loin des yeux du soleil.
Charles Baudelaire
Le poète fait venir la similitude
Le poète fait venir la similitude jusqu'aux signes qui la disent,
le fou charge tous les signes d'une ressemblance qui finit par les effacer.
Ainsi ont-ils tous les deux, au bord extérieur de notre culture
et au plus près de ses partages essentiels, cette situation “à la limite” […]
où leur paroles trouvent sans cesse leur pouvoir d'étrangeté
et la ressource de leur contestation.
Michel Foucault
Les planches courbes
Et si demeure
Autre chose qu'un vent, un récif, une mer,
Je sais que tu seras, même de nuit,
L'ancre jetée, les pas titubant sur le sable,
Et le bois qu'on rassemble, et l'étincelle
Sous les branches mouillées, et, dans l'inquiète
Attente de la flamme qui hésite,
La première parole après le long silence,
Le premier feu à prendre au bas du monde mort.
Yves Bonnefoy
Suite française n° 4 en mi bémol majeur, BWV 815
Jean-Sébastien Bach, Suite française n° 4 en mi bémol majeur, BWV 815, vers 1720-1724
Dors à mes pieds
Dors à mes pieds !... Rêve d'amour
Mon souffle, comme une caresse,
Glissera sur le pur contour
De ce beau front qu'avec paresse
Tu reposes sur mes genoux.
Dors à mes pieds, tout fait silence,
Hors la branche qui se balance,
Souple et frêle, au-dessus de nous;
Dors à mes pieds, tout fait silence.
Sous mes baisers clos tes yeux noirs,
Tes yeux où brillent tant de flammes,
Qu'on les croirait les deux miroirs
Où se reflètent nos deux âmes.
Dors à mes pieds !... Rêve d'amour;
Je suis jalouse de tes rêves,
Comme du temps que tu m'enlèves
Avec le monde chaque jour...
Je suis jalouse de tes rêves !...
Le soleil glisse à l'horizon.
Pas un souffle, pas un nuage...
Un rayon d'or, sur le gazon,
Reste comme un heureux présage !
Nos riches tapis ne sont pas
Aussi doux que ce lit de mousse
Où, folâtre, ta main repousse
Le brin d'herbe effleurant mon bras.
Dors sur l'herbe, les fleurs, la mousse...
Dors à mes pieds !... Rêve d'amour:
Mon souffle, comme une caresse,
Glissera sur le pur contour
De ce beau front qu'avec paresse
Tu reposes sur mes genoux.
Dors à mes pieds, tout fait silence,
Hors la branche qui se balance,
Souple et frêle, au-dessus de nous;
Dors à mes pieds, tout fait silence.
Mélanie Waldor
Je connais des bateaux
Je connais des bateaux qui restent dans le port
De peur que les courants les entraînent trop fort.
Je connais des bateaux qui rouillent dans le port
À ne jamais risquer une voile au dehors.
Je connais des bateaux qui oublient de partir:
Ils ont peur de la mer à force de vieillir.
Et les vagues jamais ne les ont séparés,
Leur voyage est fini avant de commencer.
Je connais des bateaux tellement enchaînés
Qu'ils en ont désappris comment se regarder.
Je connais des bateaux qui restent à clapoter
Pour être vraiment sûrs de ne pas se quitter.
2.- Je connais des bateaux qui s'en vont deux par deux
Affronter le gros temps quand l'orage est sur eux.
Je connais des bateaux qui s'égratignent un peu
Sur les routes océanes où les mènent leurs jeux.
Je connais des bateaux qui n'ont jamais fin
De s'épouser encore tous les jours de leur vie
Et qui ne craignent pas parfois de s'éloigner
L'un de l'autre un moment pour mieux se retrouver.
Je connais des bateaux qui reviennent au port,
Labourés de partout mais plus graves et plus forts.
Je connais des bateaux étrangement pareils
Quand ils ont partagé des années de soleil.
Je connais des bateaux qui reviennent d'amour,
Quand ils ont navigué jusqu'à leur dernier jour,
Sans jamais replier leurs ailes de géants
Parce qu'ils ont le coeur à taille d'océan!
Jean-Claude Giannada
Si...
Si ma tête était à l'envers
Si notre patronne s'appelait Rivière
Si les murs étaient transparents
Si j'habitais avec ma maman
Si l'ordinateur était inutile
Si mon chien regardait une île
Si je parlais à mon chat
Si j'étais invitée aux fiestas
Si mon cheval portait mon sac
Si je nageais dans une flaque
Si mes cheveux étaient multicolores
Si ma chambre était en or
Je m'appellerais Laure
Tous les jours je garderais la maison
Quand j'irais aux magasins je prendrais des poussins
Pendant des vacances j'irais à la piscine
Et j'apporterais de la farine
Quel ennui d'aller à la ravine !
Treicy Kichenama
Chercher plus en avant
J'ai pleuré en rêve
J'ai pleuré en rêve ;
J'ai rêvé que tu étais morte ;
Je m'éveillai, et les larmes
coulèrent de mes joues.
J'ai pleuré en rêve ;
J'ai rêvé que tu me quittais ;
Je m'éveillai, et je pleurai
amèrement longtemps après.
J'ai pleuré en rêve ;
J'ai rêvé que tu m'aimais encore ;
Je m'éveillai, et le torrent de mes larmes
coule toujours, toujours.
Heinrich Heine
traduction : Gérard de Nerval
