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Coups de cœur
Elle avait tant à dire.
Elle avait tant à dire. Mais les mots lui semblèrent soudain trop légers.
Il n’existait qu’un langage suffisamment puissant.
Alors elle laissa son corps lui dire que c’était avec lui qu’elle voulait
rire, danser, chanter, pleurer, crier.
Dominique Demers, Pour rallumer les étoiles
Les deux soeurs
De ces deux jeunes sœurs je possède l'aînée,
Sa beauté claire brune a tout ce que je veux,
Mais comme son amour m'engage dans ses nœuds
Mon amour la ravit et la tient enchaînée.
Sa cadette pourtant me semble si bien née,
Sa bonté naturelle est si douce à mes voeux,
Ses yeux ont tant de traits, ses traits ont tant de feux,
Que mon âme se plaît d'en être illuminée.
Dans ce choix incertain de l'état où je suis,
Me dois-je déclarer ? Je n'ose, je ne puis,
L'amour et le respect étouffent mon langage.
Hasardons toutefois, mais un mot seulement ;
La cadette est constante, et l'aînée est volage,
Et je suis la constance et fuis le changement
Guillaume Colletet
Rien de plus
Rien de plus
Rien de moins
Rien du tout
Trois fois rien
J’existe encore
Et pour longtemps
Longtemps à attendre
A rêver
A rêver du rêve
Rêve sans trêve
Rêve d’espérance
Histoire de vivre
Vivre sans trêve
Maggy de Coster
Doric Angel
L'étoile de Vénus si brillante et si belle
L'étoile de Vénus si brillante et si belle,
Annonçait à nos yeux la naissance du jour,
Zéphire embrassait Flore, et soupirant d'amour,
Baisait de son beau sein la fraîcheur éternelle.
L'Aurore allait chassant les ombres devant elle,
Et peignait d'incarnat le céleste séjour,
Et l'astre souverain revenant à son tour,
Jetait un nouveau feu dans sa course nouvelle.
Quand Philis se levant avec que le soleil,
Dépouilla l'orient de tout cet appareil
Et de clair qu'il était le fit devenir sombre.
Pardon sacré flambeau de la terre et des cieux,
Sitôt qu'elle parut ta clarté fut une ombre,
Et l'on ne connut plus de soleil que ses yeux.
Claude Malleville
Le poète ne décrit pas
Le poète ne décrit pas les choses,
celles-ci deviennent dans les mots où elles s’étirent ou se contractent -
il s’agit là d’un miroir déformant pour le monde
car c’est toujours la langue qui a le pouvoir.
Pierre Garnier
A ce Printemps perdu
A ce Printemps perdu
où nous nous sommes aimés
au bord de la rivière
un jour du mois de Mai
A ce Printemps perdu
où l’on sent le bonheur
quitter cette espérance
qu’on laisse et ne voit plus
A ce Printemps perdu
et à la renaissance
d’une passion si belle
Vie qui n’existe plus
A ce Printemps perdu
et aux charmants oiseaux
et à ces chants d’idylles
belles, mises à nu
A ce Printemps perdu
Comme un beau violon
aux cordes abimées
Qu’on n’entendra plus jamais
A ce Printemps perdu
et à ces vieilles pierres
un jour au coeur des vignes
qui ne seront plus là
Elodie Santos, 2008
Malenfance
Moi qui rêvais étant enfant
Que je vivrais plus de mille ans
Que j’irais plus loin que le vent
Moi qui ne rêvais qu’océans
Parce que mes rêves étaient trop grands
Quand j’y pense
J’ai parcouru les continents
Du plus petit jusqu’au plus grand
Connu toutes sortes de gens,
J’ai vu des couchers de soleil
Qui devaient se croire sans pareils
D’importance
D’arrogance
Mais c’est à toi que je pense
Malenfance
Malenfance
J’en ai gardé souvenance
Je ne t’oublierai jamais.
J’ai vu plus que je ne verrai
Et des châteaux et des palais
Plus grands que je ne les rêvais
Palais se croyant éternels
C’était l’argent griffant le ciel
Quand j’y pense
J’ai vu des femmes et des diamants
Lequel de l’autre était l’amant ?
Toi la beauté à toi l’orient.
Ensemble on cru naïvement
Pour eux s’arrêterait le temps
La puissance
La jouvence
Mais c’est à toi que je pense
Malenfance
Malenfance
J’en ai gardé souvenance
Je ne te t’oublierai jamais
Leny Escudero
La jolie rousse
Me voici devant tous un homme plein de sens
Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître
Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour
Ayant su quelquefois imposer ses idées
Connaissant plusieurs langages
Ayant pas mal voyagé
Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie
Blessé à la tête trépané sous le chloroforme
Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte
Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul pourrait des deux savoir
Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre
Entre nous et pour nous mes amis
Je juge cette longue querelle de la tradition et de l'invention
De l'Ordre de l'Aventure
Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu
Bouche qui est l'ordre même
Soyez indulgents quand vous nous comparez
A ceux qui furent la perfection de l'ordre
Nous qui quêtons partout l'aventure
Nous ne sommes pas vos ennemis
Nous voulons nous donner de vastes et d'étranges domaines
Où le mystère en fleurs s'offre à qui veut le cueillir
Il y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues
Mille phantasmes impondérables
Auxquels il faut donner de la réalité
Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait
Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir
Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières
De l'illimité et de l'avenir
Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés
Voici que vient l'été la saison violente
Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps
O Soleil c'est le temps de la raison ardente
Jacqueline Kolb, la jolie rousse Et j'attends
Pour la suivre toujours la forme noble et douce
Qu'elle prend afin que je l'aime seulement
elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant
Elle a l'aspect charmant
D'une adorable rousse
Ses cheveux sont d'or on dirait
Un bel éclair qui durerait
Ou ces flammes qui se pavanent
Dans les roses-thé qui se fanent
Mais riez de moi
Hommes de partout surtout gens d'ici
Car il y a tant de choses que je n'ose vous dire
Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire
Ayez pitié de moi
Guillaume Apollinaire

