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Coups de cœur
Vous autres poètes avez fait de l’amour
Vous autres poètes avez fait de l’amour une immense imposture :
ce qui nous échoit semble toujours moins beau que ces rimes accolées
comme deux bouches l’une sur l’autre.
Et pourtant, quel autre nom donner à cette flamme
ressuscitant comme le Phénix de sa propre brûlure,
à ce besoin de retrouver le soir le visage et le corps
qu’on a quittés le matin ?
Marguerite Yourcenar, L’Oeuvre au noir -
Soupir
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton œil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur !
- Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.
Stéphane Mallarmé
Je suis verticale
Je suis verticale
Mais je voudrais être horizontale.
Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,
Les arbres et les fleurs ont répandu leur fraîche odeur.
Je marche parmi eux, mais aucun d’eux n’y prête attention.
Parfois je pense que lorsque je suis endormie
Je dois leur ressembler à la perfection –
Pensées devenues vagues.
Ce sera plus naturel pour moi, de reposer.
Alors le ciel et moi converserons à cœur ouvert,
Et je serai utile quand je reposerai définitivement :
Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher, et les fleurs m’accorder du temps.
Sylvia Plath
Sonates pour violon et pianoforte
Carl Philipp Emanuel Bach (1714 - 1788) - Sonates pour violon et pianoforte - Amandine Beyer (violon baroque de Pierre Jacquier (1996)) & Edna Stern (pianoforte, copie Walter).
Faim (Délires II)
“
Si j’ai du goût, ce n’est guère
Que pour la terre et les pierres.
Je déjeune toujours d’air,
De roc, de charbons, de fer.
Mes faims, tournez. Paissez, faims,
Le pré des sons.
Attirez le gai venin
Des liserons.
Mangez les cailloux qu’on brise,
Les vieilles pierres d’églises;
Les galets des vieux déluges,
Pains semés dans les vallées grises.
Le loup criait sous les feuilles
En crachant les belles plumes
De son repas de volailles :
Comme lui je me consume.
Les salades, les fruits
N’attendent que la cueillette;
Mais l’araignée de la haie
Ne mange que des violettes.
Que je dorme! que je bouille
Aux autels de Salomon.
Le bouillon court sur la rouille,
Et se mêle au Cédron.
Arthur Rimbaud
Paint It Black
And I want it painted black
No colors anymore
I want them to turn black
Dressed in their summer clothes
I have to turn my head
Until my darkness goes
And they're all painted black
With flowers and my love
Both never to come back
And quickly look away
Like a newborn baby
It just happens everyday
And see my heart is black
I see my red door
I must have it painted black
And not have to face the facts
It's not easy facing up
When your whole world is black
Go turn a deeper blue
I could not foresee this thing
Happening to you
Into the setting sun
My love will laugh with me
Before the morning comes
And I want it painted black
No colors anymore
I want them to turn black
Dressed in their summer clothes
I have to turn my head
Until my darkness goes
Painted black
Black as night
Black as coal
I wanna see the sun
Blotted out from the sky
I wanna see it painted, painted, painted
Painted black, yeah
The Rolling Stones
L’arbre est un paysage
L’arbre est un paysage
dont les branches se dressent
comme une grande voile
sur la chevelure infinie
des nuages et du vent…
Victor Varjac
Paris (un homme à bicylette)
En poésie
En poésie, on n’habite que le lieu que l’on quitte,
on ne crée que l’œuvre dont on se détache,
on n’obtient la durée qu’en détruisant le temps.
René Char

