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Coups de cœur
Mes lèvres
Mes lèvres sont mortes d’ivresse,
Embrasées dans un tourbillon,
Carillonnant plein de promesses,
En confettis et cotillons
Alors que tout autour de moi,
Semblait vibrer, tourbillonner,
Dans des éclats de rires gras,
Mes lèvres se sont desséchées
Je les avais brûlées pour toi,
Fardées de rouge et puis d’étoiles,
Amassées, cachées sous mon voile,
A l’aube en te croyant mon roi.
Mes lèvres sont mortes à minuit
Bien sûr, tu m’avais prévenue,
Venant après de moi, que toi,
Tu ne te mettrais pas à nu,
Que tu venais par désarroi,
Mais tes mains, tu me les tendais,
Tes mains trop grandes et tes doigts d’or,
Je les ai laissés me serrer,
Ils sont à la taille de mon corps.
Mes lèvres sont mortes à minuit
Quand dans ta nuit, tu m’as couchée,
C’est à ma bouche que tu pressais,
Ta tête lourde et ta douleur,
J’étais ton ange, ta douceur
Veilleuse de nuit, j’ai posé
Mes doigts sur tes yeux enfoncés,
Car je les sentais exploser,
Tes yeux, au creux de ta pensée.
Mes lèvres sont mortes à minuit
Ton ange, dans ce tourbillon,
Rêvait, quand ses lèvres ont pris feu,
Elles brûlaient pour le réveillon
Dans une brèche de tes yeux
Mes lèvres sont mortes à minuit
Au premier son du carillon,
Dont les douze coups m’ont réduite
En une pluie de cotillons
Mes lèvres sont mortes à minuit.
L (de son vrai nom Raphaële Lannadère)
Comment encore reconnaître
Comment encore reconnaître
ce que fut la douce vie ?
En contemplant peut-être
dans ma paume l'imagerie
.
de ces lignes et de ces rides
que l'on entretient
en fermant sur le vide ?
cette main de rien.
Rainer Maria Rilke
Je me glisse…
Je me glisse…
Je me glisse aux jointures
je me nourris aux confins
du temps des rencontres
de l’espace des instants
tu m’es présente par-dessus les fougères
les langues de la pelouse nous caressent
nous interrogeons le faîte du mur
nous affinons l’air
qui nous sépare
plus légères les branches
où se ramifie l’espoir
hauteur de ton souffle
sur nos mains tendues
L’attente efface
les distances
Nous ne sommes qu’une braise
dans la gorge du temps
Fernand Verhesen
Sunrise / Lever de soleil
Dans la rue glacée je te revois
« Dans la rue glacée je te revois moulée sur un frisson, les yeux seuls à découvert. Le col haut relevé, l’écharpe serrée de la main sur la bouche, tu étais l’image même du secret, d’un des grands secrets de la nature au moment où il se livre et dans tes yeux de fin d’orage on pouvait voir se lever un très pâle arc-en-ciel. [...]
Quand le sort t’a portée à ma rencontre, la plus grande ombre était en moi et je puis dire que c’est en moi que cette fenêtre s’est ouverte. La révélation que tu m’apportais, avant de savoir même en quoi elle pouvait consister, j’ai su que c’était une révélation »
André Breton Arcane 17
Le poète est celui qui inspire
Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré.
Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de grandes marges
de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé.
Leur principale qualité est non pas, je le répète, d’invoquer, mais d’inspirer.
Tant de poèmes d’amour sans objets réuniront, un beau jour, des amants.
Paul Eluard
Si je n’aimais que toi en toi
Si je n’aimais que toi en toi
Je guérirais de ton visage,
Je guérirais bien de ta voix
Qui m’émeut comme lorsqu’on voit,
Dans le nocturne paysage,
La lune énigmatique et sage,
Qui nous étonne chaque fois.
— Si c’était toi par qui je rêve,
Toi vraiment seul, toi seulement,
J’observerais tranquillement
Ce clair contour, cette âme brève
Qui te commence et qui t’achève.
Mais à cause de nos regards,
À cause de l’insaisissable,
À cause de tous les hasards,
Je suis parmi toi haute et stable
Comme le palmier dans les sables ;
Nous sommes désormais égaux,
Tout nous joint, rien ne nous sépare,
Je te choisis si je compare ;
— C’est toi le riche et moi l’avare,
C’est toi le chant et moi l’écho,
Et t’ayant comblé de moi-même,
Ô visage par qui je meurs,
Rêves, désirs, parfums, rumeurs,
Est-ce toi ou bien moi que j’aime ?
Anna de Noailles
Je vous apercevrai
Je vous apercevrai chaque jour à mesure
Que vous avancerez silencieuse et rare
Comme toutes vos paroles
Et je n’aurai pour vous qu’un geste et qu’un désir
Et je n’aurai pour vous qu’une joie très ancienne
Morte et ressuscitée avec votre silence
Et gardant la conscience du mal et des regrets
Une joie ayant la forme imprévisible d’un rayon
Une joie ayant la forme de deux mains qui se serrent
Et prennent la lumière et le ciel et la mer
Et l’eau de nos regards sans rien dire
Je vous apercevrai chaque jour à mesure
Plus précise et plus effacée
Plus lumineuse et plus obscure
Comme la mort du soleil à la fin des années
Ou comme un bruit de pas perdu dans les éthers
Comme le mal terrassé par la présence de la mort
Cette promesse éclatante d’une autre vie.
Jacques Prevel
Suite en la mineur
Georg Philipp Telemann, Ouverture et extraits "Suite en la mineur pour flûte à bec et cordes"

