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Voeu

11 Mars 2014, 18:13pm

Publié par vertuchou

Ainsi qu'on choisit une rose
Dans les guirlandes de Sarons,
Choisissez une vierge éclose
Parmi les lis de vos vallons.
LAMARTINE.


Si j'étais la feuille que roule
L'aile tournoyante du vent,
Qui flotte sur l'eau qui s'écoule,
Et qu'on suit de l'oeil en rêvant ;

Je me livrerais, fraîche encore,
De la branche me détachant,
Au zéphyr qui souffle à l'aurore,
Au ruisseau qui vient du couchant.

Plus loin que le fleuve, qui gronde,
Plus loin que les vastes forêts,
Plus loin que la gorge profonde,
Je fuirais, je courrais, j'irais !

Plus loin que l'antre de la louve,
Plus loin que le bois des ramiers,
Plus loin que la plaine où l'on trouve
Une fontaine et trois palmiers ;

Par delà ces rocs qui répandent
L'orage en torrent dans les blés,
Par delà ce lac morne, où pendent
Tant de buissons échevelés ;

Plus loin que les terres arides
Du chef maure au large ataghan,
Dont le front pâle a plus de rides
Que la mer un jour d'ouragan.

Je franchirais comme la flèche
L'étang d'Arta, mouvant miroir,
Et le mont dont la cime empêche
Corinthe et Mykos de se voir.

Comme par un charme attirée,
Je m'arrêterais au matin
Sur Mykos, la ville carrée,
La ville aux coupoles d'étain.

J'irais chez la fille du prêtre,
Chez la blanche fille à l'oeil noir,
Qui le jour chante à sa fenêtre,
Et joue à sa porte le soir.

Enfin, pauvre feuille envolée,
Je viendrais, au gré de mes voeux,
Me poser sur son front, mêlée
Aux boucles de ses blonds cheveux ;

Comme une perruche au pied leste
Dans le blé jaune, ou bien encor
Comme, dans un jardin céleste,
Un fruit vert sur un arbre d'or.

Et là, sur sa tète qui penche,
Je serais, fût-ce peu d'instants,
Plus fière que l'aigrette blanche
Au front étoilé des sultans.

Victor Hugo

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GB. England, Leeds

10 Mars 2014, 04:38am

Publié par vertuchou

Marc Riboud,  GB. England, Leeds, 1954.

Marc Riboud, GB. England, Leeds, 1954.

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Pourquoi la peau des lèvres est-elle si douce ?

9 Mars 2014, 04:47am

Publié par vertuchou

La douceur des lèvres - on peut retourner la question dans tous les sens - ne se justifie que pour donner des baisers.
[...] Quand Libert l'a embrassée pour la première fois, les lèvres de Thérèse sont parties toutes seules à la rencontre des siennes. Sûrement, elles cherchaient d'elles-mêmes la place qui est la leur, comme le poussin se glisse, à peine éclos, sous l'aile de sa mère.
Et une fois arrivées à destination, quel étrange délice ! Cela ne ressemblait à rien de connu. Les lèvres, inutiles de le dire, étaient ravies, mais surtout, elles tenaient absolument à le faire savoir au reste du corps. De lointaines extrémités, qui jusqu'alors avaient mené une existence paisible et effacée, s'ébrouaient, se dressaient, réclamaient, un peu affolées, qu'on s'intéresse à elles. Et pour les rassurer, Thérèse ne trouvait d'autre ruse que de les confier aux mains vigoureuses de Libert.

Armel Job, Baigneuse nue sur un rocher

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Standards

8 Mars 2014, 04:22am

Publié par vertuchou

Keith Jarrett trio : Keith Jarrett (piano), Gary Peacock (contrebasse) et Jack Dejohnette (batterie)

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A dream within a dream / Un songe dans un songe

7 Mars 2014, 04:20am

Publié par vertuchou

Take this kiss upon the brow !
And, in parting from you now,
Thus much let me avow —
You are not wrong, who deem
That my days have been a dream ;
Yet if hope has flown away
In a night, or in a day,
In a vision, or in none,
Is it therefore the less gone ?
All that we see or seem
Is but a dream within a dream.

I stand amid the roar
Of a surf-tormented shore,
And I hold within my hand
Grains of the golden sand —
How few ! yet how they creep
Through my fingers to the deep,
While I weep — while I weep !
O God ! can I not grasp
Them with a tighter clasp ?
O God ! can I not save
One from the pitiless wave ?
Is all that we see or seem
But a dream within a dream ?


Edgar Allan Poe (1849)

Sur le front reçois ce baiser !
Maintenant qu’on va se quitter,
Alors, laisse-moi t’avouer
Que tu ne fis aucun mensonge
En jugeant ma vie comme un songe ;
Mais si mon espoir s’est enfui,
Dans le jour ou bien dans la nuit,
Dans l’illusion ou le néant,
N’en est-il donc pas moins absent ?
Car partout où le regard plonge,
Tout n’est que songe dans un songe.

Je suis debout dans la tourmente
D’un rivage aux vagues démentes
Et je tiens serrés dans ma main
Les grains d’or du sable marin ;
Si peu ! Et pourtant, comme ils glissent
A travers mes doigts qui fléchissent !
Alors, je pleure et pleure encore.
Dieu ! Ne puis-je un plus grand effort
Pour serrer dans ma main plus fort ?
Dieu ! Ne sauverais-je donc plus
L’un d’eux de l’implacable flux ?
Et partout où le regard plonge,
N’est-il que songe dans un songe ?


(Traduction de Jean-Pierre Lefeuvre)

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Chanson de l’étranger

6 Mars 2014, 05:04am

Publié par vertuchou

Je suis à la recherche d’un homme que je ne connais pas,

qui jamais ne fut tant moi-même

que depuis que je le cherche. A-t-il mes yeux, mes mains

et toutes ces pensées pareilles

aux épaves de ce temps ?

Saison des mille naufrages,

la mer cesse d’être la mer,

devenue l’eau glacée des tombes.

Mais, plus loin, qui sait plus loin ?

Une fillette chante à reculons et règne la nuit sur les arbres,

bergère au milieu des moutons.

Arrachez la soif au grain de sel

qu’aucune boisson ne désaltère.

Avec les pierres, un monde se ronge

d’être, comme moi, de nulle part.

Edmond Jabès

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Q 1 Suprematistic

5 Mars 2014, 04:17am

Publié par vertuchou

Laszlo Moholy-Nagy, "Q 1 Suprematistic". 1923, huile sur toile,  95.2 x 95.2 cm

Laszlo Moholy-Nagy, "Q 1 Suprematistic". 1923, huile sur toile, 95.2 x 95.2 cm

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Reste ainsi

4 Mars 2014, 04:58am

Publié par vertuchou

Reste ainsi, je veux te regarder, je t'ai tellement regardé

mais tu n'étais pas pour moi et à présent tu es pour moi, ne t'approche pas,

je t'en prie,reste comme tu es ,nous avons une nuit pour nous seuls, et je veux te regarder, jamais je ne t'ai vu ainsi, ton corps pour moi,ta peau,

ferme les yeux,et caresse toi, je t'en prie […] je t’en prie, tout doucement […]


Alessandro Baricco Soie

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Feindre est le propre du poète

3 Mars 2014, 07:33am

Publié par vertuchou

Feindre est le propre du poète.
Il feint si complètement
Qu’il en arrive à feindre qu’est douleur
La douleur qu’il ressent vraiment

Et ceux qui lisent ses écrits
Ressentent sous la douleur lue
Non pas les deux qu’il a connues,
Mais bien la seule qu’ils n’ont pas

Ainsi, sur ses rails circulaires
Tourne, accaparant la raison,
Ce petit train à ressorts
Qui s’appelle le cœur

Fernando Pessoa

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La vérité sur l'amour / O Tell Me The Truth About Love

2 Mars 2014, 05:22am

Publié par vertuchou

On dit que l'amour est un petit garçon

Ou bien que c'est un oiseau
On dit que c'est lui qui fait tourner le monde
On dit aussi que c'est idiot
Mais quand j'ai interrogé mon voisin
Qui paraissait un expert
Sa femme s'est mise dans une colère noire
Disant qu'en voila des manières

Ressemble-t-il à un vieux pyjama ?
Au jambon d'une maison de cure ?
Sent il fort, comme le font les lamas ?
Ou est ce que son odeur rassure ?
Est-il piquant, au toucher, comme une haie?
Doux comme un duvet d’édredon ?
Sur les bords est-il pointu, ou bien tout rond ?
Dites-moi la vérité sur l'amour

Les livres d'histoire l'évoquent
Par d'indirectes allusions
C’est un sujet de discussion
Sur les paquebots transatlantiques
Je l'ai vu souvent mentionné
Dans des rapports de suicides
Je l'ai même trouvé griffonné
Au dos d'éphémérides

Hurle-t-il comme un dogue affamé ?
Braille-t-il comme une fanfare militaire ?
Arriverait-on à l’imiter ?
Sur une scie, ou un Steinway de concert ?
Est ce qu'on crie quand il chante dans les fêtes ?
Est ce qu'il n'écoute que du classique ?
Quand on veut du calme, est ce qu’il s'arrête ?
Dites moi la vérité sur l'amour

J'ai cherché dans le kiosque
Il ne s'y trouvait pas
Sur la Tamise, à Maidenhead
A Brighton, au grand air
Je ne sais pas ce que le merle chantait
Ni ce que la fleur a dit
Mais il n'était pas dans le poulailler
Ni en dessous du lit

Peut-il faire des mines incroyables?
Est-il malade sur une balançoire?
Passe-t-il tout son temps aux courses
Ou à jouer avec des bouts de ficelle?
A-t-il ses idées sur l'argent?
Est-il assez patriote?
Ses histoires sont elles vulgaires mais drôles?
Dites-moi la vérité sur l'amour

Quand il viendra, viendra-t-il sans prévenir ?
Au moment où je me mouche ?
Frappera-t-il à la porte un matin ?
Ou me bousculera-t-il dans le bus?
Viendra-t-il comme change le temps ?
Sera-t-il brutal ou prévenant ?
Changera-t-il ma vie pour toujours?
Dites-moi la vérité sur l'amour

-------- WH Auden

Some say love's a little boy,
And some say it's a bird,
Some say it makes the world go around,
Some say that's absurd,
And when I asked the man next-door,
Who looked as if he knew,
His wife got very cross indeed,
And said it wouldn't do.

Does it look like a pair of pyjamas,
Or the ham in a temperance hotel?
Does its odour remind one of llamas,
Or has it a comforting smell?
Is it prickly to touch as a hedge is,
Or soft as eiderdown fluff?
Is it sharp or quite smooth at the edges?
O tell me the truth about love.

Our history books refer to it
In cryptic little notes,
It's quite a common topic on
The Transatlantic boats;
I've found the subject mentioned in
Accounts of suicides,
And even seen it scribbled on
The backs of railway guides.

Does it howl like a hungry Alsatian,
Or boom like a military band?
Could one give a first-rate imitation
On a saw or a Steinway Grand?
Is its singing at parties a riot?
Does it only like Classical stuff?
Will it stop when one wants to be quiet?
O tell me the truth about love.

I looked inside the summer-house;
It wasn't over there;
I tried the Thames at Maidenhead,
And Brighton's bracing air.
I don't know what the blackbird sang,
Or what the tulip said;
But it wasn't in the chicken-run,
Or underneath the bed.

Can it pull extraordinary faces?
Is it usually sick on a swing?
Does it spend all its time at the races,
or fiddling with pieces of string?
Has it views of its own about money?
Does it think Patriotism enough?
Are its stories vulgar but funny?
O tell me the truth about love.

When it comes, will it come without warning
Just as I'm picking my nose?
Will it knock on my door in the morning,
Or tread in the bus on my toes?
Will it come like a change in the weather?
Will its greeting be courteous or rough?
Will it alter my life altogether?
O tell me the truth about love.

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