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Coups de cœur
La chanson de Gavroche
La bourgeoisie est un veau
Qui s’enrhume du cerveau
Au moindre vent frais qui souffle
Le bourgeois c’est la pantoufle
Qu’un roi met sous ses talons
Pour marcher à reculons
Je fais la chansonnette
Faites le rigodon
Le Bourgeois est un grimaud
Qui prend sa pendule au mot
Chaque fois qu’elle retarde
Il contresigne en bâtarde
Coups d’état, décrets, traités
Et toutes les lâchetés
Je fais la chansonnette
Faites le rigodon
Il enseigne à ses marmots
Comment on rit de nos maux
Pour lui, le peuple et la France
La liberté, l’espérance
L’homme et Dieu sont au dessous
D’une pièce de cent sous
Je fais la chansonnette
Faites le rigodon
Le Bourgeois à des regrets
Il pleure sur le progrès
Sur ses loyers qu’on effleure
Sur les rois, fiacres à l’heure,
Sur sa caisse et sur la fin
Du monde où l’on avait faim
Je fais la chansonnette
Faites le rigodon
Victor Hugo
De là, de la paume de cette main
De là, de la paume de cette main appuyée contre la paume de la sienne, de leurs doigts entrelacés et du poignet qui touchait le sien, quelque chose émanait, de cette main, de ces doigts et de ce poignet, vers les siens, quelque chose d'aussi frais que le premier souffle qui vient à vous sur la mer en ridant à peine sa surface miroitante, d'aussi léger qu'une plume qui frôle votre lèvre ou qu'une feuille qui tombe dans l'air immobile; une impression légère née du seul contact de leurs doigts, mais qui s'exaltait, s'intensifiait tellement et devenait si insistant, si aigu et si fort par la pression de leurs doigts, de leurs paumes et de leurs poignets serrés l'un contre l'autre que le jeune homme croyait sentir un courant lui monter le long du bras et lui pénétrer le corps d'un poignant désir.
Ernest Hemingway, Pour qui sonne le glas
Dans mon enfance
Dans mon enfance, ayant ma part de ciel,
j’étais toujours à apprendre à voler.
Maintenant, je ne peux plus voler même dans mes rêves
Et mon ciel s’appuie sur la terre.
Mais, quand tu ouvres les yeux de mon ậme,
Tu me présentes tout l’Univers, je perds mon corps
Et je sens ma respiration devenir légère.
Parfois je quitte la terre et je sens mon cœur tellement serré,
Que la tristesse d’un orphelin sans mère
Remplit mon silence.
Inexpliquables les moments, quand Jésus écrivait sur le sable.
Écrivait et effaçait, et, ce qu’il effaçait
Demeurait en nous éternellement.
Givi Alkhazichvili
Les Sauvages
Le vent, les nuages
Le vent, les nuages
Vont d’une rive à l’autre mais
Les mots de mon amour lointain
Ne traversent pas avec eux.
Yamanoue no Okura
La poésie est une trace fossile
La poésie est une trace fossile, dans une pierre, d'une nageoire et d'une aile,
avec entre elles un serment illisible.
Carl Sandburg
La maison d'orage
Pour Peter
D'habitude je te comprends
quand tu joues avec l'électricité
car souvent nous avons fui ensemble
dans le parc des orages
où le tonnerre habite avec sa sœur la foudre :
là, comme des animaux familiers les nuages viennent à nous,
beaux mammouths gris
demandant qu'on les lave et les nourrisse.
Nous bâtissons notre maison d'orage
avec les rameaux blancs remués de l'électricité.
Le ciel branchu peuplé de la tempête sans sommeil
est le jardin où nous cueillons des fleurs de grêle et de feu.
Quand nous craignons que notre vie retombe
dans le familier, la zone calme,
nous retournons à cette maison avec ses tremblantes chambres galvaniques
au jardin foudroyé de toute la hauteur des arbres
à l'air ardent fourmillant d'un espoir de pluie.
Vois comme les nuages sous d'énormes pattes gris pigeon nous écrasent
avant de lâcher sur nous leurs nues fournaises de pluie,
nous changeant en fontaine de baisers !
Comme la gloire tourmente l'orage, fonçant sur nous
à grandes enjambées !
L'électricité nous parcourt, dans nos veines elle injecte sa drogue
et nos rêves se prolongent en déluge, avec le souffle doux
de l'averse, son hoquet de cascade.
D'habitude je te comprends
quand tu joues avec l'électricité
et malgré les chocs
je te serre dans mes bras, mon corps tressautant avec le courant,
partageant la tension.
Ami et amant de nos cœurs, orage.
Pénélope Shuttle
Caprice n°24
Toutes les lettres que je peux écrire
Toutes les lettres que je peux écrire
Ne sont pas aussi belles que celle-ci
Syllabes de Velours
Phrases de Peluche
Profondeurs de Rubis, jamais épuisées,
Lèvre, restée cachée, pour Toi.
- Emily Dickinson
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