La poésie est une trace fossile
La poésie est une trace fossile, dans une pierre, d'une nageoire et d'une aile,
avec entre elles un serment illisible.
Carl Sandburg
Coups de cœur
La poésie est une trace fossile, dans une pierre, d'une nageoire et d'une aile,
avec entre elles un serment illisible.
Carl Sandburg
Pour Peter
D'habitude je te comprends
quand tu joues avec l'électricité
car souvent nous avons fui ensemble
dans le parc des orages
où le tonnerre habite avec sa sœur la foudre :
là, comme des animaux familiers les nuages viennent à nous,
beaux mammouths gris
demandant qu'on les lave et les nourrisse.
Nous bâtissons notre maison d'orage
avec les rameaux blancs remués de l'électricité.
Le ciel branchu peuplé de la tempête sans sommeil
est le jardin où nous cueillons des fleurs de grêle et de feu.
Quand nous craignons que notre vie retombe
dans le familier, la zone calme,
nous retournons à cette maison avec ses tremblantes chambres galvaniques
au jardin foudroyé de toute la hauteur des arbres
à l'air ardent fourmillant d'un espoir de pluie.
Vois comme les nuages sous d'énormes pattes gris pigeon nous écrasent
avant de lâcher sur nous leurs nues fournaises de pluie,
nous changeant en fontaine de baisers !
Comme la gloire tourmente l'orage, fonçant sur nous
à grandes enjambées !
L'électricité nous parcourt, dans nos veines elle injecte sa drogue
et nos rêves se prolongent en déluge, avec le souffle doux
de l'averse, son hoquet de cascade.
D'habitude je te comprends
quand tu joues avec l'électricité
et malgré les chocs
je te serre dans mes bras, mon corps tressautant avec le courant,
partageant la tension.
Ami et amant de nos cœurs, orage.
Pénélope Shuttle
Toutes les lettres que je peux écrire
Ne sont pas aussi belles que celle-ci
Syllabes de Velours
Phrases de Peluche
Profondeurs de Rubis, jamais épuisées,
Lèvre, restée cachée, pour Toi.
- Emily Dickinson
Il faut que tu m’embrasse debout, je suis certaine d’admirer ta façon d’être plus grand que moi.
Il faut que le ciel me tombe sur la bouche. Que j’en aie le souffle court. Que je te dise des choses absurdes et précipitées. Que j’aie ton odeur partout sur moi. Que tu m’enlaces par derrière pendant que je suis en train de faire quelque chose de très important comme chercher dans on sac le paquet de cigarettes de mon frère parce que tu veux fumer. Que je te dise cette chose idiote et réelle : « Ca commence aujourd’hui. » C’est émouvant de t’embrasser, tu ne peux pas le savoir mais je te le dis. D’où viens-tu Jude ?
De quelle histoire ? Pas n’importe laquelle pour qu’il y ait ça sur ton visage, ce regard qui veut vivre à toute force parce qu’il vient de loin et regrette ce qu’il a vu là-bas. On va bientôt arriver à Londres, on va s’inventer une vie à deux qui nous enverra si bien en l’air.
Viens, que je te tienne par la taille dans la rue. Là, tout près.
Pourquoi je te regarde comme ça ? Parce que j’ai une foutue envie que tu m’étouffes dans le couloir du train. Et que je n’en réchappe pas.
Arnaud Cathrine, Les vies de Luka
On m'a jeté tant de pierres,
Que plus aucune ne m'effraie
Le piège s'est fait haute tour,
Haute parmi les hautes tours.
Je remercie ceux qui l'ont construite,
Qu'ils cessent de s'inquiéter de s'attrister.
De tous les côtés, je vois l'aube plus tôt.
Et le dernier rayon du soleil triomphe ici.
Souvent dans les fenêtres de mes chambres
Entrent les vents des mers du nord,
Et le pigeon mange dans mes mains du grain...
Cette page que je n'ai pas finie,
La main brune de la Muse
Divinement calme et légère,
Y inscrira le dernier mot.
Anna Akhmatova
J’ai dans mon cœur un oiseau bleu,
Une charmante créature,
Si mignonne que sa ceinture
N’a pas l’épaisseur d’un cheveu.
Il lui faut du sang pour pâture
Bien longtemps, je me fis un jeu
De lui donner sa nourriture :
Les petits oiseaux mangent peu.
Mais, sans en rien laisser paraître,
Dans mon cœur il a fait, le traître,
Un trou large comme la main.
Et son bec fin comme une lame,
En continuant son chemin,
M’est entré jusqu’au fond de l’âme !...
Alphonse Daudet
On ne peut pas commencer un poème sans une parcelle d’erreur sur soi
et sur le monde, sans une paille d’innocence aux premiers mots.
René Char
Année nouvelle
donne-moi les oiseaux
qui possèdent les mots
doux et tendres
les mots du cœur
du grand large
et de l'évasion.
Année nouvelle
donne-moi les fruits d'or
dont chaque graine
égrène les notes
qui chantent la douceur
d'aimer en arpège
jusqu'aux montagnes bleues
derrière l'horizon.
Luce Guilbaud