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Coups de cœur
Le front aux vitres
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Ciel dont j’ai dépassé la nuit
Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes
Dans leur double horizon inerte indifférent
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Je te cherche par delà l’attente
Par delà moi même
Et je ne sais plus tant je t’aime
Lequel de nous deux est absent.
De toute évidence, elle se croyait seule
De toute évidence, elle se croyait seule. Elle sortait de son bain et n’avait passé qu’un large pantalon de marin et une courte veste échancrée qui laissait ses bras nus. Elle tordait maintenant ses cheveux humides : au creux de ses bras bougeait une touffe brune et au creux de ses seins un pli sombre. Elle tenait ses épingles dans sa bouche serrée, qui baignait tout le visage tendu d’une soudaine onde d’enfance ; dans son innocence tendue et son application maniaque d’écolière, on eût dit que cette bouche abandonnée, si crûment à son affaire, tirait la mangue, vivait avec une intensité de fleur carnassière dans le seul geste aveugle de happer et de retenir.
Julien Gracq, Le Rivage des Syrtes
J'aimerais tant savoir
J'aimerais tant savoir comment tu te réveilles
J'aurais eu le plaisir de t'avoir vu dormir
La boucle de cheveu, autour de ton oreille
L'instant, l'instant précieux, où tes yeux vont s'ouvrir
On peut dormir ensemble à cent lieux l'un de l'autre
On peut faire l'amour sans jamais se toucher
L'enfer peut ressembler au paradis des autres
Jusqu'au jardin désert qu'on avait pas cherché.
Quand je m'endors tout seul, comme un mort dans sa barque,
Comme un vieux pharaon je remonte le Nil.
Les années sur ma gueule ont dessiné leur marque,
Mes grands soleils éteints se réveilleront-ils ?
On dit depuis toujours, "le soleil est un astre,
Il se lève à cinq heures ou sept heures du matin",
Mais chaque heure pour moi n'est qu'un nouveau désastre,
Il n'est pas sûr du tout qu'il fera jour demain.
Je ne suis jamais là lorsque tu te réveilles
Alors je parle seul pour faire un peu de bruit
Mes heures s'éternisent et sont toutes pareilles
Je ne distingue plus ni le jour ni la nuit
Je ne croit pas en dieu mais j'aime les églises
Et ce soir je repense au gisant vénitien
Qui me ressemblait tant mais la place était prise
Toi seul sais vraiment pourquoi je m'en souviens.
Bernard Dimey
Ah, mio cor, schernito sen
L'usurier en amour
Vous me devez, depuis deux ans,
Trente baisers des plus charmants,
Je vous les ai gagnés à l’ombre :
J’en veux calculer l’intérêt
Et vous en augment’rez le nombre
Que vous me paîrez, s’il vous plaît.
Trente baisers, charmante Iris,
N’étant payés qu’au dernier dix,
Valent bien cinq baisers de rente :
Trente baisers de capital,
Dix d’intérêt joints à ces trente,
Font quarante pour le total.
Acquittez-vous, car il est temps ;
Payez-moi mes baisers comptant,
Et le principal et la rente :
Car sans huissiers, ni sans recors,
Si vous en êtes refusante
Je vous y contraindrai par corps.
Gabriel Charles de Lattaigant
En poésie, il n’y a ni commencement, ni fin
En poésie, il n’y a ni commencement, ni fin. La photographie partage ce privilège. Simplement la saisie de l’instant.
Salut l’histoire ! Il n’y a plus d’histoire (je veux dire pas de roman).
Seulement des éclairs, des éclairs de lumière.
Une ouverture vers l'infini.
Edouard Boubat
D’heure en heure plus délicieux
Aimante pieuse même à mes heures
Je trouve le mur haut
Le chemin long
Le chat l’ibis le crocodile
Sont mes camarades de classe
Le fleuve coule sacré
Dans les ruelles vides de la grande ville
La pierre friable mendie
Il ne faut guère penser aux prières
Quand le désir se réveille béant
Même la tendresse se trouve étrangère
Aux agapes du grand palpitant
Joyce Mansour
On the Port Tack
Madrigal
Sur cette fougère où nous sommes,
Six fois, durant le même jour,
Je fus le plus heureux des hommes.
Nous étions seuls avec l'amour.
Sur les lèvres de mon amie
S'échappoit mon dernier soupir;
Un baiser me faisoit mourir;
Un autre me rendoit la vie.
Chevalier de Parny
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