En fait la poésie
En fait la poésie était le symbole de la stabilité immuable du monde.
Yukio Mishima
Coups de cœur
En fait la poésie était le symbole de la stabilité immuable du monde.
Yukio Mishima
Nous voulons tous être aimés,
à défaut, être admirés,
à défaut, être redoutés,
à défaut, être haïs et méprisés.
Nous voulons éveiller une émotion chez autrui quelle qu'elle soit.
L'âme frissonne devant le vide et recherche le contact à n'importe quel prix.
Hjalmar Söderberg
J’ai longtemps cru que les bateaux voguaient par deux
mais il en est qui dorment seuls
dans le fond des estuaires
Ce n’est ni le froid ni la rouille qui les tourmentent
mais la peur d’être ensablé
sans pouvoir s’entendre dire
Ne t’inquiète pas je vais te tirer de là
Ce qui les tourmente
c’est le silence des marées quand le cœur démâte
le poids de leur propre corps cloué au sol
quand l’eau se retire
Ce qui les effraie
c’est la nuit qui tombe
l’ombre qui boit la lumière jusqu’à la lie du jour
la crainte d’être mis au rebut pour le reste de la vie
J’ai longtemps cru que les bateaux voguaient par deux
Et je le crois encore
quand un sourire ouvre à marée haute
la longue route des promesses
Bruno Doucey
Les yeux ouverts, les yeux fermés, je vois, je sais. A l'heure où le désir s'échappe comme d'un loup qui couvre mon visage, cette femme nue au coin du bois anonyme et violée et précise et familière, est-ce celle sublimée et subtile qui s'avance et grandit et me choisit et me livre et me délivre dans la lumière oblique de ce qui est plus que ma vie ? Elle se détache et se confond avec celle qui habite entre mes bras. La meilleure. La révélée. La femme est flamme. Elle est nue comme une amande. Il y a des champs d'ivoire dans l'amour. Elle est chaste comme je suis chaste : un scandale d'innocence. C'est toujours l'âge du premier amour. Et voici que je tremble. Tout est chair. Sexe de l'iode, des lèvres, des sacs à fermoir, des rives, des rivages de ce lac calme où nous prenons dimensions. Si j'ouvre les yeux, je suis nageur qui fait provision d'oxygène pour mieux plonger dans le délire. Je me rassure, j'étais seul. Soudain, je suis tous. Je dois fonder quelque ville, quelque part. Puis la respiration devient broussaille. Je rejoins le réel, l'imaginaire, la mort attelée dans le dos.
Réponse de Jean Malrieu à l'interrogation suivante : Comment se caractérisent vos représentations imaginaires dans l'acte d'amour ? Justifient-elles un jugement de valeur ? Sont-elles spontanées ou volontaires ? Se succèdent-elles dans un ordre fixe ? Lequel ?
Coupez le gui ! Coupez le houx !
Feuillage vert, feuillage roux,
Mariez leurs branches ;
Perles rouges et perles blanches,
Coupez le gui ! Coupez le houx !
C’est la Noël, fleurissez vous !
Chassez les grives et les merles,
Chassez les mésanges au dos bleu
Du gui dont les fleurs sont des perles,
Du houx dont les fleurs sont du feu !
Courez à la forêt prochaine,
Courez à l’enclos des fermiers ;
Coupez le gui sur le grand chêne,
Coupez le gui sur les pommiers.
Coupez le houx le long des haies
Qui bordent le chemin des bois ;
Coupez le houx sous les futaies
Où sont nos vieux temples gaulois ?
… Et coupez-les par tas, par piles !
Liez en gerbes leurs rameaux,
Et qu’on en pavoise les villes,
Qu’on en pavoise les hameaux !
Coupez le gui ! Coupez le houx !
Feuillage vert, feuillage roux,
Mariez leurs branches !
Perles rouges et perles blanches ;
Coupez le gui ! Coupez le houx !
C’est la Noël ! Fleurissez-vous !
Charles Frémine
Lumière,
D'où viens-tu ?
La vie à cheval sur les mondes
Raconte
Une terre pas toujours ronde
Sculpture, musique, poème sans mot
Aujourd'hui invente demain
D'où viens-tu ?
Négatif d'un ailleurs
Que seuls les fous et les enfants connaissent
Ouvre cette fenêtre
Que l'ombre des doutes pourrait cacher.
Ile Eniger
En poésie, devenir c'est réconcilier. Le poète ne dit pas
la vérité, il la vit ; et la vivant, il devient mensonger.
René Char
À pas lents et tardifs tout seul je me promène,
Et mesure en rêvant les plus sauvages lieux ;
Et, pour n’être aperçu, je choisis de mes yeux
Les endroits non frayés d’aucune trace humaine.
Je n’ai que ce rempart pour défendre ma peine,
Et cacher mon désir aux esprits curieux,
Qui, voyant par dehors mes soupirs furieux,
Jugent combien dedans ma flamme est inhumaine.
Il n’y a désormais ni rivière ni bois,
Plaine, mont ou rocher, qui n’ait su par ma voix,
La trempe de ma vie à toute autre celée.
Mais j’ai beau me cacher, je ne puis me sauver
En désert si sauvage ou si basse vallée
Qu’amour ne me découvre et me vienne trouver.
Philippe Desportes