Recette
Prenez un toit de vieilles tuiles
Un peu avant midi.
Placez tout à côté
Un tilleul déjà grand
Remué par le vent.
Mettez au-dessus d’eux
Un ciel bleu, lavé
Par des nuages blancs.
Laissez-les faire.
Regardez-les.
Eugène Guillevic
Coups de cœur
Prenez un toit de vieilles tuiles
Un peu avant midi.
Placez tout à côté
Un tilleul déjà grand
Remué par le vent.
Mettez au-dessus d’eux
Un ciel bleu, lavé
Par des nuages blancs.
Laissez-les faire.
Regardez-les.
Eugène Guillevic
Viens, ma belle Florelle, où l’ombre noir tremblote,
Sur les bords mousselus des antres ténébreux.
Il fait trop chaud ici, cherchons les bois ombreux,
Le profond des vallons ou quelque fraîche grotte.Entrons sous ce rocher, viens tôt que je suçote
Le coral de ta bouche, embrassons-nous tous deux,
Éteignons nos ardeurs, jouissons dans ce creux
De nos douces amours, çà que je te baisote !Défais ton lacet blanc, montre ton sein à nu,
Mon coeur, embrasse-moi, lance dru et menu
Ta langue sur la mienne, hâte-toi, ma chère âme,Mon dieu, je n’en puis plus ! De plaisir je me pâme,
Las ! mon âme s’enfuit, puisque tu meurs aussi,
Mourons lèvre sur lèvre, heureux qui meurt ainsi !isaac Habert
Selon les règles du jeu il s'allonge contre elle et presse la bouche contre son front, ses paupières, ses joues, son cou, ses épaules.
Ses épaules son cou ses paupières.
Peau brûlante goût de sel résistance de la chair dès que les lèvres s'y appuient odeur Vermeille goût de soleil goût de raisins de serre il ne respire plus ses propres mains ses reins ses jambes sont glacés les battements de son cœur se développent de plus en plus fort de plus en plus rapprochés irradiant sa gorge comme si une course, une fuite blessée le soulevait du sol et le laissait retomber plus lourdement à chaque foulée il fuit bien qu'il ne bouge pas ne l'embrasse même plus reste simplement serré contre elle poursuivi par le goût de raisins de sa chair et le faible parfum d'amandes de ses cheveux
Jean-René Huguenin, La Côte sauvage
Lune noire
de la déchirure
Lune grise
de l'absence
Lune blanche
de la déshérence
A peine éveillé
dans les draps
froissés de mes peines
privé de ton étreinte
je pleure
le désert de la vie
Une femme est l'amour, la gloire et l'espérance ;
Aux enfants qu'elle guide, à l'homme consolé,
Elle élève le cœur et calme la souffrance,
Comme un esprit des cieux sur la terre exilé.
Courbé par le travail ou par la destinée,
L'homme à sa voix s'élève et son front s'éclaircit ;
Toujours impatient dans sa course bornée,
Un sourire le dompte et son cœur s'adoucit.
Dans ce siècle de fer la gloire est incertaine :
Bien longtemps à l'attendre il faut se résigner.
Mais qui n'aimerait pas, dans sa grâce sereine,
La beauté qui la donne ou qui la fait gagner ?
Gérard de Nerval
La poésie, c'est le temps durant lequel un homme oublie qu'il va mourir.
Georges Perros,
Quand tu prendras le chemin d’Ithaque,
souhaite que la route soit longue,
pleine d’aventures, pleine d’enseignements.
Les Lestrygons et les Cyclopes,
ne les crains pas, ni la colère de Poséidon,
jamais tu ne trouveras rien de tel sur ton chemin,
si ta pensée reste élevée, si une émotion rare
étreint ton esprit et ton corps.
Les Lestrygons et les Cyclopes,
tu ne les rencontreras pas, ni l’irascible Poséidon,
si tu ne les transportes pas dans ton âme,
si ton âme ne les fait surgir devant toi.
Souhaite que la route soit longue.
Que nombreux soient les matins d’été
où – avec quel plaisir et quelle joie ! –
tu découvriras des ports que tu n’as jamais vus ;
arrête-toi dans les comptoirs phéniciens
pour te procurer de précieuses marchandises,
ambre, corail, ébène, nacre,
et capiteux parfums de toutes sortes,
le plus que tu pourras de capiteux parfums ;
visite aussi beaucoup de villes égyptiennes,
et n’aie de cesse de t’instruire auprès de ceux qui savent.
Garde toujours Ithaque présente à ton esprit.
Y parvenir est ta destination finale.
Mais ne te hâte surtout pas dans ton voyage.
Mieux vaut le prolonger pendant des années ;
et n’aborder dans l’île que dans ta vieillesse,
riche de ce que tu auras gagné en chemin,
sans attendre d’Ithaque aucun autre bienfait.
Ithaque t’a offert ce beau voyage.
Sans elle, tu n’aurais pas pris la route.
Elle n’a rien de plus à t’apporter.
Et même si elle est pauvre, Ithaque ne t’a pas trompé.
Sage comme tu l’es, avec une expérience pareille,
Tu as sûrement déjà compris ce que les Ithaques signifient.
Constantin Cavafis