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Tornami a vagheggiar

6 Octobre 2020, 01:30am

Publié par vertuchou

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Je n'ai ni regrets, ni larmes, ni plaintes

5 Octobre 2020, 01:56am

Publié par vertuchou

Je n'ai ni regrets, ni larmes, ni plaintes,
Tout s'en va comme la brume des pommiers blancs ;
Depuis que l'or du déclin l'a étreinte,
Ma jeunesse fuit infailliblement. 

Cœur, tu ne battras plus comme jadis,
Les premiers froids t'ont déjà effleuré.
Et le pays qui en bouleaux se tisse
Ne m'incitera plus à rôder nu-pieds.

Esprit vagabond ! C'est de moins en moins
Que tu attises le feu sur mes lèvres.
Ô ma fraîcheur disparue au lointain,
Débordement des sens et yeux en fièvre !

Je suis plus sobre en désirs, plus austère,
Ma vie … Ou t'ai-je seulement rêvée ?
Comme si vite, à l'aube printanière,
Sur un cheval rose j'étais passé.

Mais nous sommes tous mortels, c'est ainsi,
Des feuilles d'érable s'écoule le cuivre…
Que soit perpétuellement béni
Ce qui est venu fleurir et mourir.

Sergueï Essénine

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La poésie est au langage

4 Octobre 2020, 01:10am

Publié par vertuchou

 La poésie est au langage ce qu’est l’érotisme à la sexualité : un rituel du plaisir.

Jacques Rancourt
 

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J'arrive où je suis étranger

3 Octobre 2020, 01:59am

Publié par vertuchou

Rien n'est précaire comme vivre 
Rien comme être n'est passager 
C'est un peu fondre pour le givre 
Et pour le vent être léger 
J'arrive où je suis étranger 
Un jour tu passes la frontière 
D'où viens-tu mais où vas-tu donc 
Demain qu'importe et qu'importe hier 
Le coeur change avec le chardon 
Tout est sans rime ni pardon 
Passe ton doigt là sur ta tempe 
Touche l'enfance de tes yeux 
Mieux vaut laisser basses les lampes 
La nuit plus longtemps nous va mieux 
C'est le grand jour qui se fait vieux 
Les arbres sont beaux en automne 
Mais l'enfant qu'est-il devenu 
Je me regarde et je m'étonne 
De ce voyageur inconnu 
De son visage et ses pieds nus 
Peu a peu tu te fais silence 
Mais pas assez vite pourtant 
Pour ne sentir ta dissemblance 
Et sur le toi-même d'antan 
Tomber la poussière du temps 
C'est long vieillir au bout du compte 
Le sable en fuit entre nos doigts 
C'est comme une eau froide qui monte 
C'est comme une honte qui croît 
Un cuir à crier qu'on corroie 
C'est long d'être un homme une chose 
C'est long de renoncer à tout 
Et sens-tu les métamorphoses 
Qui se font au-dedans de nous 
Lentement plier nos genoux 
O mer amère ô mer profonde 
Quelle est l'heure de tes marées 
Combien faut-il d'années-secondes 
A l'homme pour l'homme abjurer 
Pourquoi pourquoi ces simagrées 
Rien n'est précaire comme vivre 
Rien comme être n'est passager 
C'est un peu fondre comme le givre 
Et pour le vent être léger 
J'arrive où je suis étranger

Louis Aragon

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Otti Berger et atelier

2 Octobre 2020, 22:04pm

Publié par vertuchou

Lotte Beese, Otti Berger et atelier, Dessau, vers1930.

Lotte Beese, Otti Berger et atelier, Dessau, vers1930.

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Asseyons-nous tous deux près du chemin

1 Octobre 2020, 01:48am

Publié par vertuchou

Asseyons-nous tous deux près du chemin,
Sur le vieux banc rongé de moisissures,
Et que je laisse, entre tes deux mains sûres,
Longtemps s'abandonner ma main.

Avec ma main qui longtemps s'abandonne
A la douceur de se sentir sur tes genoux,
Mon coeur aussi, mon coeur fervent et doux
Semble se reposer, entre tes deux mains bonnes.

Et c'est la joie intense et c'est l'amour profond
Que nous goûtons à nous sentir si bien ensemble,
Sans qu'un seul mot trop fort sur nos lèvres ne tremble,
Ni même qu'un baiser n'aille brûler ton front.

Et nous prolongerions l'ardeur de ce silence
Et l'immobilité de nos muets désirs,
N'était que tout à coup à les sentir frémir
Je n'étreigne, sans le vouloir, tes mains qui pensent ;

Tes mains, où mon bonheur entier reste celé
Et qui jamais, pour rien au monde,
N'attenteraient à ces choses profondes
Dont nous vivons, sans en devoir parler.

Emile Verhaeren

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Le poète pressent

30 Septembre 2020, 01:54am

Publié par vertuchou

Le poète pressent que l’homme naît avec l’Univers entier en lui

et qu’il subsiste en contemplant l’existant pour s’y reconnaître.

Cristiana Eso

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On ne peut revenir sur l’insulte

29 Septembre 2020, 02:01am

Publié par vertuchou

On ne peut revenir sur l’insulte, alors qu’on peut revenir de sa gentillesse,

et il vaut mieux abuser de celle-ci que d’user une seule fois de l’autre.

Bernard-Marie Koltes, Dans La solitude des champs de coton

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Celui qui meurt se transforme

29 Septembre 2020, 01:56am

Publié par vertuchou

Celui qui meurt se transforme immédiatement en passé. Peu importe combien il était important, combien il était bon, combien sa volonté de vivre était forte et combien l'existence était impensable sans lui : touché ! dit la mort, alors, la vie s'évanouit en une fraction de seconde et la personne se transforme en passé. Tout ce qui lui était attaché devient un souvenir que vous luttez pour conserver et c'est une trahison que d'oublier. Oublier la manière dont elle buvait son café. La manière dont elle riait. Cette façon qu'elle avait de lever les yeux. Et pourtant, pourtant, vous oubliez. C'est la vie qui l'exige. Vous oubliez lentement, mais sûrement, et la douleur peut être telle qu'elle vous transperce le cœur.

Kalman Stefansson, Entre Ciel et Terre

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Marine

28 Septembre 2020, 01:22am

Publié par vertuchou

L’Océan sonore
Palpite sous l’œil
De la lune en deuil
Et palpite encore,

Tandis qu’un éclair
Brutal et sinistre
Fend le ciel de bistre
D’un long zigzag clair,

Et que chaque lame
En bonds convulsifs
Le long des récifs
Va, vient, luit et clame,

Et qu’au firmament,
Où l’ouragan erre,
Rugit le tonnerre
Formidablement.

Paul Verlaine

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