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Vertuchou.over-blog.com

Oleg comprend

23 Août 2020, 01:30am

Publié par vertuchou

Oleg comprend que l'amour peut être aussi cette tendresse qui protège, qui suspend la douleur, qui rend essentiel le reflet neigeux venant de la fenêtre jusqu'à cette main féminine dont les doigts frémissent dans le sommeil. Une certitude très simple : leur voyage avait pour destination cette ville assoupie, cette chambre donnant sur les grands arbres blancs, ce reflet bleuté de la nuit que ses lèvres effleurent sur la main de la femme.

Andreï Makine, Une femme aimée.

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Les lèvres de Jeanne-Sophie

23 Août 2020, 01:24am

Publié par vertuchou

Les lèvres de Jeanne-Sophie étaient mouillées à point. Elles avaient le goût des fromages au lait cru. Mes doigts les ont sillonnées de bas en haut et de haut en bas, en les massant, en les lissant. J’explorais un pays, j’effeuillais un monde. Sa texture me faisait frémir de la plante des pieds à la racine des cheveux. Puis mes doigts se sont saisis de son clitoris. Le clitoris de Jeanne-Sophie était un capital de tendresse. Son toucher me donnait la sensation qu’un autre corps chevauchait mon corps. C’était la planche-contact d’une rencontre soyeuse.

Nimrod - Le balcon sur l’Algérois

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Midi en hiver

22 Août 2020, 01:43am

Publié par vertuchou

En ce moment où j'étais déjà heureux
(Que Dieu me pardonne une parole si grande et si terrible)
qui mena presque jusqu'aux larmes ma joie fugace ?
Sans doute direz-vous : «Certaine belle créature qui passait par là
et qui t'a souri ?» En fait, ce n'est qu'un petit ballon,
un petit ballon bleu perdu dans l'azur de l'air,
et le ciel natal resplendissant comme jamais
en ce midi limpide et froid de l'hiver.
Un ciel avec quelques petits nuages blancs,
et les vitres des maisons flamboyant au soleil,
et la fumée légère d'une ou deux cheminées,
et au-dessus de chaque chose, les divines choses,
ce globe échappé de la main imprudente d'un enfant
(bien sûr, son chagrin, son grand chagrin, le faisait pleurer
au milieu de la foule) entre le Palais de la Bourse et le Café
où, assis derrière les vitres, les yeux brillants d'admiration,
je regardais tantôt monter, tantôt descendre son trésor.
 
Umberto Saba

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That Man

21 Août 2020, 01:15am

Publié par vertuchou

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Au milieu du champ

20 Août 2020, 01:11am

Publié par vertuchou

Au milieu du champ
Libre de toute chose
L'alouette chante

Matsu Basho

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Toute la poésie

19 Août 2020, 01:57am

Publié par vertuchou

Toute la poésie, c'est cela. Soudain, on voit quelque chose;

Louis Zukofsky

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Ode à la pauvreté

18 Août 2020, 01:51am

Publié par vertuchou

Quand je suis né,
pauvreté,
tu m’as suivi,
tu me regardais
à travers
les tables pourries
dans l’hiver profond.
Aussitôt
c’étaient tes yeux
qui regardaient par les trous.
Les fuites d’eau
pendant la nuit, répétaient
ton nom et ton prénom
ou parfois
le talon cassé, le robe déchirée,
les chaussures éventrées,
Me mettaient en garde.
Tu étais là
à me guetter
tes dents de ver à bois,
tes yeux de marais,
ta langue grise
qui lacère
les vêtements, le bois,
les os et le sang,
tu étais là
à ma recherche,
à me suivre,
depuis ma naissance
À travers les rues.

Quand j’ai loué une chambre
petite, dans les faubourgs,
assise sur une chaise
tu m’attendais,
ou en tirant les draps
dans un hôtel obscur,
adolescent,
je n’ai pas rencontré le parfum
de la rose dénudée,
mais le sifflement froid
de ta bouche.
Pauvreté,
tu m’as suivi
dans les casernes et les hôpitaux,
dans la paix comme dans la guerre.
Quand je suis tombé malade on a frappé
à la porte :
ce n’était pas le médecin qui entrait,
encore une fois c’était la pauvreté.
Je t’ai vue jeter mes meubles
dans la rue :
les hommes
les laissaient tomber comme une volée de pierres.
Toi, avec un amour horrible,
d’un tas d’abandon
au milieu de la rue et de la pluie
tu faisais
un trône édenté
et en regardant les pauvres,
tu ramassais
mon dernier plat et en faisais un diadème.


Maintenant,
pauvreté,
je te poursuis.
De même que tu fus implacable,
Je suis implacable.
Aux côtés
de chaque pauvre
tu me trouveras en train de chanter,
sous
chaque drap
d’hôpital impossible
tu trouveras mon chant.
Je te suis,
pauvreté,
je te surveille,
je t’approche,
je te tire dessus,
je t’isole,
je te taille les griffes,
je brise
les dents qu’il te reste.
Je suis
partout :
dans l’océan avec les pêcheurs,
dans la mine
les hommes
en s’essuyant le front,
en épongeant la sueur noire,
trouvent mes poèmes.
Je sors chaque jour
avec l’ouvrière textile.
J’ai les mains blanches
à force de distribuer du pain dans les boulangeries.

Là où tu vas,
pauvreté,
mon chant
y chante,
ma vie
y vit,
mon sang
y lutte.
Je jetterai bas
tes pâles bannières
là où elles se dressent.
D’autres poètes
jadis t’ont appelé
sainte,
ils ont adoré ta cape,
se sont nourris de fumée
et ils ont disparu.
Moi, je te défie,
avec de durs vers je te frappe au visage,
je t’embarque et je te déterre.
Moi, avec d’autres,
avec d’autres, bien d’autres,
nous allons te chasser
de la terre vers la lune
pour que tu y demeures
froide et emprisonnée
regardant d’un œil
le pain et les grappes
que couvrira la terre
de demain.

Pablo Neruda

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À la fenêtre

17 Août 2020, 01:00am

Publié par vertuchou

Hans Kammerer, À la fenêtre, 1922

Hans Kammerer, À la fenêtre, 1922

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Ni vous sans moi

16 Août 2020, 01:25am

Publié par vertuchou

D'eux deux il en fut ainsi
Comme il en est du chèvrefeuille
Qui au coudrier se prend:
Quand il s'est enlacé et pris
Et tout autour du fût s'est mis,
Ensemble ils peuvent bien durer;
Qui les veut ensuite désunir
Fait tôt le coudrier mourir
Et le chèvrefeuille avec lui.
- Belle amie, ainsi est de nous:
Ni vous sans moi, ni moi sans vous.

Marie de France

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Pour la première fois depuis bien longtemps je ferme les yeux

15 Août 2020, 01:21am

Publié par vertuchou

Pour la première fois depuis bien longtemps je ferme les yeux. Sur la paix de mon cœur.
Je n'ai plus à chercher mon chemin.
On ne peut pas m'empêcher de fermer les yeux si je suis heureux.
Un peu comme les portes ou les fenêtres des granges.
On les ferme une fois qu'elles sont pleines.
Tu es en moi comme une provision merveilleuse.
Bien sûr je te ferai mal.
Bien sûr tu me feras mal.
Bien sûr nous aurons mal.
Mais ça, c'est la condition de l'existence.
Se faire printemps, c'est prendre le risque de l'hiver.
Se faire présent, c'est prendre le risque de l'absence...
... Et moi, c'est à mon risque de peine que je connais ma joie.

Antoine de Saint-Exupéry, Lettre à Nathalie Paley, 1942

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