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Son silence est le mien

27 Septembre 2020, 01:51am

Publié par vertuchou

Son silence est le mien. Ses yeux, les miens.
C’est comme si elle me connaissait depuis longtemps, comme si elle savait tout de mon enfance, me devinant du plus près bien que je la voie pour la première fois. Je sentis que c’était elle, ma femme...

Marc Chagall, Ma vie

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La terre entière

26 Septembre 2020, 01:36am

Publié par vertuchou

à Jean Joubert

Je ne sais rien

sur la mer

mais le ciel scintille

lorsque j'ouvre la porte du soleil.

 

Un arbre écrit son nom

sur le sable,

comme tu écris ta vie

sur la vitre de l'été.

 

Il faut penser au vent

qui se faufile entre les plumes

de la mouette, cette lumière

faite de branches et

de feuilles de poussière.

 

Soudain, je pense à un olivier

et l'horizon efface

la lumière de la mer,

tel un barbelé d’épines

que j'imagine

comme un mur

où des enfants jouent

à dessiner une maison de pluie.

 

Je sais bien que le papillon

est un arbre invisible.

 

Ses branches sont ton regard

et la terre entière ta blessure.

 
Patricio Sanchez-Rojas

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Decorative Landscape

25 Septembre 2020, 01:41am

Publié par vertuchou

Ellen Thesleff, Decorative Landscape, 1910, huile sur toile, 101 cm x 101 cm

Ellen Thesleff, Decorative Landscape, 1910, huile sur toile, 101 cm x 101 cm

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L'automne

24 Septembre 2020, 01:40am

Publié par vertuchou

Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;
Mais la maison a l’air sévère, ce matin,
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.

Comme toutes les voix de l’été se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues ?
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois
Que la bise grelotte et que l’eau même a froid.

Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elles voudraient aller où les oiseaux s’envolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin
Elles iront mourir sur les étangs demain.

Le silence est léger et calme ; par minute
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,
Et puis tout redevient encor silencieux,
Et l’Amour qui jouait sous la bonté des cieux

S’en revient pour chauffer devant le feu qui flambe
Ses mains pleines de froid et ses frileuses jambes,
Et la vieille maison qu’il va transfigurer
Tressaille et s’attendrit de le sentir entrer

Anna de Noailles

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Le poème exige

23 Septembre 2020, 02:04am

Publié par vertuchou

Le poème exige l’abolition du poète qui l’a écrit et la naissance du poète qui le lit.

Octavio Paz 

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Si je pouvais croquer la terre entière

22 Septembre 2020, 01:53am

Publié par vertuchou

Si je pouvais croquer la terre entière
Et lui trouver du goût,
Et si la terre était une chose à croquer,
J’en serais plus heureux pour un moment…

Mais moi ce n’est pas toujours que je veux être heureux
Il faut bien être de temps en temps malheureux
Afin de pouvoir être naturel…

Ce n’est pas tous les jours qu’il fait soleil
Et la pluie, quand elle manque terriblement, on la demande,
C’est pourquoi je prends le malheur avec le bonheur
Naturellement, comme qui ne s’étonne point
Qu’il y ait des montagnes et plaines
Ainsi qu’herbes et rochers…

Fernando Pessoa

,

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Elegie Op. 3 No. 1

21 Septembre 2020, 01:44am

Publié par vertuchou

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Vénus, étoile du soir

20 Septembre 2020, 01:29am

Publié par vertuchou

La nuit vient nous ravir en ses puissants arcanes ;
L'ombre avec des frissons envahit les platanes ;
De légères vapeurs montent des chemins creux.
Les vieillards sont assis, et les voix alternées
Sous le feuillage obscur se perdent égrenées.
C'est l'heure où l'esprit rêve, heureux ou malheureux.

Le crépuscule expire et les étoiles blanches
Commencent en tremblant à poindre dans les branches.
Au regard exalté qui songe et les poursuit,
Voici que la plus belle allume la première
A l'occident pâli sa vibrante lumière,
Vénus splendide et chaste, honneur de notre nuit.

Depuis qu'ils ont chéri l'amour et sa souffrance.
Les hommes ont fait part de leur brève espérance
A cet astre indulgent qui ramène le soir.
— Si tu retiens mes yeux, Vénus; si ma pensée
Au sein du mol éther vers toi s'est élancée.
C'est toi seule et c'est toi toute que je veux voir.

J'ai surpris tes secrets : O céleste jumelle
De la Terre, astre cher qui mourras avec elle.
Tes destins sont pareils aux destins de ta sœur.
Le même soleil t'aime; et ce père des flammes
Jette en ton sein fleuri la vie, orgueil des âmes.
La nuit ainsi qu'à nous te verse sa douceur.

Monde, tu fais rouler dans la pâle étendue
La forme avec l'amour à tes flancs suspendue ;
Tu livres aux troupeaux tes champs hospitaliers ;
Tes mers ont leurs nageurs, et des siècles de fauves
Ont rugi le désir aux creux de tes rocs chauves ;
Tes deux pôles de glace ont de blancs familiers.

Des reptiles, traînant leurs épais cartilages,
De leurs sillons visqueux souillaient tes chaudes plages,
Au temps où tu naissais dans les limons marins.
Et maintenant, mangeurs de chair ou d'herbe grasse.
Des êtres réjouis dans la force et la grâce.
Nés de ton corps adulte, ornent tes jours sereins.

Un air rouge et vibrant, semé de feux intimes.
Sur tes roides hauteurs dont nul n'a vu les cimes.
Nourrit avec excès de larges floraisons.
De grands lis pleins d'odeurs et de phosphorescences,
Les longs fûts des palmiers aux salubres essences,
Et des gerbes de dards exhalant leurs poisons.

Des îles en leurs lits récents de madrépores,
Vierges, sous le vent frais plein de baisers sonores.
Conçoivent les doux fruits des continents lointains.
De grands oiseaux guerriers s'assemblent, race antique,
Dans les sombres vapeurs de ton ciel magnétique.
Sous les cratères noirs de tes volcans éteints.

Et des guetteurs, du haut des roches caverneuses.
Lourds, velus, déployant leurs ailes membraneuses.
De nocturnes regards éclairent les granits :
Ils veillent, attendant que l'aire obscure dorme ;
Ils vont se laisser choir, et sous leur masse énorme
Lentement étouffer les couples dans les nids.

Vénus, ô grande mère aux entrailles brûlantes.
Mère des animaux avides et des plantes.
Tout ce que tu contiens de divine chaleur
Dans un fécond travail a gonflé tes mamelles.
En allaitant, Vénus, tes nourrissons, tu mêles
Largement en leur sang la joie et la douleur.

Mais lorsque après tes nuits, tes sombres nuits sans lune,
Derrière l'Océan qui gémit sur la dune,
Immense et près de toi se lève le soleil,
Est-il, pour réfléchir ton ciel qui s'illumine,
Un regard où reluit la tristesse divine.
Un regard anxieux et fier, au mien pareil ?

Nourris-tu des vivants de qui l'âme profonde
Te contient tout entier dans elle-même, ô monde !
Et qui sont ta vertu, ta splendeur et tes dieux ?
N'as-tu pas enfanté des rois, frères des hommes,
Qui, superbes, hardis, pensifs, tels que nous sommes,
Seuls portent haut leur front et regardent les cieux ?

Ces princes, nos égaux, recherchent-ils les causes,
La raison et la fin, la nature des choses ?
Quels désirs, quels espoirs gonflent leurs cœurs puissants !
Ont-ils, promptes sans cesse à verser les dictâmes.
Des mères et des sœurs belles comme nos femmes.
Triomphe de la vie et délices des sens ?

Oh ! les meilleurs d'entre eux, dans la nuit solitaire,
Levant leur front blanchi d'un reflet de la terre,
Ont souvent médité les travaux de nos jours.
Connaître pour aimer, tel est la loi de l'être ;
Et, dans leur mâle ardeur d'étreindre et de connaître.
Ils ont jusqu'à la terre étendu leurs amours.

L'esprit cherche l'esprit dans l'étoile prochaine ;
Et, jetant dans l'espace une mystique chaîne,
Eux en nous, nous en eux, nous nous glorifions.
Tant il est naturel de sortir de soi-même,
Tant nous portons au cœur le besoin qu'on nous aime.
Tant notre âme de feu jette loin ses rayons.

Anatole France

 

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D’amour pour toi, au matin

19 Septembre 2020, 01:35am

Publié par vertuchou

D’amour pour toi, au matin, je pleurais des larmes rondes qui roulaient sur l’oreiller comme des perles.
Elles rebondissaient, fuyantes, sur le carrelage de la chambre.
Brillantes et nacrées, vives comme des éclairs, bruyantes comme un collier cassé.

Bénédicte Martin, Le Bosphore en hiver

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En tête à tête

18 Septembre 2020, 01:46am

Publié par vertuchou

Ce matin j'lui presse des oranges mécaniquement
Les yeux encore un peu brouillés par le sommeil
J'me trouve nez à nez avec ce vers qui ne rime à rien
C'est vrai ce week-end je suis seul avec moi même

En tête à tête avec moi même souvent j'me tate pour trouver le thème
En tête à tête avec moi même
J'ai pas la force de dire je je je ...

Il faut aimer pour comprendre nous aimer pour nous comprendre
Mieux aimer pour mieux comprendre
C'est vrai ce week-end je suis seul avec moi même

En tête à tête avec moi même souvent j'me tate pour trouver le thème
En tête à tête avec moi même
J'ai pas la force de dire je je je ..

En tête a tête
En tête a tête
En tête a tête
En tête a tête
En tête a tête

Matthieu Chedid dit M

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