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Coups de cœur
Blason du con
Petit mouflard, petit con rebondi,
Petit connin plus que lévrier hardi,
Plus que le lion au combat courageux,
Agile et prompt en tes folâtres jeux,
Plus que le singe ou le jeune chaton,
Connin vêtu de ton poil folâtron,
Plus riche que la toison de Colcos,
Connin grasset, sans arêtes, sans os,
Friant morceau de naïve bonté,
Ô joli con bien assis, haut monté,
Loin de danger et bruit de ton voisin,
Qu'on ne prendrait jamais pour ton cousin.
Bien embouché d'un bouton vermeillet,
Ou d'un rubis servant de fermaillet,
Joint et serré, fermé tant seulement
Que ta façon ou joli mouvement,
Soit le corps droit, assis, gambade, ou joue,
Si tu ne fais quelque amoureuse moue.
Source d'amour, fontaine de douceur,
Petit ruisseau apaisant toute ardeur,
Mal et langueur ; ô lieu solacieux,
Et gracieux, séjour délicieux,
Voluptueux plus que tout autre au monde ;
Petit sentier qui droit mène à la bonde
D'excellent bien et souverain plaisir,
Heureux sera celui duquel le désir
Contenteras, qui prendre te pourra,
Et qui de toi pleinement jouira.
Claude Chappuys
Je sens ton souffle sur ma nuque
Je sens ton souffle sur ma nuque. Tu déposes un baiser sur mes cheveux courts et, brusquement, une sensation de fraîcheur m'envahit. Mon corps s'ouvre, la tête rejetée en arrière, appuyée contre ta poitrine, je me laisse posséder, je devine ta main autant que je la sens. Elle descend doucement entre mes omoplates, jusqu'à la naissance de mes reins. L'eau fraîche coule librement le long de mon dos avant d'être arrêtée par le slip de coton. Tes doigts cherchent à se frayer un chemin entre l'élastique et ma peau. Hésitent, se ravisent. Ils remontent doucement, glissent sur mon ventre baigné de transpiration, hésitent à nouveau.
Claude Herdhuin, Chuchotements
Quand la vie m'étire à n'en plus finir
Quand la vie m'étire à n'en plus finir
j'étire l'avenir jusqu'à demain
j'étire demain pour en finir avec l'avenir
j'étire mes mots pour allonger le verbe
je m'étire dans mon verbe pour conjuguer le désir
à l'être
et n'être plus que l'étirement d'un désir
sur une distance allongée posée sur le temps
un temps étiré par le hasard d'une rencontre
une rencontre qui s'étire sur le devenir
comme si demain n'existait pas
Pour en finir
le verbe me plonge dans ce désir de l'être
en son devenir
Huguette Bertrand
Watermelon Man
Sur la pointe d'une herbe
Sur la pointe d'une herbe
devant l'infini du ciel
une fourmi
Hosai Ozaki
La poésie est le sel
La poésie est le sel qui empêche à la vie de pourrir.
Nikos Kazantzakis
Une fourmi de dix-huit mètres
Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n'existe pas, ça n'existe pas
Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n'existe pas, ça n'existe pas
Une fourmi parlant français
Parlant latin et javanais
Ça n'existe pas, ça n'existe pas
Et pourquoi… pourquoi pas
Robert Desnos
Grands soirs
Je les ai comptés un par un
Comme les points dans ces jeux idiots
Qu'on relie pour faire un dessin
Moi j'aurais marché sur les mains
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin?
Nous étions ivres un jour sur deux
Tu dansais, moi je titubais
Et nous en prenions jusqu'aux yeux
Quand c'est rendre tout ce trop plein
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin?
S'embrasser au cœur de la foule
Ta mèche que la brise agace
Comme une petite vague qui roule
La promesse des beaux lendemains
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin?
C'est à peine si je m'en souviens
C'est comme les fleurs, comme les photos
C'est comme les vieux horaires de train
Ça fane, ça jaunit, ça déteint
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin?
Alex Beaupain
J’interroge la lune, une coupe de vin à la main
Lune dans le ciel bleu, depuis quand es-tu là ?
Je te pose la question, une coupe à la main.
L’homme ne peut pas monter sur la lune claire ;
Mais la lune se promène toujours avec l’homme.
Miroir aérien brillant sur la porte rouge du palais ;
Elle répand un éclat pur quand la brume se dissipe.
On la voit se lever dans la nuit au-dessus de la mer ;
On oublie qu’elle se noyait dans les nuages du matin.
Le lièvre blanc y pile la drogue magique jour et nuit ;
Chang’e* y habite seule, sans connaître de voisins.
Les gens d’aujourd’hui, n’ont pas vu la lune d’antan ;
La lune d’aujourd’hui, elle, a éclairé les gens de jadis.
Gens d’aujourd’hui et de jadis : de l’eau qui coule ;
Mais c’est toujours la même lune qu’on contemple.
Puisse au moment où nous chantons face au vin
L’éclat du clair de lune illuminer nos coupes dorées.
Li Bai
* Chang’e (ou Heng’e), enfuie dans la lune, en devint la déesse.