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Coups de cœur
Un Poète à sa Bien-Aimée
Je vous remets de révérentes mains
Ce livre mien des innombrables rêves
Blanche amoureuse que sa passion habille
Comme la mer en colombe les sables
Et le coeur vieux plus encor que la trompe
Si débordée des pâles feux du temps
Blanche amoureuse aux innombrables rêves
Je vous remets la passion dans mes oeuvres
W.B. Yeats
La poésie, cette hésitation
La poésie, cette hésitation prolongée entre le son et le sens.
Paul Valery
Après
Après la trace, vient la distance.
Ce que rêve l'autre, ce que rêve l'un,
L'un dans l'autre se sont compris.
Il n'est pas de lumière
Sans feu pour finir.
Commencée de fumée,
Ainsi se fait la forme,
Sans fait d'avenir.
Jean-Pierre Duprey
Homage to the sun
Alone
Depuis l’heure de l’enfance, je ne suis pas
Semblable aux autres ; je ne vois pas
Comme les autres ; je ne sais pas tirer
Mes passions à la fontaine commune
D’une autre source provient
Ma douleur, jamais je n’ai pu éveiller
Mon cœur au ton de joie des autres
Et tout ce que j’aimai, je l’aimai seul
C’est alors — dans mon enfance — à l’aube
D’une vie de tumulte que fut puisé
A chaque abîme du bien et du mal,
Ce mystère qui toujours me retient –
Au torrent et à la fontaine
Dans la falaise rouge de la montagne –
Dans le soleil qui roule autour de moi
En son or automnal
Dans l’éclair qui volait au ciel et passait
Près de moi pour s’enfuir,
Dans le tonnerre et dans l’orage
Et dans la nuage qui prenait la forme
(Alors que le reste du ciel était bleu)
D’un démon à mes yeux.
Edgar Allan Poe
Traduction de Charles Baudelaire
Je veux toi pour tisane
Je veux toi pour tisane. Le sucre de ta peau, ton goût de tabac d'arbre, le chat de ta gorge enroulé sur mon cœur, le chant de ton cœur déployé sur ma gorge, tes bras ouverts comme une table, tes pas de loup de nuit, ton sol précis sur mes graines de rêves, tes doigts sourciers sur mes glaises de soif, tes mers sur mes escales, tes bois à découvrir, mes rives à t'accueillir. Je veux tes mots revisités de fraises, tes mots rougis incendiés de neige. Je les veux qui enflamment qui touchent et qui m'existent.
La sève de tes mains pour redevenir liane, l'arbre le fruit et la racine, le paysage en route, l'aimer à double tour d'où l'on ne sort jamais. Je veux le seringa troublé d'eau et de blanc, l'affolée de parfums de pollens et de miel, cette abeille innocente qui pille les corolles. Et plus que le désir, plus que le ciel à dire, plus que le tout à vivre, encore plus que le trop, je veux l'hiver épris des puissances d'été. Tes mains ouvertes, offertes pour les remplir de moi.
Mes mains ouvertes, offertes pour les remplir de toi. Pour me réinventer, je veux toi pour m'écrire et m'aimer sans boussole. Tes instances de vivre renversées sur mon souffle. Tes mots de pain nouveau accordé à ma faim. Tes yeux pour vêtement.
Je veux toi pour tisane. Je veux toi au présent.
Ile Eniger
Écrire pour ne pas mourir
Que je sois née d'hier ou d'avant le déluge
J'ai souvent l'impression de tout recommencer
Que j'aie pris ma revanche ou bien trouvé refuge
Dans mes chansons toujours j'ai voulu exister
Que vous sachiez de moi ce que j'en veux bien dire
Que vous soyez fidèle ou bien simple passant
Et que nous en soyons juste au premier sourire
Sachez ce qui pour moi est plus important
Oui le plus important
Écrire pour ne pas mourir
Écrire sagesse ou délire
Écrire pour tenter de dire
Dire tout ce qui m'a blessée
Dire tout ce qui m'a sauvée
Écrire et me débarrasser
Écrire pour ne pas sombrer
Écrire au lieu de tournoyer
Écrire et ne jamais pleurer
Rien que des larmes de stylo
Qui viennent se changer en mots
Pour me tenir le cœur au chaud
Que je vive cent ans ou bien quelques décades
Je ne supporte pas de voir le temps passer
On arpente sa vie au pas de promenade
Et puis on s'aperçoit qu'il faudra se presser
Que vous soyez tranquille ou plein d'inquiétude
Ce que je vais vous dire vous le comprendrez
En mettant bout à bout toutes nos solitudes
On pourrait se sentir un peu moins effrayé
Un peu moins effrayé
Écrire pour ne pas mourir
Écrire tendresse ou plaisir
Écrire pour tenter de dire
Dire tout ce que j'ai compris
Dire l'amour et le mépris
Écrire me sauver de l'oubli
Écrire pour tout raconter
Écrire au lieu de regretter
Écrire et ne rien oublier
Et même inventer quelques rêves
De ceux qui empêchent qu'on crève
Quand l'écriture un jour s'achève
Qu'on m'écoute en passant d'une oreille distraite
Ou qu'on ait l'impression de trop me ressembler
Je voudrais que ces mots qui me sont une fête
On se dépêche pas d'aller les oublier
Que vous soyez critique ou plein de bienveillance
Je ne recherche pas toujours ce qui vous plaît
Quand je soigne mes mots c'est à moi que je pense
Je veux me regarder sans honte et sans regrets
Sans honte et sans regrets
Écrire pour ne pas mourir
Écrire grimace et sourire
Écrire et ne pas me dédire
Dire ce que j'ai su faire
Dire pour ne pas me défaire
Écrire habiller ma colère
Écrire pour être égoïste
Écrire ce qui me résiste
Écrire et ne pas vivre triste
Et me dissoudre dans les mots
Qu'ils soient ma joie ou mon repos
Écrire et pas me foutre à l'eau
Et me dissoudre dans les mots
Qu'ils soient ma joie et mon repos
Ecrire et pas me foutre à l'eau
Ecrire pour ne pas mourir
Pour ne pas mourir
Anne Sylvestre
Deux arabesques
De temps en temps
De temps en temps les nuages
nous reposent
de tant regarder la lune
Bashô

