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Depuis six mille ans la guerre

27 Juillet 2018, 02:09am

Publié par vertuchou

Depuis six mille ans la guerre
Plait aux peuples querelleurs,
Et Dieu perd son temps à faire
Les étoiles et les fleurs.

Les conseils du ciel immense,
Du lys pur, du nid doré,
N’ôtent aucune démence
Du coeur de l’homme effaré.

Les carnages, les victoires,
Voilà notre grand amour ;
Et les multitudes noires
Ont pour grelot le tambour.

La gloire, sous ses chimères
Et sous ses chars triomphants,
Met toutes les pauvres mères
Et tous les petits enfants.

Notre bonheur est farouche ;
C’est de dire : Allons ! mourons !
Et c’est d’avoir à la bouche
La salive des clairons.

L’acier luit, les bivouacs fument ;
Pâles, nous nous déchaînons ;
Les sombres âmes s’allument
Aux lumières des canons.

Et cela pour des altesses
Qui, vous à peine enterrés,
Se feront des politesses
Pendant que vous pourrirez,

Et que, dans le champ funeste,
Les chacals et les oiseaux,
Hideux, iront voir s’il reste
De la chair après vos os !

Aucun peuple ne tolère
Qu’un autre vive à côté ;
Et l’on souffle la colère
Dans notre imbécillité.

C’est un Russe ! Egorge, assomme.
Un Croate ! Feu roulant.
C’est juste. Pourquoi cet homme
Avait-il un habit blanc ?

Celui-ci, je le supprime
Et m’en vais, le coeur serein,
Puisqu’il a commis le crime
De naître à droite du Rhin.

Rosbach ! Waterloo ! Vengeance !
L’homme, ivre d’un affreux bruit,
N’a plus d’autre intelligence
Que le massacre et la nuit.

On pourrait boire aux fontaines,
Prier dans l’ombre à genoux,
Aimer, songer sous les chênes ;
Tuer son frère est plus doux.

On se hache, on se harponne,
On court par monts et par vaux ;
L’épouvante se cramponne
Du poing aux crins des chevaux.

Et l’aube est là sur la plaine !
Oh ! j’admire, en vérité,
Qu’on puisse avoir de la haine
Quand l’alouette a chanté.

Victor Hugo

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Il y a tant de choses

26 Juillet 2018, 01:51am

Publié par vertuchou


Il y a tant de choses entre le ciel et la terre

que les poètes sont seuls à avoir rêvées.

Friedrich Nietzsche

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Un autre répit

25 Juillet 2018, 02:15am

Publié par vertuchou

à L. B.

 

Appuie ta tête sur mon épaule:

que je te caresse d'un geste lent,

comme si ma main accompagnait

une longue aiguillée invisible.

Pas uniquement sur ta tête : sur chaque visage

se plaignant d'être tourmenté et fatigué

descendent mes caresses aveugles,

comme des feuilles d'automne jaunies

dans une mare qui reflète le ciel.

 
Milan, 23 avril 1929


Antonia Pozzi

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Le mouton

24 Juillet 2018, 02:09am

Publié par vertuchou

Franz Marc,  Le mouton, 1913 / 1914, huile sur toile, 54.5 cm x 77 cm

Franz Marc, Le mouton, 1913 / 1914, huile sur toile, 54.5 cm x 77 cm

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A ma femme endormie

23 Juillet 2018, 02:44am

Publié par vertuchou

Tu dors en croyant que mes vers
Vont encombrer tout l'univers
De désastres et d'incendies ;
Elles sont si rares pourtant
Mes chansons au soleil couchant
Et mes lointaines mélodies.

Mais si je dérange parfois
La sérénité des cieux froids,
Si des sons d'acier ou de cuivre
Ou d'or, vibrent dans mes chansons,
Pardonne ces hautes façons,
C'est que je me hâte de vivre.

Et puis tu m'aimeras toujours.
Éternelles sont les amours
Dont ma mémoire est le repaire ;
Nos enfants seront de fiers gas
Qui répareront les dégâts,
Oue dans ta vie a faits leur père.

Ils dorment sans rêver à rien,
Dans le nuage aérien
Des cheveux sur leurs fines têtes ;
Et toi, près d'eux, tu dors aussi,
Ayant oublié, le souci
De tout travail, de toutes dettes.

Moi je veille et je fais ces vers
Qui laisseront tout l'univers
Sans désastre et sans incendie ;
Et demain, au soleil montant
Tu souriras en écoutant
Cette tranquille mélodie.

Charles Cros

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elle me sortait d’un monde où je n’avais pas vécu

22 Juillet 2018, 02:29am

Publié par vertuchou

Elle me sortait d’un monde où je n’avais pas vécu pour me lancer dans un monde où je ne vivais pas encore; les lèvres entrouvrirent les miennes, mouillèrent mes dents. La langue trop charnue m’effraya : le sexe étrange n’entra pas. J’attendais absente et recueillie. Les lèvres se promenèrent sur mes lèvres. Mon cœur battait trop haut et je voulais retenir ce scellé de douceur, ce frôlement neuf. Isabelle m’embrasse, me disais-je. Elle traçait un cercle autour de ma bouche, elle encerclait le trouble, elle mettait un baiser frais dans chaque coin, elle déposait 2 notes piquées, elle revenait, elle hivernait. Mes yeux étaient gros d’étonnement sous mes paupières, la rumeur des coquillages trop vaste. Isabelle continua : nous descendions nœud après nœud dans une nuit au-delà de la nuit du collège, au delà de la nuit de la ville, au delà de la nuit du dépôt des tramways. Elle avait fait son miel sur mes lèvres, les sphinx se rendormaient.

Violette Leduc, la bâtarde

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Enfin, la pluie !

21 Juillet 2018, 02:11am

Publié par vertuchou

Il pleut, il danse, il mouille
À tire-larigole
Entends crapauds, grenouilles
Rigoler aux rigoles

Le facteur se rengouille
Sa houppelande au col
Se réchauffe à l'alcool
Et quitte la Trimouille

Les hirondelles fauchent
Sur les champs de ciel gris,
Le butor dans les rauches
Exulte, exalte, crie

Ca coule, dégouline
Ronfle, tinte. L'odeur
Des thyms et des collines
Exhale son ardeur

Nous ferons mieux un jour
Plus propice au délire,
Nous mettrons de l'amour
Dans notre poêle à frire,

Il pleut sur notre aurore
Sur les oies, les tambours,
Sur le tambour-major
— Mais pas sur notre amour ! —

 

Maurice Fombeure

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Mr Tambourine Man

20 Juillet 2018, 02:22am

Publié par vertuchou

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Andromaque, Acte IV scène 5

19 Juillet 2018, 02:41am

Publié par vertuchou

Je ne t'ai point aimé, cruel ? Qu'ai-je donc fait ?
J'ai dédaigné pour toi les voeux de tous nos princes,
Je t'ai cherché moi-même au fond de tes provinces ;
J'y suis encor, malgré tes infidélités,
Et malgré tous mes Grecs honteux de mes bontés.
Je leur ai commandé de cacher mon injure ;
J'attendais en secret le retour d'un parjure ;
J'ai cru que tôt ou tard, à ton devoir rendu,
Tu me rapporterais un coeur qui m'était dû.
Je t'aimais inconstant ; qu'aurais-je fait fidèle ?
Et même en ce moment où ta bouche cruelle
Vient si tranquillement m'annoncer le trépas,
Ingrat, je doute encor si je ne t'aime pas.
Mais, Seigneur, s'il le faut, si le Ciel en colère
Réserve à d'autres yeux la gloire de vous plaire,
Achevez votre hymen, j'y consens. Mais du moins
Ne forcez pas mes yeux d'en être les témoins.
Pour la dernière fois je vous parle peut-être :
Différez-le d'un jour ; demain vous serez maître.
Vous ne répondez point ? Perfide, je le voi,
Tu comptes les moments que tu perds avec moi !
Ton coeur, impatient de revoir ta Troyenne,
Ne souffre qu'à regret qu'un autre t'entretienne.
Tu lui parles du coeur, tu la cherches des yeux.
Je ne te retiens plus, sauve-toi de ces lieux :
Va lui jurer la foi que tu m'avais jurée,
Va profaner des Dieux la majesté sacrée.
Ces Dieux, ces justes Dieux n'auront pas oublié
Que les mêmes serments avec moi t'ont lié.
Porte aux pieds des autels ce coeur qui m'abandonne ;
Va, cours. Mais crains encor d'y trouver Hermione.

Jean Racine

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Le poète épouse la nature

18 Juillet 2018, 02:48am

Publié par vertuchou

Le poète épouse la nature,

et la nature lui offre ses fruits, qu’il met en mots.

Marie Darrieussecq

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