De temps en temps
De temps en temps les nuages
nous reposent
de tant regarder la lune
Bashô
Coups de cœur
De temps en temps les nuages
nous reposent
de tant regarder la lune
Bashô
Un poète,
c'est quelqu'un qui a un don égal pour l'âme et pour le verbe.
Marina Tsvétaeva
Pendant que j'allumais une autre cigarette
tu as quitté tes bas
assise au bord du lit
et maintenant tu n'oses pas
dans cette chambre où nous n'avons jamais dormi
lever les yeux sur moi
C'est soudain comme si le temps meurt ou s'arrête
un long alinéa
je m'approche du lit
et viens te prendre entre mes bras
dans cette douceur triste et qui nous engourdit
j'ai aussi peur que toi
Il y a au-dehors des rumeurs vagabondes
nous ne nous en irons que pour un autre monde
A Londres c'est l'automne il est presque minuit
Louis Calaferte
Sur la luzerne en fleur assise,
Qui chante dès le frais matin ?
C'est la fille aux cheveux de lin,
La belle aux lèvres de cerise.
L'amour, au clair soleil d'été,
Avec l'alouette a chanté.
Ta bouche a des couleurs divines,
Ma chère, et tente le baiser !
Sur l'herbe en fleur veux-tu causer,
Fille aux cils longs, aux boucles fines ?
L'amour, au clair soleil d'été,
Avec l'alouette a chanté.
Ne dis pas non, fille cruelle !
Ne dis pas oui ! J'entendrai mieux
Le long regard de tes grands yeux
Et ta lèvre rose, ô ma belle !
L'amour, au clair soleil d'été,
Avec l'alouette a chanté.
Adieu les daims, adieu les lièvres
Et les rouges perdrix ! Je veux
Baiser le lin de tes cheveux,
Presser la pourpre de tes lèvres !
L'amour, au clair soleil d'été,
Avec l'alouette a chanté.
Charles Marie René Leconte de Lisle
Je lui ai donné la main, j'ai entrelacé mes doigts avec les siens et je les ai serrés bien fort,
et les lâcher était une douleur. Je suis passée à côté de tant de choses, et maintenant tout
m'arrive en même temps !
Elena Ferrante, Le nouveau nom
...
Archéologues,
voici les ruines de Byblos, voici
les murailles de Jéricho.
Bouchez-vous les oreilles, les trompettes
sonnent encor. Jérusalem,
si je t'oublie, que ma langue dessèche.
Et toi, Tenochtitlan, et vous, Hiroshima,
Carthage, Babylone, Dresde.
Cherchez, archéologues, cherchez bien
les vingt sesterces que j'avais en main
et le vergissmeinnicht réduit en cendre
*
Tu crois posséder, tu n'as rien.
Tu crois avancer, tu n’as pas bougé.
Tu crois appartenir, tu échappes.
Tu crois habiter, tu traverses.
Tu crois finir, tu commences.
Liliane Wouters, Journal du scribe
Sous un habit de fleurs, la Nymphe que j'adore,
L'autre soir apparut si brillante en ces lieux,
Qu'à l'éclat de son teint et celui de ses yeux,
Tout le monde la prit pour la naissante Aurore.
La Terre, en la voyant, fit mille fleurs éclore,
L'air fut partout rempli de chants mélodieux,
Et les feux de la nuit pâlirent dans les Cieux,
Et crurent que le jour recommençait encore.
Le Soleil qui tombait dans le sein de Thétis,
Rallumant tout à coup ses rayons amortis,
Fit tourner ses chevaux pour aller après elle.
Et l'Empire des flots ne l'eût su retenir ;
Mais la regardant mieux, et la voyant si belle,
Il se cacha sous l'onde et n'osa revenir.
Vincent Voiture
Bien sûr, bien sûr, la poésie naît des cendres de l'enfance, des cahiers d'écolier ;
tout comme elle naît des sursauts et des éclats d'un amour qui s'était cru partagé.
Françoise Sagan