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La femme aux trois visages

16 Janvier 2017, 03:07am

Publié par vertuchou

Qui dit qu’elle a un double visage
Les visages
Elle en a trois :
Le premier indéchiffrable, pour le monde extérieur ;
Le second, dissimulé sous le voile de sa propre contemplation.
Le troisième, son visage de l’amour
Qu’une fois, en un moment d’éternité, elle tourna vers moi.

Robert Graves

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Blaues Pferdchen, Kinderbild

15 Janvier 2017, 03:05am

Publié par vertuchou

Franz Marc, Blaues Pferdchen, Kinderbild (Petit Cheval bleu, tableau pour enfants), 1912

Franz Marc, Blaues Pferdchen, Kinderbild (Petit Cheval bleu, tableau pour enfants), 1912

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De la Mélancolie (Ode)

14 Janvier 2017, 03:02am

Publié par vertuchou

Non, non ! ne va point au Léthé, ni consommer
Le vin vénéneux de l’aconit aux fortes racines ;
Ne souffre pas non plus à ton front pâle le baiser
De la belladone, raisin vermeil de Proserpine ;
Ne te fais pas un chapelet des baies de l’if ;
Que ni le carabe ni le sphinx tête de mort
Ne soient ta lugubre Psyché, ni l’effraie duvetée
Une compagne à tes mystères douloureux ;
Ou l’ombre s’unira à l’ombre sommeilleuse
Pour noyer en ton âme l’angoisse qui veillait.

Mais quand du haut des cieux l’accès de mélancolie
Soudain s’abattra comme une nuée de larmes,
Redonnant vigueur aux fleurs qui ployaient,
Couvrant le vert coteau d’un suaire d’Avril,
Qu’une rose du matin rassasie ton chagrin,
Ou l’arc-en-ciel naissant de la vague et du sable,
Ou la profusion des globes de pivoines ;
Que si quelque courroux embellit ta maîtresse,
Tiens serrée sa main douce et permets son délire,
Buvant profond, profond dans ses yeux sans pareils.

Elle demeure en la Beauté – Beauté qui doit périr ;
Et en la Joie, dont la main à ses lèvres à lui
Pour toujours dit adieu ; auprès du douloureux Plaisir,
Un poison que sa bouche, comme une abeille, aspire ;
Oui, c’est dans le temple même des Délices
Que se cache l’autel de la Mélancolie :
Seul le voit celui qui d’une langue énergique
A son palais délicat fait éclater les raisins de la Joie :
Son âme goûtera de Mélancolie le triste pouvoir,
Appendue parmi ses nuageux trophées.

John Keats     (traduction : Alain Praud)

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Je te faisais toujours de grands discours

13 Janvier 2017, 02:57am

Publié par vertuchou


     Je te faisais toujours de grands discours, après ton départ. Je te parlais tout le temps, même si j'étais seule. Pendant des mois, j'ai marché en te parlant. Maintenant je ne sais pas quoi dire. C'était plus facile juste quand je t'imaginais. J'imaginais même que tu me répondais. On avait de grandes conversations, tous les deux. C'était presque comme si tu étais là. Je pouvais t'entendre, te voir, sentir ton odeur. Je pouvais entendre ta voix. Il y a eu des moments où c'est ta voix qui me réveillait. Elle me réveillait au milieu de la nuit juste comme si tu étais dans la chambre avec moi.

Et puis… ça s'est effacé lentement. Je ne pouvais plus me représenter comment tu étais. J'ai essayé de te parler tout haut comme avant, mais il n'y avait plus rien. Je ne pouvais plus t'entendre. Et alors… j'ai abandonné. Tout s'est arrêté. Et alors tu… as disparu. Maintenant je travaille ici. J'entends ta voix tout le temps. Chaque homme a ta voix.

Sam Shepard,  Paris,Texas

Réalisateur : Wim Wenders
 

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Silence

12 Janvier 2017, 08:11am

Publié par vertuchou

Le silence descend en nous,
Tes yeux mi-voilés sont plus doux ;
Laisse mon cœur sur tes genoux.

Sous ta chevelure épandue
De ta robe un peu descendue
Sort une blanche épaule nue.

La parole a des notes d'or ;
Le silence est plus doux encor,
Quand les cœurs sont pleins jusqu'au bord.

Il est des soirs d'amour subtil,
Des soirs où l'âme, semble-t-il,
Ne tient qu'à peine par un fil...

Il est des heures d'agonie
Où l'on rêve la mort bénie
Au long d'une étreinte infinie.

La lampe douce se consume ;
L'âme des roses nous parfume.
Le Temps bat sa petite enclume.

Oh ! s'en aller sans nul retour,
Oh ! s'en aller avant le jour,
Les mains toutes pleines d'amour !

Oh ! s'en aller sans violence,
S'évanouir sans qu'on y pense
D'une suprême défaillance...

Silence !... Silence !... Silence !...

Albert Samain

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Canarios

11 Janvier 2017, 03:52am

Publié par vertuchou

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L'alphabet

10 Janvier 2017, 03:46am

Publié par vertuchou

Il gît au fond de quelque armoire,
Ce vieil alphabet tout jauni,
Ma première leçon d’histoire,
Mon premier pas vers l’infini.

Toute la genèse y figure ;
Le lion, l’ours et l’éléphant ;
Du monde la grandeur obscure
Y troublait mon âme d’enfant.

Sur chaque bête un mot énorme
Et d’un sens toujours inconnu,
Posait l’énigme de sa forme
À mon désespoir ingénu.

Ah ! Dans ce long apprentissage
La cause de mes pleurs, c’était
La lettre noire, et non l’image
Où la nature me tentait.

Sully Prudhomme, j'ignore tout de l'homme, je n'ai jamais rien lu d'autres de lui, uniquement ce poème :

 

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Le poète est celui qui inspire

9 Janvier 2017, 03:45am

Publié par vertuchou

  Le poète est celui qui inspire bien plus que celui qui est inspiré. Les poèmes ont toujours de grandes marges blanches, de grandes marges blanches de silence où la mémoire ardente se consume pour recréer un délire sans passé. Leur principale qualité est non pas, je le répète, d'invoquer, mais d'inspirer. Tant de poèmes d'amour sans objet réuniront, un beau jour, des amants.

  On rêve sur un poème comme on rêve sur un être. La compréhension, comme le désir, comme la haine, est faite de rapports entre la chose à comprendre et les autres, comprises ou incomprises.

  C'est l'espoir ou le désespoir qui déterminera pour le rêveur éveillé, pour le poète, l'action de son imagination. Qu'il formule cet espoir ou ce désespoir et ses rapports avec le monde changeront immédiatement. Tout est au poète objet à sensations et, par conséquent, à sentiments. Tout le concret devient alors l'aliment de son imagination et l'espoir, le désespoir passent, avec les sensations et les sentiments, au concret.

Paul Eluard : L'Évidence poétique (1939).

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Commune présence

8 Janvier 2017, 03:42am

Publié par vertuchou

    tu es pressé d'écrire
    comme si tu étais en retard sur la vie
    s'il en est ainsi fais cortège à tes sources
    hâte-toi
    hâte-toi de transmettre
    ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance
    effectivement tu es en retard sur la vie
    la vie inexprimable
    la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir
    celle qui t'es refusée chaque jour par les êtres et par les choses
    dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
    au bout de combats sans merci
    hors d'elle tout n'est qu'agonie soumise fin grossière
    si tu rencontres la mort durant ton labeur
    reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
    en t'inclinant
    si tu veux rire
    offre ta soumission
    jamais tes armes
    tu as été créé pour des moments peu communs
    modifie-toi disparais sans regret
    au gré de la rigueur suave
    quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
    sans interruption
    sans égarement

    essaime la poussière
    nul ne décèlera votre union.

    René Char

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New York City, USA. 1955

7 Janvier 2017, 03:38am

Publié par vertuchou

Elliott Erwitt, New York City, USA. 1955.

Elliott Erwitt, New York City, USA. 1955.

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