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Vertuchou.over-blog.com

Un rêve

12 Juillet 2016, 03:25am

Publié par vertuchou

En des visions de la sombre nuit,
j’ai bien rêvé de joie défunte,
— mais voici qu’un rêve tout éveillé de vie et de lumière
m’a laissé le cœur brisé.

Ah ! qu’est-ce qui n’est pas un rêve le jour
pour celui dont les yeux portent
sur les choses d’alentour un éclat
retourné au passé ?

Ce rêve béni, ce rêve béni,
pendant que grondait le monde entier,
m’a réjoui comme un cher rayon guidant
un esprit solitaire.

Oui, quoique cette lumière, dans l’orage et la nuit,
tremblât comme de loin,
que pouvait-il y avoir, brillant avec plus de pureté,
sous l’astre de jour de Vérité.

Edgar Poe
- traduction par Stéphane Mallarmé.

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Et je pleure, et je crie et je ris

11 Juillet 2016, 03:23am

Publié par vertuchou

Et je pleure, et je crie et je ris au pied d'une fleur des champs,
Égaré, insouciant dans l'âme du printemps, cœur battant,
Cœur serré par la colère, par l'éphémère beauté de la vie.
— Jacques Higelin

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Si nous connaissions le point

10 Juillet 2016, 03:20am

Publié par vertuchou

Si nous connaissions le point
où quelque chose va se rompre,
où le fil des baisers sera coupé,
où un regard cessera de rencontrer un autre regard,
où le cœur ailleurs s'élancera,
nous pourrions mettre sur ce point un autre point
ou du moins l'accompagner quand il cède.

Si nous connaissions le point
où une chose va se fondre avec une autre,
où le désert rencontrera la pluie,
où l'étreinte atteindra la vie,
où ma mort s'approchera de la tienne,
nous pourrions dérouler ce point comme un serpentin
ou du moins le chanter jusqu'à mourir.

Si nous connaissions le point
où une chose sera toujours cette chose,
où l'os n'oubliera pas la chair,
où la source est mère d'autre source,
où le passé ne sera jamais le passé,
nous pourrions le laisser seul et abolir tous les autres
ou du moins l'abriter dans un lieu plus sûr.

Roberto Juarroz

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Concerto en ré pour 2 cors, 2 hautbois, basson, cordes. Allegro

9 Juillet 2016, 03:07am

Publié par vertuchou

Johann Georg Pisendel, Concerto en ré pour 2 cors, 2 hautbois, basson, cordes. Allegro

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L'amour et la mort

8 Juillet 2016, 03:03am

Publié par vertuchou

...

Éternité de l'homme, illusion ! chimère !
Mensonge de l'amour et de l'orgueil humain !
Il n'a point eu d'hier, ce fantôme éphémère,
Il lui faut un demain !

Pour cet éclair de vie et pour cette étincelle
Qui brûle une minute en vos cœurs étonnés,
Vous oubliez soudain la fange maternelle
Et vos destins bornés.

Vous échapperiez donc, ô rêveurs téméraires
Seuls au Pouvoir fatal qui détruit en créant ?
Quittez un tel espoir ; tous les limons sont frères
En face du néant.

Vous dites à la Nuit qui passe dans ses voiles :
“ J'aime, et j'espère voir expirer tes flambeaux. ”
La Nuit ne répond rien, mais demain ses étoiles
Luiront sur vos tombeaux.

Vous croyez que l'amour dont l'âpre feu vous presse
A réservé pour vous sa flamme et ses rayons ;
La fleur que vous brisez soupire avec ivresse :
“Nous aussi nous aimons !”

Heureux, vous aspirez la grande âme invisible
Qui remplit tout, les bois, les champs de ses ardeurs ;
La Nature sourit, mais elle est insensible :
Que lui font vos bonheurs ?

Elle n'a qu'un désir, la marâtre immortelle,
C'est d'enfanter toujours, sans fin, sans trêve, encor.
Mère avide, elle a pris l'éternité pour elle,
Et vous laisse la mort.

Toute sa prévoyance est pour ce qui va naître ;
Le reste est confondu dans un suprême oubli.
Vous, vous avez aimé, vous pouvez disparaître :
Son vœu s'est accompli.

Quand un souffle d'amour traverse vos poitrines,
Sur des flots de bonheur vous tenant suspendus,
Aux pieds de la Beauté lorsque des mains divines
Vous jettent éperdus ;

Quand, pressant sur ce cœur qui va bientôt s'éteindre
Un autre objet souffrant, forme vaine ici-bas,
Il vous semble, mortels, que vous allez étreindre
L'Infini dans vos bras ;

Ces délires sacrés, ces désirs sans mesure
Déchaînés dans vos flancs comme d'ardents essaims,
Ces transports, c'est déjà l'Humanité future
Qui s'agite en vos seins.

Elle se dissoudra, cette argile légère
Qu'ont émue un instant la joie et la douleur ;
Les vents vont disperser cette noble poussière
Qui fut jadis un cœur.

Mais d'autres cœurs naîtront qui renoueront la trame
De vos espoirs brisés, de vos amours éteints,
Perpétuant vos pleurs, vos rêves, votre flamme,
Dans les âges lointains.

Tous les êtres, formant une chaîne éternelle,
Se passent, en courant, le flambeau de l'amour.
Chacun rapidement prend la torche immortelle
Et la rend à son tour.

Aveuglés par l'éclat de sa lumière errante,
Vous jurez, dans la nuit où le sort vous plongea,
De la tenir toujours : à votre main mourante
Elle échappe déjà.

Du moins vous aurez vu luire un éclair sublime ;
Il aura sillonné votre vie un moment ;
En tombant vous pourrez emporter dans l'abîme
Votre éblouissement.

Et quand il régnerait au fond du ciel paisible
Un être sans pitié qui contemplât souffrir,
Si son œil éternel considère, impassible,
Le naître et le mourir,

Sur le bord de la tombe, et sous ce regard même,
Qu'un mouvement d'amour soit encor votre adieu !
Oui, faites voir combien l'homme est grand lorsqu'il aime,
Et pardonnez à Dieu !

Louise Ackermann

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Volontaire bannie comme moi

7 Juillet 2016, 03:54am

Publié par vertuchou

Volontaire bannie comme moi, et elle ne savait pas que derrière les rideaux je la regardais. Alors, écoutez, elle s’est approchée de la glace du petit salon, car elle a la manie des glaces comme moi, manie des tristes et des solitaires, et alors, seule et ne se sachant pas vue,
elle s’est approchée de la glace et elle a baisé ses lèvres sur la glace.

Ô ma sœur folle, aussitôt aimée, aussitôt aimée par ce baiser à elle-même donné.

Ô l’élancée, ô ses longs cils recourbés dans la glace, et mon âme s’est accrochée à ses longs cils recourbés. Un battement de paupières, le temps d’un baiser sur une glace, et c’était elle, elle à jamais. Dites-moi fou mais croyez-moi. Voilà, et lorsqu’elle est retournée dans la grande salle, je ne me suis pas approché d’elle, je ne lui ai pas parlé, je n’ai pas voulu la traiter comme les autres.


Albert Cohen Belle du Seigneur

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Interprétation

6 Juillet 2016, 03:50am

Publié par vertuchou

Des arbres que nous avons plantés il y a un siècle,
Vous allez en récolter la diversité.
Bien que l'arbre soit le même, la fleur toujours la même,
Vous en verrez, vous, un fruit différent.

Nous, les planteurs de l'arbre, perdus à tout jamais
Vous allez nous croire présents en vous.
Interprétation des interprétations
D'ailleurs tout est interprétation.

Zahrad

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New York, Grand Central Terminal

5 Juillet 2016, 03:44am

Publié par vertuchou

John Collier - New York, Grand Central Terminal, 1941

John Collier - New York, Grand Central Terminal, 1941

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Vous m’avez dit, tel soir…

4 Juillet 2016, 03:12am

Publié par vertuchou

Vous m’avez dit, tel soir, des paroles si belles
Que sans doute les fleurs, qui se penchaient vers nous,
Soudain nous ont aimés et que l’une d’entre elles,
Pour nous toucher tous deux, tomba sur nos genoux.

Vous me parliez des temps prochains où nos années,
Comme des fruits trop mûrs, se laisseraient cueillir ;
Comment éclaterait le glas des destinées,
Comment on s’aimerait, en se sentant vieillir.

Votre voix m’enlaçait comme une chère étreinte,
Et votre cœur brûlait si tranquillement beau
Qu’en ce moment, j’aurais pu voir s’ouvrir sans crainte
Les tortueux chemins qui vont vers le tombeau.

 

Emile Verhaeren

 


 

 

 

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Il faut que dans le vers chaque mot

3 Juillet 2016, 02:56am

Publié par vertuchou

Il faut que dans le vers chaque mot soit à la place, comme s’il y était déjà depuis mille ans,

mais que le lecteur l’entende pour la première fois.

C’est très difficile, mais quand on y parvient, les gens disent :

« C’est de moi qu’il s’agit. C’est comme si c’était moi qui l’avais écrit. »

Anna Akhmatova

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