ELA
Dpm La Nena & Danças Ocultas - ELA
Coups de cœur
Dpm La Nena & Danças Ocultas - ELA
J'ai peur d'un baiser
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer :
J'ai peur d'un baiser !
Pourtant j'aime Kate
Et ses yeux jolis.
Elle est délicate,
Aux longs traits pâlis.
Oh ! que j'aime Kate !
C'est Saint-Valentin !
Je dois et je n'ose
Lui dire au matin...
La terrible chose
Que Saint-Valentin !
Elle m'est promise,
Fort heureusement !
Mais quelle entreprise
Que d'être un amant
Près d'une promise !
J'ai peur d'un baiser
Comme d'une abeille.
Je souffre et je veille
Sans me reposer :
J'ai peur d'un baiser !
Paul Verlaine
Mon amour
Il y a une source de soleil, ruisselante, qui éclaboussera votre corps de lumière.
L’étoffe lourde et soyeuse de ses rayons ardents qui enrobera votre éblouissante nudité.
Il y aura vos regards humides, troubles comme l’étang, étincelants de clarté noire
votre chevelure affolée de lueurs, votre chevelure comme l’olivier en flammes
votre bouche écarlate, affamée, entrouverte sur la morsure à fleur de dents
et ce sourire obsédant d’enfant tourmenté
cette brûlure fulgurante du plaisir, qui vous déchire la peau et vous dévore les membres…
Je serai là
...
Jacques Higelin, Lettres d'amour d'un soldat de vingt ans
Le moment où la nuit pénètre le jour
est invisible
comme les deux corps qui s'aiment et s'oublient.
De longs silences les traversent
plus musique que la plus pure musique,
un espace pour disparaître et demeurer pourtant.
Ils ne savent que l'instant
qui n’en finit pas d’être l'autre,
ils ne savent que le sang dans la lenteur des mains,
dans la moiteur de l'impossible
le lent éclair qui trace et foudroie leur image
Jacques Ancet
Franz Liszt, Rhapsodie hongroise no 2, S. 244/2, deuxième d'une série de dix-neuf Rhapsodies hongroises, 1847
Chloé, jeune, jolie, et surtout fort coquette,
Tous les matins, en se levant,
Se mettait au travail, j'entends à sa toilette ;
Et là, souriant, minaudant,
Elle disait à son cher confident
Les peines, les plaisirs, les projets de son âme.
Une abeille étourdie arrive en bourdonnant.
Au secours ! Au secours ! Crie aussitôt la dame :
Venez, Lise, Marton, accourez promptement ;
Chassez ce monstre ailé. Le monstre insolemment
Aux lèvres de Chloé se pose.
Chloé s'évanouit, et Marton en fureur
Saisit l'abeille et se dispose
A l'écraser. Hélas ! Lui dit avec douceur
L'insecte malheureux, pardonnez mon erreur ;
La bouche de Chloé me semblait une rose,
Et j'ai cru... ce seul mot à Chloé rend ses sens.
Faisons grâce, dit-elle, à son aveu sincère :
D'ailleurs sa piqûre est légère ;
Depuis qu'elle te parle, à peine je la sens.
Que ne fait-on passer avec un peu d'encens !
Jean-Pierre Claris de Florian
Le poème se nourrit de mouvements ; mouvements de cet être intérieur
que certains appelleraient « âme ». Son rythme est celui de la vague.
Son destin est de traverser.
Andrée Chedid
Qui dit qu’elle a un double visage
Les visages
Elle en a trois :
Le premier indéchiffrable, pour le monde extérieur ;
Le second, dissimulé sous le voile de sa propre contemplation.
Le troisième, son visage de l’amour
Qu’une fois, en un moment d’éternité, elle tourna vers moi.
Robert Graves
Non, non ! ne va point au Léthé, ni consommer
Le vin vénéneux de l’aconit aux fortes racines ;
Ne souffre pas non plus à ton front pâle le baiser
De la belladone, raisin vermeil de Proserpine ;
Ne te fais pas un chapelet des baies de l’if ;
Que ni le carabe ni le sphinx tête de mort
Ne soient ta lugubre Psyché, ni l’effraie duvetée
Une compagne à tes mystères douloureux ;
Ou l’ombre s’unira à l’ombre sommeilleuse
Pour noyer en ton âme l’angoisse qui veillait.
Mais quand du haut des cieux l’accès de mélancolie
Soudain s’abattra comme une nuée de larmes,
Redonnant vigueur aux fleurs qui ployaient,
Couvrant le vert coteau d’un suaire d’Avril,
Qu’une rose du matin rassasie ton chagrin,
Ou l’arc-en-ciel naissant de la vague et du sable,
Ou la profusion des globes de pivoines ;
Que si quelque courroux embellit ta maîtresse,
Tiens serrée sa main douce et permets son délire,
Buvant profond, profond dans ses yeux sans pareils.
Elle demeure en la Beauté – Beauté qui doit périr ;
Et en la Joie, dont la main à ses lèvres à lui
Pour toujours dit adieu ; auprès du douloureux Plaisir,
Un poison que sa bouche, comme une abeille, aspire ;
Oui, c’est dans le temple même des Délices
Que se cache l’autel de la Mélancolie :
Seul le voit celui qui d’une langue énergique
A son palais délicat fait éclater les raisins de la Joie :
Son âme goûtera de Mélancolie le triste pouvoir,
Appendue parmi ses nuageux trophées.
John Keats (traduction : Alain Praud)