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Coups de cœur
La mort
Ni effroi ni espoir
Pour l'animal qui meurt,
Mais l'homme attend sa fin
Craignant, espérant tout.
Que de fois est-il mort
Puis se relève!
Le grand homme, lui, seul
Devant ses meurtriers,
a cet orgueil qui jette
Dérision sur le simple
Détrônement du souffle.
Il sait la mort à fond,
-- L'homme a créé la mort.
William Butler Yeats
La poésie est le seul moyen
La poésie est le seul moyen d’aborder par les mots,
quand on sait le faire, le son intérieur de tout réel.
Eugène Guillevic
Lève-toi et marche
Lève-toi et marche, prends le soleil et la lune avec toi. Dans le récit où je t'entraîne, il fera chaud et il fera froid.
Je te ressuscite en dehors de ma mémoire et du vide. Je te forme de mes rêves, de la matière des autres, de mes pensées errantes entre ciel et terre. Tu existes par ma parole.
Lève-toi et marche, je t'accorderai le pain quotidien pour l'amour de l'homme, pour l'amour du blé et des intempéries, l'amour de cette terre qui nous fait naître et toujours nous reprend.
Anise Koltz
Concerto pour clarinette en la majeur K 622
Wolfgang Amadeus Mozart, Concerto pour clarinette en la majeur K 622, 1791
Le Thé
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise,
Où des poissons d’or cherchent noise
Au monstre rose épouvanté.
J’aime la folle cruauté
Des chimères qu’on apprivoise :
Miss Ellen, versez-moi le Thé
Dans la belle tasse chinoise.
Là, sous un ciel rouge irrité,
Une dame fière et sournoise
Montre en ses longs yeux de turquoise
L’extase et la naïveté :
Miss Ellen, versez-moi le Thé.
Théodore de Banville
La poésie est élément
La poésie est élément. Elle est irréductible, incorruptible et réfractaire.
Comme la mer, elle dit chaque fois tout ce qu'elle a à dire.
Victor Hugo
A ma mort / A mi muerte
A ma mort,
À ma mort tu mettras tes deux mains sur mes yeux,
et que le blé des mains aimées, que leur lumière
encore un coup sur moi étendent leur fraîcheur,
pour sentir la douceur qui changea mon destin.
À t'attendre endormi, moi je veux que tu vives,
et que ton oreille entende toujours le vent,
que tu sentes le parfum aimé de la mer,
et marches toujours sur le sable où nous marchâmes.
Ce que j'aime, je veux qu'il continue à vivre,
toi que j'aimais, que je chantais par-dessus tout,
pour cela, ma fleurie, continue à fleurir,
pour atteindre ce que mon amour t'ordonna,
pour que sur tes cheveux se promène mon ombre,
et pour que soit connue la raison de mon chant.
A mi muerte,
Cuando yo muera quiero tus manos en mis ojos :
quiero la luz y el trigo de tus manos amadas
pasar una vez mas sobre mi su frescura :
sentir la suavidad que cambio mi destino.
Quiero que vivas mientras yo, dormido, te espero,
quiero que tus oidos sigan oyendo el viento,
que huelas el aroma del mar que amamos juntos
y que sigas pisando la arena que pisamos.
Quiero que lo que amo siga vivo
y a te amé y canté sobre todas las cosas,
por eso sigue tu floreciendo, florida,
para que alcances todo lo que mi amor te ordena,
para que pasee mi sombra por tu pelo,
para que asi conozcan la razon de mi canto.
Pablo Néruda
White Courtyard With Shadows
Hymne à la beauté
Hymne à la beauté
Viens-tu du ciel profond ou sors-tu de l'abîme,
Ô beauté ? Ton regard, infernal et divin,
Verse confusément le bienfait et le crime,
Et l'on peut pour cela te comparer au vin.
Tu contiens dans ton œil le couchant et l'aurore ;
Tu répands des parfums comme un soir orageux ;
Tes baisers sont un philtre et ta bouche une amphore
Qui font le héros lâche et l'enfant courageux.
Sors-tu du gouffre noir ou descends-tu des astres ?
Le destin charmé suit tes jupons comme un chien ;
Tu sèmes au hasard la joie et les désastres,
Et tu gouvernes tout et ne réponds de rien.
Tu marches sur des morts, beauté, dont tu te moques ;
De tes bijoux l'horreur n'est pas le moins charmant,
Et le meurtre, parmi tes plus chères breloques,
Sur ton ventre orgueilleux danse amoureusement.
L'éphémère ébloui vole vers toi, chandelle,
Crépite, flambe et dit : bénissons ce flambeau !
L'amoureux pantelant incliné sur sa belle
A l'air d'un moribond caressant son tombeau.
Que tu viennes du ciel ou de l'enfer, qu'importe,
Ô beauté ! Monstre énorme, effrayant, ingénu !
Si ton œil, ton souris, ton pied, m'ouvrent la porte
D'un infini que j'aime et n'ai jamais connu ?
De Satan ou de Dieu, qu'importe ? Ange ou sirène,
Qu'importe, si tu rends, - fée aux yeux de velours,
Rythme, parfum, lueur, ô mon unique reine ! -
L'univers moins hideux et les instants moins lourds ?
Charles Baudelaire
