La poésie est son propre chemin
La poésie est son propre chemin, son unique but. Elle est le monde.
Adonis
Coups de cœur
La poésie est son propre chemin, son unique but. Elle est le monde.
Adonis
Dans le brillance de la pierre
Et dans la lueur du bois,
Il y a un reflet de nostalgie.
Les murs et les poutres
Auraient-ils absorbé
Les effluves d'une tristesse ancienne ?
La bière la plus amère,
Devient douce,
Lorsque je ramène à moi
Le souvenir de ton regard.
La Glycine, le 16 Novembre 2001.
Patricio Pujos San Martin
Si je perds bien des maîtresses,
J'en fais encor plus souvent,
Et mes voeux et mes promesses
Ne sont que feintes caresses,
Et mes voeux et mes promesses
Ne sont jamais que du vent.
Quand je vois un beau visage,
Soudain je me fais de feu,
Mais longtemps lui faire hommage,
Ce n'est pas bien mon usage,
Mais longtemps lui faire hommage,
Ce n'est pas bien là mon jeu.
J'entre bien en complaisance
Tant que dure une heure ou deux,
Mais en perdant sa présence
Adieu toute souvenance,
Mais en perdant sa présence
Adieu soudain tous mes feux.
Pierre Corneille
Tes grains de beauté dans le dos
Je les ai comptés un par un
Comme les points dans ces jeux idiots
Qu'on relie pour faire un dessin
Et pour ta peau de léopard
Moi j'aurais marché sur les mains
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin ?
Rappelle toi que l'on riait
Nous étions ivres un jour sur deux
Tu dansais, moi je titubais
Et nous en prenions jusque aux yeux
Mais quand c'est fini c'est trop boire
Quand c'est rendre tout ce trop plein
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin ?
Et toute la nuit sur cette place
S'embrasser au cœur de la foule
Ta mèche que la brise agace
Comme une petite vague qui roule
Était-ce le vent de l'histoire
La promesse des beaux lendemains
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin ?
Tes grains de beauté dans le dos
C'est à peine si je m'en souviens
C'est comme les fleurs, comme les photos
C'est comme les vieux horaires de train
C'est comme rangé dans un tiroir
Ça fane, ça jaunit, ça déteint
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin ?
Alex Beaupain
à madame I. R.
J'aime une herbe blanche
ou plutôt
Une hermine aux pieds
de silence
C'est le soleil qui balance
Et c'est Isabelle au manteau
Couleur de lait et d'insolence
Louis Aragon
Ah ! La belle pleine Lune,
Grosse comme une fortune !
La retraite sonne au loin,
Un passant, monsieur l'adjoint ;
Un clavecin joue en face,
Un chat traverse la place :
La province qui s'endort !
Plaquant un dernier accord,
Le piano clôt sa fenêtre.
Quelle heure peut-il bien être ?
Calme lune, quel exil !
Faut-il dire : ainsi soit-il ?
Lune, ô dilettante lune,
A tous les climats commune,
Tu vis hier le Missouri,
Et les remparts de Paris,
Les fiords bleus de la Norwège,
Les pôles, les mers, que sais-je ?
Lune heureuse ! Ainsi tu vois,
A cette heure, le convoi
De son voyage de noce !
Ils sont partis pour l'Écosse.
Quel panneau, si, cet hiver,
Elle eût pris au mot mes vers !
Lune, vagabonde lune,
Faisons cause et mœurs communes ?
Ô riches nuits ! Je me meurs,
La province dans le cœur !
Et la lune a, bonne vieille,
Du coton dans les oreilles.
Jules Laforgue
“La poésie, c’est ce qui restait de l’amour.
Tout poème était enfant de l’amour, un orphelin qui ne trouvait plus à qui parler.”
Jean-Marc Parisis
Ma renarde, pose ta tête sur mes genoux.
Je ne suis pas heureux et pourtant tu suffis.
Bougeoir ou météore, il n'est plus de cœur gros ni d'avenir sur terre.
Les marches du crépuscule révèlent ton murmure, gîte de menthe et de romarin,
confidence échangée entre les rousseurs de l'automne et ta robe légère.
Tu es l'âme de la montagne aux flancs profonds,
aux roches tues derrière les lèvres d'argile.
Que les ailes de ton nez frémissent.
Que ta main ferme le sentier et rapproche le rideau des arbres.
Ma renarde, en présence des deux astres, le gel et le vent,
je place en toi toutes les espérances éboulées,
pour un chardon victorieux de la rapace solitude.
René Char