L'Écrevisse
Incertitude, ô mes délices
Vous et moi nous nous en allons
Comme s’en vont les écrevisses,
A reculons, à reculons.
Guillaume Apollinaire
Coups de cœur
Incertitude, ô mes délices
Vous et moi nous nous en allons
Comme s’en vont les écrevisses,
A reculons, à reculons.
Guillaume Apollinaire
...
Les médecins auraient dû prescrire la poésie
comme traitement contre le stress.
Si les poètes semblent si angoissés c'est
pour que leurs lecteurs puissent mieux
respirer. D'abord un conseil : ça ne se lit
pas comme un roman. Chaque poème
est autonome. Prenez deux poèmes par jour :
un le matin et un autre le soir.
Trouvez un vers qui vous plaît et
ruminez-le durant toute la journée
jusqu'à ce qu'il s'incruste dans votre chair.
Dany Laferrière, L'Art presque perdu de ne rien faire
Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.
Je ne prie pas, car je suis un poète de la disgrâce
qui tait parfois le travail d’une naissance d’entre les heures,
je suis le poète qui crie et joue avec ses cris,
je suis le poète qui chante et ne trouve pas ses mots,
je suis la paille sèche où vient battre le son,
je suis la berceuse qui fait pleurer les enfants,
je suis la vanité qui se laisse chuter,
le manteau de métal d’une longue prière
d’un vieux deuil du passé et qui est sans lumière.
Alda Merini
(Traduction de Martin Rueff)
Mon âme vers ton front où rêve, ô calme soeur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton oeil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d'eau soupire vers l'Azur !
- Vers l'Azur attendri d'Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l'eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d'un long rayon.
Stéphane Mallarmé
Doux est l’amour, mais plus doux encore pour moi d’être en toi.
À l’heure où tu t’abandonnes, où tremblent les nerfs de ton cou. À l’heure où tu te perds en moi et où je maîtrise ta perte.
Toi, mer passive et passionnée, éternelle autant qu’éphémère au gré de tes humeurs, ruisselets, ravin où chantent des perdrix avec leurs griffes toutes rouges, toi et moi.
— Vassilis Vassilikos
Mon père est pendu à l’étoile,
ma mère glisse avec le fleuve,
ma mère luit
mon père est sourd,
dans la nuit qui me renie,
dans le jour qui me détruit.
La pierre est légère.
Le pain ressemble à l’oiseau
et je le regarde voler.
Le sang est sur mes joues.
Mes dents cherchent une bouche moins vide
dans la terre ou dans l’eau,
dans le feu.
Le monde est rouge.
Toutes les grilles sont des lances.
Les cavaliers morts galopent toujours
dans mon sommeil et dans mes yeux.
Sur le corps ravagé du jardin perdu
fleurit une rose, fleurit une main
de rose que je ne serrerai plus.
Les cavaliers de la mort m’emportent.
Je suis né pour les aimer.
Edmond Jabès
La poésie est une parole aimante: elle rassemble celui qui la prononce,
elle le recueille dans la nudité de quelques mots.
Ces mots - et avec eux le mystère de la présence humaine -
sont offerts à celui qui les entend, qui les reçoit.
Christian Bobin, La merveille et l'obscur (1991)
Je veux être celle qui boit le ciel
Celle que l’aube berce jusqu’à l’extase
Un filet de pluie sur le magnolia
Un fil à tes doigts
Je veux être celle qui n’a de cesse
Celle qui lape le sel Jusqu’à l’ivresse
La fièvre de vie posée sur tes lèvres
Un souffle à ma voix
Être celle qui laisse la sève couler dans les arbres
Être celle debout dans l’averse
À la gifle du vent, être celle
Que la rose ne blesse
Je veux être celle qui n'a plus peur
Être de celles qui ont laissé le sel rouiller, les armures
Être en selle, armée de joie
Être sans roi, les rênes
À mes doigts
Être celle qui laisse la sève couler dans les arbres
Être celle debout dans l'averse
À la gifle du vent, être celle
Que la rose ne blesse
Je veux être celle qui boit le ciel