Minuetto/Trio, 3/4, la majeur/ré majeur
Luigi Boccherini, troisième mouvement "Menuet", quintette à cordes avec deux violoncelles en mi majeur opus 11 no 5 (G.275)
Coups de cœur
Luigi Boccherini, troisième mouvement "Menuet", quintette à cordes avec deux violoncelles en mi majeur opus 11 no 5 (G.275)
Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
En l'or de tes cheveux chauffe un bain langoureux
Et, consumant l'encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.
De ce blanc flamboiement l'immuable accalmie
T'a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux
" Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l'antique désert et les palmiers heureux ! "
Mais la chevelure est une rivière tiède,
Où noyer sans frissons l'âme qui nous obsède
Et trouver ce Néant que tu ne connais pas.
Je goûterai le fard pleuré par tes paupières,
Pour voir s'il sait donner au coeur que tu frappas
L'insensibilité de l'azur et des pierres.
Stéphane Mallarmé
.. Je ne vis que ses yeux. Ils prirent possession de moi avec tant d’ironie qu’à peine je pus balbutier des politesses, m’incliner, sourire. Ces yeux vous regardaient, à quoi je n’étais guère habitué, par dédain sans doute, d’accorder à quelqu’un d’autre ce pouvoir. Je n’eus pas le temps de reconnaître la couleur de ce regard, ni le visage dont il émanait.
Elle était vêtue de noir, obscure vraiment, comme une prêtresse ou ce qu’on voudra de sévère et d’imposant. Encore aujourd’hui je ne peux voir une femme en deuil sans la revoir, elle, brune et sombre, avec dans les yeux tout l’éclat de l’insolence et de la gaieté.
Au dîner, j’observai Concha ouvertement, et elle soutint mon regard. Elle ne refusait ni n’engageait le combat, et ses yeux se posaient sur les miens, curieux et froids, sans que je puisse décider s’ils étaient pour ou contre mon désir. Comme tous les yeux admirables, je m’apercevais qu’ils avaient une couleur difficile à identifier ni marron, ni verts, avec une tache pourpre dont on aurait dit qu’elle savait user.
Philippe Sollers, Une curieuse solitude
Elle est celle qui attend.
Égrainer les heures de ses jours et de ses nuits, comme une grenade
ou un épi de maïs, en retirer les mensonges et les duperies,
faire passer les grains de raisin un à un, entre ses doigts, comme des mots
d’insomnie et de chagrin, dessiner un arbre dont aucune feuille ne connaîtrait l’été,
parce qu’elle est celle qui attend.
Elle évoque le poète de son pays lointain :
"Écoutez-moi, vous autres qui traversez le seul, l’infini désert,
Vous, déjà ombres ! qui grincez telles les serrures moisies de la solitude,
Ah ! Vous autres, dans l’urne du silence comme ces poussières, ces grimoires et les années !"
Elle désire le silence, loin du désert des villes abreuvées de foules anonymes
et des regards impavides, le silence où naissent les aubes,
avant qu’elles n’apaisent la peur, le silence d’entre nuit et jour,
celui qui vous prend par la main et vous mène sur les chemins
où l’on éprouvera son souffle, à la rencontre fortuite d’un oiseau sur une branche.
Dans ce frémissement d’ailes et de vent, qui, de la branche et de l’oiseau, est la branche ?
...
Remy Durand
Vu que tu es plus blanche que le lis,
Qui t’a rougi ta lèvre vermeillette
D’un si beau teint ? Qui est-ce qui t’a mis
Sur ton beau sein cette couleur rougette ?
Qui t’a noirci les arcs de tes sourcils ?
Qui t’a bruni tes beaux yeux, ma maîtresse ?
Ô grand beauté remplie de soucis,
Ô grand beauté pleine de grand liesse !
Ô douce, belle, honnête cruauté,
Qui doucement me contraint de te suivre,
Ô fière, ingrate, et fâcheuse beauté,
Avecque toi je veux mourir et vivre.
Pierre de Ronsard
Je suis le Sphinx.
Je suis la femme enterrée dans les sables jusqu’au menton
J’attends l’archéologue qui m’arrachera à cette tombe
Mettant à nu mon cou, mes seins aigus, mes doigts griffus
Sans oublier la clé de mon énigme.
Car jamais on ne l’a plus résolue depuis Œdipe.
Je regarde les pyramides pareilles à des seins anguleux et durs
Debout sur le corps tari de l’Egypte.
Mes eaux fertiles coulent dans les profondeurs adorables enfers.
Toute femme devrait posséder un delta de ce riche limon
Du même brun mordoré que les fesses des reines de Nubie
O mon amie, qu’es-tu venue faire en Egypte ?
Entre Aton et Yahvé la vieille haine n’est pas morte
Moïse marche en tête de son peuple et parle de remords
La voix qui jaillit du volcan refuse de se taire
Religion de la mort
Et femme enterrée vive
Durant des millénaires
Des océans de sable ont passé sur ma tête
Mon sexe n’est qu’un désert
Mes cheveux étaient plus poreux que la ponce
Et nul ne me tétait les lèvres
Pour en tirer le lait de la parole
Ces seins pyramidaux, malgré leur démesure
Ne connaîtront jamais la flétrissure
Au cœur de chacun d’eux gît un monarque mort
Au cœur de chacun d’eux
Dort une chambre noire …
Tunnel, ossements d’homme
Or maléfique
Erica Jong
Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
Le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain.
Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.
Le soir d’été semblait un rêve oriental
De rose et de santal.
Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts
En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
De tes clairs vêtements s’exhalaient tour à tour
L’agonie et l’amour.
Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes
La douceur et l’effroi de ton premier baiser.
Sous tes pas, j’entendis les lyres se briser
En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes
Parmi des flots de sons languissamment décrus,
Blonde, tu m’apparus.
Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,
D’infini, je voulus moduler largement
Un hymne de magie et d’émerveillement.
Mais la strophe monta bégayante et pénible,
Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,
Vers ta Divinité.
Renée Vivien