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La traversée vers Byzance

19 Février 2018, 02:07am

Publié par vertuchou

1
Ce pays-là n’est pas pour les vieillards. Les garçons
Et les filles enlacés, les oiseaux dans les arbres
– Ces générations de la mort – tout à leur chant,
Les saumons bondissants, les mers combles de maquereaux,
Tout ce qui marche, nage ou vole, au long de l’été célèbre
Tout ce qui est engendré, naît et meurt.
Ravis par cette musique sensuelle, tous négligent
Les monuments de l’intellect qui ne vieillit pas.

2
Un homme d’âge n’est qu’une misérable chose,
Un manteau loqueteux sur un bâton, à moins
Que l’âme ne batte des mains et ne chante, et ne chante plus fort
A chaque nouvelle déchirure qui troue son habit mortel,
Mais il n’est qu’une seule école pour ce chant, c’est l’étude
Des monuments de sa propre magnificence ;
Et c’est pourquoi j’ai traversé les mers pour m’en venir
Jusqu’à la cité sainte de Byzance.

3
Ô vous, sages dressés dans les saintes flammes de Dieu
Comme dans l’or d’une mosaïque sur un mur,
Sortez des flammes saintes, venez dans la gyre qui tournoie
Et soyez les maîtres de chant de mon âme.
Réduisez en cendres mon cœur ; malade de désir,
Ligoté à un animal qui se meurt,
Il ignore ce qu’il est ; et recueillez-moi
Dans l’artifice de l’éternité.

4
Une fois hors de la nature, je n’emprunterai plus
Ma forme corporelle à nulle chose naturelle, mais
A ces formes que les orfèvres de Grèce
Façonnent d’or battu ou couvrent de feuilles d’or
Pour tenir en éveil un Empereur somnolent ;
Ou qu’ils posent sur un rameau d’or pour qu’elles chantent
Aux seigneurs et aux dames de Byzance
Ce qui fut, ce qui est, ce qui est à venir.

William Butler Yeats
Traduction J.-Y. Masson

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Iris

18 Février 2018, 02:38am

Publié par vertuchou

Herbert James Draper (1864-1920), Etude d'Iris pour le tableau "Prospero invoquant les nymphes et les divinités" (1903)

Herbert James Draper (1864-1920), Etude d'Iris pour le tableau "Prospero invoquant les nymphes et les divinités" (1903)

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Ô longs désirs, ô espérances vaines

17 Février 2018, 02:22am

Publié par vertuchou

Ô longs désirs, ô espérances vaines,
Tristes soupirs et larmes coutumières
A engendrer de moi maintes rivières,
Dont mes deux yeux sont sources et fontaines :
Ô cruautés, ô duretés inhumaines,
Piteux regards des célestes lumières :
Du coeur transi ô passions premières,
Estimez vous croître encore mes peines ?
Qu'encor Amour sur moi son arc essaie,
Que nouveau feu me jette et nouveau dard :
Qu'il se despite, et pis qu'il pourra fasse  :
Car je suis tant navrée en toutes parts,
Que plus en moi une nouvelle plaie,
Pour m'empirer ne pourroit  trouver place.


Louise Labé, Sonnets, III, 1555.

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La poésie doit être le miroir

16 Février 2018, 02:03am

Publié par vertuchou

La poésie doit être le miroir terrestre de la Divinité,

et réfléchir, par les couleurs, les sons et les rythmes,

toutes les beautés de l’univers.

Madame De Staël,

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Tous nos papiers sont faux

15 Février 2018, 02:21am

Publié par vertuchou

Tous nos papiers sont faux

Nous avançons nus
à la grande frontière

sans même un mot
pour nous justifier

rien que notre fatigue
notre tremblement

notre étrangeté
à nous-mêmes suspecte
Nous ne savons plus notre âge
tout s’est passé en chiffres

nous n’avons pas vu le temps
souffler sur notre front

cette face brouillée n’est pas la nôtre
les photos sont toutes manquées

nous n’avons jamais connu
notre vrai visage

nos vrais yeux
l’expression de notre bouche

tout ce que nous savons
est pour notre confusion

La peau blanche comme un linceul
les cicatrices

nous ignorons le secret
de nos blessures

de notre indignité
nous avons survécu

nulle mission
nulle destinée

mais en nous la vague conscience
de trahir, d’avoir trahi

Ce pays n’est pas le nôtre
nous ne reconnaissons rien

ses chemins nous ont égarés
ses villes nous font peur

nous n’habitons pas ces jours de pluie
ces nuits sans sommeil

il n’est ici pour nous
ni demeure ni repos

Les maisons nous enferment
sans nous abriter

nous avons déserté, renoncé
nous nous souvenons

sans nul souvenir.

-- Gérard Pfister

 

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La Falsa Moneda

14 Février 2018, 02:36am

Publié par vertuchou

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Seulette suis

13 Février 2018, 02:45am

Publié par vertuchou

Seulette suis et seulette veux être,
Seulette m'a mon doux ami laissée,
Seulette suis, sans compagnon ni maître,
Seulette suis, dolente et courroucée,
Seulette suis en langueur mésaisée, (1)
Seulette suis plus que nulle égarée,
Seulette suis sans ami demeurée.
 
Seulette suis à huis  ou à fenêtre, (2)
Seulette suis en un anglet muciée, (3)
Seulette suis pour moi de pleurs repaître,
Seulette suis, dolente ou apaisée,
Seulette suis, rien n'est qui tant me siée,
Seulette suis en ma chambre enserrée,
Seulette suis sans ami demeurée.
 
Seulette suis partout et en tout être,
Seulette suis, où je vais où je siée, (4)
Seulette suis plus qu'autre rien terrestre, (5)
Seulette suis, de chacun délaissée,
Seulette suis, durement abaissée,
Seulette suis souvent toute éplorée,
Seulette suis sans ami demeurée.
 
Princes, or est ma douleur commencée:
Seulette suis de tout deuil menacée,
Seulette suis plus teinte que morée, (4)
Seulette suis sans ami demeurée.

 

Chistine de Pisan

(1) Mésaisiée : malheureuse

(2) huis : porte

(3) en un anglet muciée : tapie dans un coin

(4) où que j’aille, où que je m’assoie

(5) qu’une autre créature terrestre

(6) plus sombre que la mûre

 

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La poésie est quelque chose

12 Février 2018, 02:02am

Publié par vertuchou

 La poésie est quelque chose de plus philosophique

et de plus grande importance que l'histoire

Aristote

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De velours et de soie

11 Février 2018, 02:17am

Publié par vertuchou

Les fleurs sauvages
Les océans du monde
Les îles blondes
M'avaient toujours tenté

Finis les grands voyages
Finis les ciels oranges
Tous les frissons étranges
Tu me les as donnés

De velours et de soie
Comme ta chair parfumée
De lumière et de velours
Comme tes yeux

De rose et de lumière
Comme le goût de ta bouche
De sang et de rose fraîche
Comme tes joues

De feu, d'or et de sang
Comme un baiser que tu me donnes
D'argent de feu et d'or
Comme ton corps qui s'abandonne

De soleil et d'argent
Tes cheveux dans le vent mauve
De plaisir et de soleil
Comme une nuit dans tes bras

Boris Vian
 

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Danse espagnole

10 Février 2018, 02:32am

Publié par vertuchou

Manuel de Falla : Danse Espagnole, interpréte : Akiko Suwanai

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