Écrire de la poésie
Écrire de la poésie revient à tenter de transformer l'échec en possible.
-- Ben Lerner
Coups de cœur
Écrire de la poésie revient à tenter de transformer l'échec en possible.
-- Ben Lerner
Voilà, c’est fait.
Une fois de plus, la claire campagne
A nourri l’instrument du faucheur.
Tout est silence,
Le chaume au repos
Est couvert de coquelicots rouge sang.
« Où sont mes fils? », la mère pleure,
« Des gamins encore, déjà disparus. »
« Morts, morts », soupire le faucheur,
« Comme le blé à la fauche descendus. »
Et donc une fois de plus
La semence de la vie est répandue
Dans la terre qui la couve elle est déposée.
Mais ce n’est jamais terminé.
Une fois encore, les jeunes hommes tous
Du faucheur doivent nourrir le cruel instrument
Bill Caddick
Dansons la gigue !
J'aimerais surtout ses jolis yeux,
Plus clairs que l'étoile des cieux,
J'aimerais ses yeux malicieux.
Dansons la gigue !
Elle avait des façons vraiment
De désoler un pauvre amant,
Que c'en était vraiment charmant !
Dansons la gigue !
Mais je trouve encor meilleur
Le baiser de sa bouche en fleur,
Depuis qu'elle est morte à mon coeur.
Dansons la gigue !
Je me souviens, je me souviens
Des heures et des entretiens,
Et c(est le meilleur de mes biens.
Dansons la gigue !
Paul Verlaine
C’est vrai que les pétales se rejoignent, le soir.
Je ne voulais même pas t’embrasser,
Juste te sentir ici, près de moi,
Comme le petit enfant aime sentir sa mère.
Le poirier sauvage se mêle à la branche greffée,
Moi aussi, je suis devenu meilleur, depuis que tu m’as
greffé tes baisers.
Mon adorée,
Et je suis plus beau, aussi, comme la nuit
Est plus belle grâce à ses astres innombrables.
Tu es la chaleur : un vent printanier qui annonce la pluie,
Qui enseigne aux enfants le jeu du chat perché
Et redresse les herbes embourbées.
Il y a longtemps que l’horizon broussailleux de mon torse t’attendait,
Tantôt affamé, tantôt transi de froid,
La horde des passions donnait des coups de cornes
Maintenant, la voilà
Paissant paisiblement dans le pré
Tes mots de lys, de giroflées.
Car tu es venue, oui,
Tu devais venir, mon Adorée.
Il fait encore sombre
On ne voit même pas notre souffle,
Mais déjà sur notre fenêtre s’épanouissent des fleurs de givre.
L’aube se lève au dehors,
Et mes lèvres parlent encore la langue des baisers.
28 janv. 1924
-- Attila Jozsef
Les fontaines se mêlent aux rivières,
Les rivières à l'océan,
Les vents du Ciel s'unissent à jamais
Avec une douce émotion;
Rien dans le monde n'est solitaire
Toutes choses par loi divine
En un esprit se rencontrent, se mêlent.
Pourquoi pas le mien et le tien ?
Vois, les montagnes baisent le haut Ciel,
Les vagues l'une l'autre étreignent;
Nulle sœur-fleur ne serait pardonnée
Si elle dédaignait son frère;
Du soleil la lumière étreint la terre,
Les rais de lune baisent la mer :
Mais que vaut donc tout cet ouvrage tendre
Si toi tu ne m’embrasses pas ?
Percy Bisshe Shelley
The fountains mingle with the river
And the rivers with the ocean,
The winds of Heaven mix for ever
With a sweet emotion ;
Nothing in the world is single;
All things by a law divine·
ln one spirit meet and mingle.
Why not I with thine ? -
See the mountains kiss high Heaven
And the waves clasp one another;
No sister-flower would be forgiven
If it disdained its brother;
And the sunlight clasps the earth
And the moonbeams kiss the sea:
What is all this sweet work worth
If thou kiss not me ?
La poésie, dans une oeuvre, c'est ce qui fait apparaître l'invisible.
Nathalie Sarraute
La nuit ouvre ses yeux en nous.
Rien ne retient plus le regard.
On fait corps avec le cœur.
L’onde est porteuse.
Juste à l’angle du temps.
La survie peut être célébrée.
On puise, mais avec une telle précision.
-- Zéno Bianu