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Lilas

27 Mai 2016, 03:44am

Publié par vertuchou

La pluie larmoyante caresse ton parfum
aime le déséquilibre éphémère
des gouttelettes assoiffées de sève
À chaque pétale elle découvre ta beauté
symphonie d’unités réfractées

Les fleurs minuscules bleutées par la lumière
avancent comme un cortège
joyeux
dansent comme une valse
d’amour
Forsythias et pivoines couronnent cet instant
courtisent l’allégorie

Sous le sublime chapiteau de la nature
un voile parfumé fleurit notre chimère

Sybille Rembard

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ARMCO Steel Plant

26 Mai 2016, 03:14am

Publié par vertuchou

Edward Weston (1886-1958) ARMCO Steel Plant. Ohio 1922

Edward Weston (1886-1958) ARMCO Steel Plant. Ohio 1922

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A une femme

25 Mai 2016, 03:09am

Publié par vertuchou

A vous ces vers de par la grâce consolante
De vos grands yeux où rit et pleure un rêve doux,
De par votre âme pure et toute bonne, à vous
Ces vers du fond de ma détresse violente.

C’est qu’hélas ! le hideux cauchemar qui me hante
N’a pas de trêve et va furieux, fou, jaloux,
Se multipliant comme un cortège de loups
Et se pendant après mon sort qu’il ensanglante !

Oh ! je souffre, je souffre affreusement, si bien
Que le gémissement premier du premier homme
Chassé d’Eden n’est qu’une églogue au prix du mien !

Et les soucis que vous pouvez avoir sont comme
Des hirondelles sur un ciel d’après-midi,
– Chère, – par un beau jour de septembre attiédi.

Paul Verlaine

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Je n'ai jamais imaginé

24 Mai 2016, 03:00am

Publié par vertuchou

Je n'ai jamais imaginé qu'on pût être à ce point hanté

par une voix, par un cou, par des épaules, par des mains.

Ce que je veux dire, c'est qu'elle avait des yeux

où il faisait si bon vivre que je n'ai jamais su où aller depuis.

Romain Gary, La promesse de l'aube

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La plus drôle des créatures

23 Mai 2016, 03:15am

Publié par vertuchou

          Comme le scorpion, mon frère,
          Tu es comme le scorpion
          Dans une nuit d’épouvante.

 
          Comme le moineau, mon frère,
          Tu es comme le moineau
          Dans ses menues inquiétudes.

 
          Comme la moule, mon frère,
          Tu es comme la moule
          Enfermée et tranquille.


          Tu es terrible, mon frère,
          Comme la bouche d’un volcan éteint.

 
          Et tu n’es pas un, hélas,
          Tu n’es pas cinq,
          Tu es des millions.

 
          Tu es comme le mouton, mon frère,
          Quand le bourreau habillé de ta peau
          Quand le bourreau lève son bâton
          Tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
          Et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.

 
          Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
          Plus drôle que le poisson
          Qui vit dans la mer sans savoir la mer.
 
          Et s’il y a tant de misère sur terre
          C’est grâce à toi, mon frère,
          Si nous sommes affamés, épuisés,
          Si nous somme écorchés jusqu’au sang,
          Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
          Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non
          Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.
 

          Nazim HIKMET

      

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Route à Saint-Paul (Var)

22 Mai 2016, 03:33am

Publié par vertuchou

Félix Vallotton (1865–1925), Route à Saint-Paul (Var), 1922

Félix Vallotton (1865–1925), Route à Saint-Paul (Var), 1922

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Ou puis parfont de ma merencolie

21 Mai 2016, 03:19am

Publié par vertuchou

Ou puis parfont de ma merencolie
L'eaue d'Espoir que ne cesse tirer,
Soif de Confort la me fait desirer,
Quoy que souvent je la trouve tarie.

Necte la voy ung temps et esclercie,
Et puis après troubler et empirer,
Ou puis parfont de ma merencolie
L'eaue d'Espoir que ne cesse tirer.

D'elle trempe mon ancre d'estudie,
Quant j'en escrips, mais pour mon cueur irer ;
Fortune vient mon pappier dessirer,
Et tout gecte par sa grant felonnie
Ou puis parfont de ma merencolie.

Charles d'Orléans

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Les amoureux et les fous

20 Mai 2016, 03:30am

Publié par vertuchou

Les amoureux et les fous ont des cerveaux bouillants, et l'imagination si fertile

qu'ils perçoivent ce que la froide raison ne pourra jamais comprendre.

Le fou, l'amoureux et le poète sont tous faits d'imagination.

L'un voit plus de démons que le vaste enfer n'en peut contenir, c'est le fou ; l

'amoureux, tout aussi frénétique, voit la beauté d'Hélène sur un front égyptien ;

le regard du poète, animé d'un beau délire, se porte du ciel à la terre et de la terre au ciel ;

et, comme son imagination donne un corps aux choses inconnues,

la plume du poète leur prête une forme et assigne à ces bulles d'air

un lieu dans l'espace et un nom.

Tels sont les caprices d'une imagination forte ;

pour peu qu'elle conçoive une joie, elle suppose un messager qui l'apporte.

Shakespeare Le songe d'une nuit d'été (Thésée)

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Le poème à Florence

19 Mai 2016, 03:21am

Publié par vertuchou

Comme un aveugle s’en allant vers les frontières
Dans les bruits de la ville assaillie par le soir
Appuie obstinément aux vitres des portières
Ses yeux qui ne voient pas vers l’aile des mouchoirs

Comme ce rail brillant dans l’ombre sous les arbres
Comme un reflet d’éclair dans les yeux des amants
Comme un couteau brisé sur un sexe de marbre
Comme un législateur parlant à des déments

Une flamme a jailli pour perpétuer Florence
Non pas celle qui haute au détour d’un chemin
Porta jusqu’à la lune un appel de souffrance
Mais celle qui flambait au bûcher quand les mains

dressées comme cinq branches d’une étoile opaque
attestaient que demain surgirait d’aujourd’hui
Mais celle qui flambait au chemin de saint Jacques
Quand la déesse nue vers le nadir a fui

Mais celle qui flambait aux parois de ma gorge
Quand fugitive et pure image de l’amour
Tu surgis tu partis et que le feu des forges
Rougeoyait les sapins les palais et les tours

J’inscris ici ton nom hors des deuils anonymes
Où tant d’amantes ont sombré corps âme et biens
Pour perpétuer un soir où dépouilles ultimes
Nous jetions tels des os nos souvenirs aux chiens

Tu fonds tu disparais tu sombres mais je dresse
au bord de ce rivage où ne brille aucun feu
Nul phare blanchissant les bateaux en détresse
Nulle lanterne de rivage au front des bœufs

Mais je dresse aujourd’hui ton visage et ton rire
Tes yeux bouleversants ta gorge et tes parfums
Dans un olympe arbitraire où l’ombre se mire
dans un miroir brisé sous les pas des défunts

Afin que si le tour des autres amoureuses
Venait avant le mien de s’abîmer tu sois
Et l’accueillante et l’illusoire et l’égareuse
la sœur des mes chagrins et la flamme à mes doigts

Car la route se brise au bord des précipices
je sens venir les temps où mourront les amis
Et les amants d’autrefois et d’aujourd’hui
Voici venir les jours de crêpe et d’artifice

Voici venir les jours où les œuvres sont vaines
où nul bientôt ne comprendra ces mots écrits
Mais je bois goulûment les larmes de nos peines
quitte à briser mon verre à l’écho de tes cris

Je bois joyeusement faisant claquer ma langue
le vin tonique et mâle et j’invite au festin
Tous ceux-là que j’aimai. Ayant brisé leur cangue
qu’ils viennent partager mon rêve et mon butin

Buvons joyeusement ! chantons jusqu’à l’ivresse !
nos mains ensanglantées aux tessons des bouteilles
Demain ne pourront plus étreindre nos maîtresses.
Les verrous sont poussés au pays des merveilles.

Robert Desnos

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Cantate BWV 208

18 Mai 2016, 03:25am

Publié par vertuchou

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