La poésie, c'est la recherche
La poésie, c’est la recherche
Passionnelle et comblée
De quelque chose que l’on sait
Ne jamais atteindre.
Eugène Guillevic
Coups de cœur
La poésie, c’est la recherche
Passionnelle et comblée
De quelque chose que l’on sait
Ne jamais atteindre.
Eugène Guillevic
Marin Marais 1656 - 1728
Chaconne de Sémélé
Le Concert Spirituel
sous la direction d'Hervé Niquet
Moi sur la terre, toi dans le ciel,
nous suivons notre route d’un bon pas ;
moi grave et troublé, toi douce et pure,
quelle peut donc être cette différence ?
Etranger, je vais de pays en pays,
sans patrie, inconnu de tous;
par monts et par vaux, par forêts et prairies,
mais nulle part, hélas, je ne suis chez moi.
Toi, en revanche, tu sillonnes le monde
du berceau du couchant au tombeau du levant,
tu flottes au firmament d’innombrables pays,
et tu es pourtant chez toi là où tu es.
Le ciel, qui s’étend à l’infini,
est ta patrie chérie :
heureux celui qui, quel que soit son but,
foule toujours le sol de la patrie !
Johann Gabriel Seidl
Ich auf der Erd’, am Himmel du,
Wir wandern beide rüstig zu:
Ich ernst und trüb, du mild und rein,
Was mag der Unterschied wohl sein?
Ich wandre fremd von Land zu Land,
So heimatlos, so unbekannt;
Berg auf, Berg ab, Wald ein, Wald aus,
Doch bin ich nirgend, ach! zu Haus.
Du aber wanderst auf und ab
Aus Ostens Wieg’ in Westens Grab,
Wallst Länder ein und Länder aus,
Und bist doch, wo du bist, zu Haus.
Der Himmel, endlos ausgespannt,
Ist dein geliebtes Heimatland:
O glücklich, wer, wohin er geht,
Doch auf der Heimat Boden steht!
Tu m’as quitté par toutes les portes
Tu m’as laissé dans tous les déserts
Je t’ai cherchée à l’aube et je t’ai perdue à midi
Tu n’étais nulle part où j’arrive
Qui saurait dire le Sahara d’une chambre sans toi
La foule d’un dimanche où rien ne te ressemble
Un jour plus vide que vers la mer la jetée
Le silence où j’appelle et tu ne réponds pas
Tu m’as quitté présente immobile
Tu m’as quitté partout tu m’as quitté des yeux
Du cœur des songes
Tu m’as quitté comme une phrase inachevée
Un objet par hasard une chose une chaise
Une villégiature à la fin de l’été
Une carte-postale dans un tiroir
Je suis tombé de toi toute la vie au moindre geste
Tu ne m’as jamais vu pleurer pour ta tête détournée
Ton regard au diable de moi
Un soupir dont j’étais absent
As-tu jamais eu pitié de ton ombre à tes pieds ?
Louis Aragon
Le poète c’est l’homme qui parle
à la place de tout ce qui se tait autour de lui.
Paul Claudel
Henri Matisse
1869–1954
le golfe de Saint -Tropez
1904
huile sur toile
65.1 x 50.5 cm
Ni sa pensée, en vol vers moi par tant de lieues,
Ni le rayon qui court sur son front de lumière,
Ni sa beauté de jeune dieu qui la première
Me tenta, ni ses yeux – ces deux caresses bleues;
Ni son cou ni ses bras, ni rien de ce qu’on touche,
Ni rien de ce qu’on voit de lui ne vaut sa bouche
Où l’on meurt de plaisir et qui s’acharne à mordre,
Sa bouche de fraîcheur, de délices, de flamme,
Fleur de volupté, de luxure et de désordre,
Qui vous vide le coeur et vous boit jusqu’à l’âme…
Marie Nizet
Non l’amour n’est pas mort en ce coeur et ces yeux et cette bouche
qui proclamait ses funérailles commencées.
Ecoutez j’en ai assez du pittoresque et des couleurs et du charme.
J’aime l’amour, sa tendresse et sa cruauté.
Mon amour n’a qu’un seul nom,
qu’une seule forme.
Tout passe. Des bouches se collent à cette bouche.
Mon amour n’a qu’un nom, qu’une forme.
Et si quelque jour tu t’en souviens
O toi, forme et nom de mon amour,
Un jour sur la mer entre l’Amérique et l’Europe,
À l’heure où le rayon final du soleil se réverbère sur la surface ondulée des vagues,
ou bien une nuit d’orage sous un arbre dans la campagne
ou dans une rapide automobile,
Un matin de printemps boulevard Malesherbes,
Un jour de pluie,
À l’aube avant de te coucher,
Dis-toi, je l’ordonne à ton fantôme familier, que je fus seul à t’aimer davantage
et qu’il est dommage que tu ne l’aies pas connu.
Dis-toi qu’il ne faut pas regretter les choses : Ronsard avant moi
et Baudelaire ont chanté le regret des vieilles et des mortes
ui méprisèrent le plus pur amour.
Toi quand tu seras morte
Tu seras belle et toujours désirable.
Je serai mort déjà, enclos tout entier en ton corps immortel, en ton image étonnante
présente à jamais parmi les merveilles perpétuelles de la vie et de l’éternité,
mais si je vis
Ta voix et son accent, ton regard et ses rayons,
L’odeur de toi et celle de tes cheveux et beaucoup d’autres choses encore vivront en moi,
Et moi qui ne suis ni Ronsard ni Baudelaire,
Moi qui suis Robert Desnos et qui pour t’avoir connue et aimée,
Les vaux bien ;
Moi qui suis Robert Desnos, pour t’aimer
Et qui ne veux pas attacher d’autre réputation à ma mémoire sur la terre méprisable.
Robert Desnos
La poésie, c’est une belle femme nue qui se baladerait sur les Champs-Élysées
et qu’on ne remarquerait pas.
Qu’on ne verrait pas.
Sinon brièvement, les aveugles.
Georges Perros