De même qu'il faut
De même qu'il faut de la souffrance pour connaître le bonheur,
il faut de la prose pour qu'il y ait poésie.
Edgar Morin
Coups de cœur
De même qu'il faut de la souffrance pour connaître le bonheur,
il faut de la prose pour qu'il y ait poésie.
Edgar Morin
Madmoizelle Plume
Elle jouait avec sa chatte,
Et c’était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S’ébattre dans l’ombre du soir.
Elle cachait – la scélérate ! –
Sous ces mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d’agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.
Paul Verlaine
Ce serait peut-être une définition de l'amour, celle de Flaubert: la curiosité. Être soudain, tellement curieux de quelqu'un, fou curieux. Connaître l'autre, co-naître, naître au monde avec lui, tel est l'unique projet. La phrase la plus éloignée de l'amour, ce ne serait pas "je te hais", mais "je ne veux pas te savoir".
Camille Laurens, l'Amour roman
Oublier d’abord l’heure qu’il est
pendant une heure
répéter à intervalles réguliers chaque jour
puis oublier quel jour de la semaine on est
répéter à intervalles réguliers pendant une semaine
puis oublier dans quel pays on se trouve
et s’y exercer avec d’autres personnes
pendant une semaine
puis faire tous les exercices ensemble
pendant une semaine
en s’arrêtant le moins possible
après cela oublier comment faire une addition
ou une soustraction
ça n’a pas d’importance
on peut les intervertir
après une semaine
l’une et l’autre aideront plus tard
à oublier de compter
oublier de compter
à commencer par son âge
à commencer par compter à l’envers
à commencer par les nombres pairs
à commencer par les chiffres romains
à commencer par les fractions en chiffres romains
à commencer par le vieux calendrier
en passant ensuite à l’alphabet
jusqu’à ce que tout soit de nouveau continu
et puis oublier ensuite les éléments
à commencer par l’eau
en poursuivant par la terre
en s’élevant dans le feu
oublier le feu
Williamn S. Merwin
Fleurs arrosées
Par les rosées
Du mois de mai,
Que je vous aime !
Vous que parsème
L'air embaumé !
Par vos guirlandes,
Les champs, les landes
Sont diaprés :
La marguerite
Modeste habite
Au bord des prés.
Le bluet jette
Sa frêle aigrette
Dans la moisson ;
Et sur les roches
Pendent les cloches
Du liseron.
Le chèvrefeuille
Mêle sa feuille
Au blanc jasmin,
Et l'églantine
Plie et s'incline
Sur le chemin.
Coupe d'opale,
Sur l'eau s'étale
Le nénufar ;
La nonpareille
Offre à l'abeille
Son doux nectar.
Sur la verveine
Le noir phalène
Vient reposer ;
La sensitive
Se meurt, craintive,
Sous un baiser.
De la pervenche
La fleur se penche
Sur le cyprès ;
L'onde qui glisse
Voit le narcisse
Fleurir tout près.
Fleurs virginales,
A vos rivales,
Roses et lis,
Je vous préfère,
Quand je vais faire
Dans les taillis
Une couronne
Dont j'environne
Mes blonds cheveux,
Ou que je donne
A la Madone
Avec mes vœux.
Louise Colet.
Poète est celui-là qui rompt avec l’accoutumance.
Saint-John Perse
J’ai reçu dans le train ton sms
tu m’as dis que tu avais
la chair de poule
d’avoir nagé dans l’eau froide.
Bye ! as-tu écrit à la fin
et le temps que je lève le nez
tu as plongé de nouveau
dans un éclaboussement d’eau.
J’ai continué mon voyage sur « smile ».
Des centaines de lignes sur nos portables
cent soixante signes – incroyable –
d’une pression sur une touche
ce qui est mobile est immobile
soumettons-nous, tapons
et nos messages s’entrecroiseront.
J’ai répondu à ton sms :
ici il fait sec
et bien chaud.
Je voudrais encore te dire :
moi aussi j’ai chair de poule.
Edward VAN DE VENDEL
Kreeg in de trein jouw sms
om eventjes te melden dat
je zulk fijn kippenvel
gekregen had van te koud zwemmen.
Bye ! schreef je eronder
en terwijl ik opkeek was je
alweer plonzend weggespat.
Ik reisde door per smile.
Zo lezen we al tijdens onze gsm’s :
met honderdzestig tekens maar
en één verzendgebaar
blijft wat mobiel is stilstaan,
knielen wij en tikken we
voorover in elkaar.
Ik sms’te terug :
hier is het droog
en warm toch al wel.
Wou nog even melden :
heb hier ook
jouw vel.