Les cent fleurs au printemps,
Les cent fleurs au printemps, la lune en automne,
Le vent frais en été, la neige en hiver,
Si le cœur s'affranchit de tout souci futile,
Ce sont des moments plaisants dans le monde des hommes.
Wumen Huikai
Coups de cœur
Les cent fleurs au printemps, la lune en automne,
Le vent frais en été, la neige en hiver,
Si le cœur s'affranchit de tout souci futile,
Ce sont des moments plaisants dans le monde des hommes.
Wumen Huikai
La poésie est parfois comme une surface que l'on ne voit pas,
un écrin transparent posé sur le monde ; aller au delà
et c’est la couleur de l’intemporel que l’on peut voir transparaître,
l’invisible que l’on peut écouter, son murmure bienveillant
qui réveillera les consciences assoupies
--- Pierre Cressant
A Moscou, chez moi, les coupoles flamboient
A Moscou, chez moi, les cloches sonnent,
Et dans les sépulcres alignés, chez moi,
les tsars et les tsarines dorment.
Et ne sais-tu pas que dans le Kremlin
l'aube est, plus que partout ailleurs, légère ?
Et ne sais-tu pas que dans le Kremlin
Du crépuscule à l'aube je te fais don de ma prière ?
Et tu traverses ta chère Neva
Quand, au même instant, sur la Moscova,
Je suis debout, la tête baissée,
Je vois les réverbères de fatigue papilloter.
Je t'aime de toute mon insomnie
Je te guette de toute mon insomnie
Quand, au même instant, dans tout le Kremlin,
se réveillent les sonneurs du matin.
Mais mon fleuve et le tien
Mais ma main et ta main
ne s'uniront pas, mon ami, ma joie,
tant que la brume et l'aube
ne se seront pas rejoints.
Marina Tsvetaeva
Zig et zig et zag, la mort en cadence
Frappant une tombe avec son talon,
La mort à minuit joue un air de danse,
Zig et zig et zag, sur son violon.
Le vent d'hiver souffle, et la nuit est sombre,
Des gémissements sortent des tilleuls;
Les squelettes blancs vont à travers l'ombre
Courant et sautant sous leurs grands linceuls,
Zig et zig et zag, chacun se trémousse,
On entend claquer les os des danseurs,
Un couple lascif s'asseoit sur la mousse
Comme pour goûter d'anciennes douceurs.
Zig et zig et zag, la mort continue
De racler sans fin son aigre instrument.
Un voile est tombé! La danseuse est nue!
Son danseur la serre amoureusement.
La dame est, dit-on, marquise ou baronne.
Et le vert galant un pauvre charron -
Horreur! Et voilà qu'elle s'abandonne
Comme si le rustre était un baron!
Zig et zig et zig, quelle sarabande!
Quels cercles de morts se donnant la main!
Zig et zig et zag, on voit dans la bande
Le roi gambader auprès du vilain!
Mais psit! tout à coup on quitte la ronde,
On se pousse, on fuit, le coq a chanté
Oh! La belle nuit pour le pauvre monde!
Et vive la mort et l'égalité!
Henri Cazalis
Elle était évidente et belle et sans artifice comme une rose pâle au soleil de juin. Dans la tiédeur ouatée de cette brasserie de la rue Jehan-de-Beauce, elle paraissait m'attendre tranquillement, sur la banquette de cuir sombre où sa robe de soie légère faisait une tache claire et gaie vers laquelle je me sentais aspiré comme la phalène affolée que fascine la bougie vacillante. Sans réfléchir, je me suis assis près d'elle. Pendant que je lui parlais, ses doigts graciles tremblaient à peine pour faire frissonner un peu le mince filet de fumée bleue montant de sa cigarette.
Pierre Desproges, Réquisitoire contre François Béranger
sur l'abscisse désordonnée de mes amours
j'ai posé
la circonférence
d'une lune pleine
sur les sinuosités de ma sauvagerie
j'ai lâché des aigles
brûlants
et aimé sentir ma chair
se détacher
par petits bouts
sur mes désirs parallèles
j'ai tendu des ponts
des passerelles instinctives
pour attirer la foudre
balafrer la plénitude
de mes courbes peut-être trop
maternelles
l'oiseau de nuit
s'acharne à prévenir
qui n'a pas d'oreilles
qui ne veut pas en avoir
effeuillage
un peu beaucoup
passionnément
pas du tout
je t'aime
veut tout
et rien
dire
Cathy Garcia
Entre nos deux vies
il y a la durée de vie
d'une fleur de cerisier
Bashô Matsuo
La poésie est de toutes les eaux claires
celle qui s'attarde le moins aux reflets de ses ponts.
René Char