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L'avenir de la poésie

2 Avril 2020, 01:05am

Publié par vertuchou

L'avenir de la poésie est dans sa source même.

Edgar Morin

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A mes flancs

1 Avril 2020, 01:30am

Publié par vertuchou

À mes flancs sans savoir
J'ai des hameçons qui choppent
Des morceaux, du passé
Et je traine mes lignes
Mes harpons mes crochets
Et je traine, mes regrets

À mes flancs s'accumulent encore bien frétillants
Les choix que je n'ai pas fait
Les photos les cahiers
Les amours les enfants
Les vies que j'ai rêvé

À mes flancs je suis flanquée
De toute la panoplie
Des années, ça m'angoisse
Je passe plus dans les portes des bistro sans forcer
Les côtés, qui dépassent

À mes flancs lorsque je me retourne ça veut plus
Ça peut plus, ça suit plus
Et ça me taille une culotte de cheval en forme de regret
Et c'est laid

J'ai l'encyclopédie
En 80 volumes
Des horreurs, que j'ai bavé
J'ai le décompte des fois
Où j'ai dit que j'étais nulle
Où je me suis, pardonné
Il y a même un Sudoku
Que j'ai jamais fini
Parce que j'arrivais plus

J'ai des casseroles au cul
Qui font tellement de bruit
Quand j'avance
Que j'avance plus

J'ai un monstre qui fume
J'ai une louve qui déforme
Le monstre qui fume
J'ai déjà quelques morts

J'ai des flux qui m'échappent
Des patients qui s'endorment
Des envies, toujours inassouvies

J'ai des femmes meurtries en pagaille
Qui sont toutes moi
Qui me sortent des yeux
Qui me lâchent plus les entrailles

J'ai des hommes blessés
Qui me restent agrippés
Qui supplient que j'arrête de les aimer

J'ai des orgasmes au bide
Qui me le laissent vide
Et avide, et béant

J'ai du sang circulant
Tous les mois s'écoulant
À mes flancs recyclés, recrachés

À mes flancs j'ai un cri
Poussé comme un esclave
Des langues déjà inventées
À mes flancs je trimbale des pensées empruntées
Triomphant, puis jetées, ah

À mes flancs j'ai un rêve
Mais ça c'est moi qui le tiens
J'lâche pas, j’lâche pas
Ça doit vouloir dire ça
Vivre j'en sais rien
Ça fais peur
Mais je lâche rien

À mes flancs j'ai un rêve
Mais ça c'est moi qui le tiens
J'lâche pas, j’lâche pas
Ça doit vouloir dire ça
Vivre j'en sais rien
Ça fais peur
Mais je lâche rien

Barbara Weldens

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Pense au présent ; pense à ta vie

31 Mars 2020, 01:35am

Publié par vertuchou

Pense au présent ; pense à ta vie qui se continue de minute en minute ; chaque minute vient après l'autre. [...] Mais l'avenir m'effraie, dis-tu. Tu parles de ce que tu ignores. Les événements ne sont jamais ceux que nous attendions ; et quant à ta peine présente, justement parce qu'elle est très vive, tu peux être sûr qu'elle diminuera. Tout change, tout passe. Cette maxime nous a attristés assez souvent ; c'est bien le moins qu'elle nous console quelquefois.

Alain, Propos sur le bonheur.

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Lassitude

30 Mars 2020, 01:14am

Publié par vertuchou

A batallas de amor campo de pluma.
(Gongora.)


De la douceur, de la douceur, de la douceur !
Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante.
Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l’amante
Doit avoir l’abandon paisible de la sœur.

Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,
Bien égaux tes soupirs et ton regard berceur.
Va, l’étreinte jalouse et le spasme obsesseur
Ne valent pas un long baiser, même qui mente !

Mais dans ton cher cœur d’or, me dis-tu, mon enfant,
La fauve passion va sonnant l’oliphant
Laisse-la trompetter à son aise, la gueuse !

Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,
Et fais-moi des serments que tu rompras demain,
Et pleurons jusqu’au jour, ô petite fougueuse !

Paul Verlaine

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Tout à coup j’ai eu envie d’elle

29 Mars 2020, 01:05am

Publié par vertuchou

Tout à coup j’ai eu envie d’elle et je me suis penchée sur elle. Je l’embrasse, je glisse ma main sous son tee-shirt, je caresse ses seins, j’y porte ma bouche. Les seins et l’amour. Bien sûr. Je comprends quelque chose que je ne savais pas. Tout se fait tout seul. Je déboutonne son pantalon. Le désir rend tout très simple, il n’y a pas de gêne, rien de bizarre dans mes gestes. Je l’emmène dans sa chambre. Je souris quand je dégrafe son soutien-gorge. Je ne sais plus si c’est elle ou moi qui me déshabille. Je la caresse. C’est moi qui suis sur elle. C’est moi qui embrasse ses seins, qui caresse sa chatte. C’est moi qui la baise. Ses yeux remontent et son visage se lisse quand elle jouit. Elle s’endort.


Constance Debré  Play boy

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Sans peine

28 Mars 2020, 01:28am

Publié par vertuchou

Sans peine,
ton sein s’est ouvert, paisible,
un souffle est monté dans l’éther,
et ce qui s’est nué, n’était-ce pas,
n’était-ce pas forme, et sortie de nous,
n’était-ce pas
pour ainsi dire un nom ?


Paul Celan

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West of Ireland Landscape.

27 Mars 2020, 01:24am

Publié par vertuchou

Paul Henry, West of Ireland Landscape.

Paul Henry, West of Ireland Landscape.

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Puisque toutes les richesses

26 Mars 2020, 01:11am

Publié par vertuchou

Puisque toutes les richesses de ce monde
Pourraient être des présents du Diable et de nos Rois
Je devrais craindre qu'en remerciant Dieu
 Des bienfaits terrestres, j'adore en fait le Diable.

William Blake

 

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Le poète est du côté de l’artisan

25 Mars 2020, 01:02am

Publié par vertuchou

Le poète est du côté de l’artisan. Il travaille la matière.

Il jardine des petits bouts d’âme tout en se promenant nus pieds sur la terre.

--- Rosalie Trudel

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Dividendes du silence

24 Mars 2020, 01:37am

Publié par vertuchou


Que peut écouter une oreille
quand elle s’appuie sur une autre ?

L’absence de la parole
est un long signe moins
qui se dessaisit de son chiffre.

La couleur est une autre façon
de rassembler le silence.

La forme est un espace distinct
qui fait pression sur l’autre espace
comme le ferait une écorce.

Un oiseau recule
devant un soleil carré, noir
et s’arrête à l’envers sur le fil métallique
où se tait une pensée.
Et la pensée recule à son tour devant l’oiseau
comme l’élastique d’une fronde
qui lance des projectiles de silence.

Un poisson affolé
éparpille le cœur de l’eau
au centre de l’homme
pour y ouvrir l’espace
où peut nager
le silence du poisson,
son acrobatie d’absence.


Roberto Juarroz

traduction Jean-Claude Masson

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