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Coups de cœur
Sur la pointe d'une herbe
Sur la pointe d'une herbe
devant l'infini du ciel
une fourmi
Hosai Ozaki
La poésie est le sel
La poésie est le sel qui empêche à la vie de pourrir.
Nikos Kazantzakis
Une fourmi de dix-huit mètres
Une fourmi de dix-huit mètres
Avec un chapeau sur la tête
Ça n'existe pas, ça n'existe pas
Une fourmi traînant un char
Plein de pingouins et de canards
Ça n'existe pas, ça n'existe pas
Une fourmi parlant français
Parlant latin et javanais
Ça n'existe pas, ça n'existe pas
Et pourquoi… pourquoi pas
Robert Desnos
Grands soirs
Je les ai comptés un par un
Comme les points dans ces jeux idiots
Qu'on relie pour faire un dessin
Moi j'aurais marché sur les mains
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin?
Nous étions ivres un jour sur deux
Tu dansais, moi je titubais
Et nous en prenions jusqu'aux yeux
Quand c'est rendre tout ce trop plein
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin?
S'embrasser au cœur de la foule
Ta mèche que la brise agace
Comme une petite vague qui roule
La promesse des beaux lendemains
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin?
C'est à peine si je m'en souviens
C'est comme les fleurs, comme les photos
C'est comme les vieux horaires de train
Ça fane, ça jaunit, ça déteint
Que reste-t-il de nos grands soirs
Quand s'en vient le petit matin?
Alex Beaupain
J’interroge la lune, une coupe de vin à la main
Lune dans le ciel bleu, depuis quand es-tu là ?
Je te pose la question, une coupe à la main.
L’homme ne peut pas monter sur la lune claire ;
Mais la lune se promène toujours avec l’homme.
Miroir aérien brillant sur la porte rouge du palais ;
Elle répand un éclat pur quand la brume se dissipe.
On la voit se lever dans la nuit au-dessus de la mer ;
On oublie qu’elle se noyait dans les nuages du matin.
Le lièvre blanc y pile la drogue magique jour et nuit ;
Chang’e* y habite seule, sans connaître de voisins.
Les gens d’aujourd’hui, n’ont pas vu la lune d’antan ;
La lune d’aujourd’hui, elle, a éclairé les gens de jadis.
Gens d’aujourd’hui et de jadis : de l’eau qui coule ;
Mais c’est toujours la même lune qu’on contemple.
Puisse au moment où nous chantons face au vin
L’éclat du clair de lune illuminer nos coupes dorées.
Li Bai
* Chang’e (ou Heng’e), enfuie dans la lune, en devint la déesse.
La charge émotive
La charge émotive du poème
se trouve dans la mémoire des cellules
dans un soubresaut d’épiderme
au détour d’un effleurement
-- Rosalie Trudel
Je marche
pour rien
il fait juste assez chaud
et juste assez froid
pour être bien
les amandiers commencent à fleurir
pendant que le soleil
achève Février
je marche
pour n'aller nulle part
juste
pour marcher
et je tiens
tout entier
dans la paume
de ma main
cette jolie
petite
chose
qu'on appelle la vie.
Madrigal Hor che'l ciel e la terra
S’en sont allées les neiges
S’en sont allées les neiges, déjà revient l’herbe aux campagnes
et aux arbres la chevelure.
La terre fait son changement et la décrue le long des rives
laisse couler les fleuves.
La Grâce avec les Nymphes, avec ses deux sœurs, ose
conduire nue les danses.
Rien d’immortel à espérer, te prévient l’année et de l’alme
jour l’heure ravisseuse.
Le froid mollit sous les Zéphyrs, l’été broie le printemps
et puis s’en va périr dès que
l’automne lourd de fruits aura répandu ses dons et bientôt
revient l’inertie de l’hiver.
Pourtant ce que le ciel abîme, rapidement les lunes le réparent.
Nous, une fois tombés
où se trouve Énée Père, où sont les riches Tullus et Ancus,
sommes poussière et ombre.
Qui sait si ajouteront au total d’aujourd’hui les instants
de demain Ceux d’en haut ?
Aux mains avides de ton héritier échappera tout le bien qu’ami de
toi tu te seras accordé.
Quand tu seras mort de ta seule mort et que sur toi Minos aura
rendu sa splendide sentence,
non, Torquatus, ni ta naissance, ni ton éloquence, ni ta
piété ne te feront revivre,
car les ténèbres de l’enfer, ni Diane le pudique
Hippolyte ne l’en délivre,
ni Thésée n’est de force à rompre du Léthée les chaînes
pour son aimé Pirithoüs.
Horace