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Vertuchou.over-blog.com

A la nuit

7 Avril 2020, 01:35am

Publié par vertuchou

Nuits où meurent l'azur, les bruits et les contours,
Où les vives clartés s'éteignent une à une,
Ô nuit, urne profonde où les cendres du jour
Descendent mollement et dansent à la lune,

Jardin d'épais ombrage, abri des corps déments,
Grand cœur en qui tout rêve et tout désir pénètre
Pour le repos charnel ou l'assouvissement,
Nuit pleine des sommeils et des fautes de l'être,

Nuit propice aux plaisirs, à l'oubli, tour à tour,
Où dans le calme obscur l'âme s'ouvre et tressaille
Comme une fleur à qui le vent porte l'amour,
Ou bien s'abat ainsi qu'un chevreau dans la paille,

Nuit penchée au-dessus des villes et des eaux,
Toi qui regardes l'homme avec tes yeux d'étoiles,
Vois mon cœur bondissant, ivre comme un bateau,
Dont le vent rompt le mât et fait claquer la toile !

Regarde, nuit dont l’œil argente les cailloux,
Ce cœur phosphorescent dont la vive brûlure
Éclairerait, ainsi que les yeux des hiboux,
L'heure sans clair de lune où l'ombre n'est pas sûre.

Vois mon cœur plus rompu, plus lourd et plus amer
Que le rude filet que les pêcheurs nocturnes
Lèvent, plein de poissons, d'algues et d'eau de mer
Dans la brume mouillée, agile et taciturne.

A ce cœur si rompu, si amer et si lourd,
Accorde le dormir sans songes et sans peines,
Sauve-le du regret, de l'orgueil, de l'amour,
Ô pitoyable nuit, mort brève, nuit humaine !...

Anna de Noailles

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Qui pourrait décrire le désir

6 Avril 2020, 02:02am

Publié par vertuchou

Qui pourrait décrire le désir quand il est aussi torride, chargé de succulences, impérieux ? Il échappe aux mots. Seule, peut-être, la musique peut rendre la puissance de la houle qui le porte, le souffle brûlant et les vibrations qu’il dégage. Il m’a, naguère, inspiré un tableau (allons, tant pis, fini le secret ! On sait maintenant ce que je fais). La toile était ronde, et j’avais peint une incandescence orange au centre, vers laquelle vibrait un déferlement d’ondes rouges et lavande. (J’en étais alors à ma période dite abstraite, qui suivit ma période dite figurative, laquelle précéda ma période dite postmoderniste, celle des photogrammes.) Ces ondes de rouges et de lavande, semblables aux orbes futuristes d’une meurtrissure, j’en ressens physiquement le choc à présent : elles me pénètrent, m’envahissent avec les caresses de mon amant qui parcourent mon corps, glissent jusqu’à mes fesses, se coulent entre mes cuisses où ses doigts écartent la fente de la culotte rouge, trouvent l’orée satinée. Et je me liquéfie…
La suite, qui ne la connaît d’avance, moi la première ? – à ceci près que je suis affolée de désir.

Erica Jong, Nana blues

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J'aimerais tant savoir

5 Avril 2020, 01:59am

Publié par vertuchou

J'aimerais tant savoir comment tu te réveilles,
J'aurais eu le plaisir de t'avoir vue dormir
La boucle de cheveux autour de ton oreille,
L'instant, l'instant précieux où tes yeux vont s'ouvrir.
On peut dormir ensemble à cent lieues l'un de l'autre,
On peut faire l'amour sans jamais se toucher,
L'enfer peut ressembler au paradis des autres
Jusqu'au jardin désert qu'on n'avait pas cherché.

Quand je m'endors tout seul, comme un mort dans sa barque,
Comme un vieux pharaon je remonte le Nil.
Les années sur ma gueule ont dessiné leur marque,
Mes grands soleils éteints se réveilleront-ils ?
On dit depuis toujours "le soleil est un astre,
Il se lève à cinq heures ou sept heures du matin",
Mais chaque heure pour moi n'est qu'un nouveau désastre,
Il n'est pas sûr du tout qu'il fera jour demain.

Je ne suis jamais là lorsque tu te réveilles,
Alors je parle seul pour faire un peu de bruit,
Mes heures s'éternisent et sont toutes pareilles,
Je ne distingue plus ni le jour ni la nuit,
Je ne crois pas en Dieu mais j'aime les églises
Et ce soir je repense au gisant vénitien
Qui me ressemblait tant... Mais la place était prise
Toi seule sais vraiment pourquoi je m'en souviens.

Bernard Dimey

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AKSHAM

4 Avril 2020, 01:23am

Publié par vertuchou

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Chanson Du Printemps

3 Avril 2020, 01:16am

Publié par vertuchou

Sais-tu, mignonne! la pervenche
Émaille déjà les buissons,
Et les oiseaux de branche en branche
Disent tout joyeux leurs chansons.

Partout se réveille la vie
Sous les chauds rayons du soleil:
C’est le printemps, il nous convie
Ensemble à fêter son réveil.

Viens! nous irons, l’âme joyeuse,
Porter nos pas bien loin, bien haut,
Dans la forêt mystérieuse
Où tout chante le renouveau.

Viens! à deux il est plus facile
D’épeler au livre de Dieu,
Et si j’y suis trop inhabile,
Tu voudras bien m’aider un peu.

Tu dois comprendre bien des choses
Que seul je ne trouverais pas,
Car tes rêveuses soeurs les roses
Ont dû t’en instruire tout bas;

Et durant ces heures trop brèves.
Revivant le printemps dernier,
Nous allons retrouver nos rêves
Pris aux épines du sentier.
22 février 1881.

Anne de Chambrier

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L'avenir de la poésie

2 Avril 2020, 01:05am

Publié par vertuchou

L'avenir de la poésie est dans sa source même.

Edgar Morin

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A mes flancs

1 Avril 2020, 01:30am

Publié par vertuchou

À mes flancs sans savoir
J'ai des hameçons qui choppent
Des morceaux, du passé
Et je traine mes lignes
Mes harpons mes crochets
Et je traine, mes regrets

À mes flancs s'accumulent encore bien frétillants
Les choix que je n'ai pas fait
Les photos les cahiers
Les amours les enfants
Les vies que j'ai rêvé

À mes flancs je suis flanquée
De toute la panoplie
Des années, ça m'angoisse
Je passe plus dans les portes des bistro sans forcer
Les côtés, qui dépassent

À mes flancs lorsque je me retourne ça veut plus
Ça peut plus, ça suit plus
Et ça me taille une culotte de cheval en forme de regret
Et c'est laid

J'ai l'encyclopédie
En 80 volumes
Des horreurs, que j'ai bavé
J'ai le décompte des fois
Où j'ai dit que j'étais nulle
Où je me suis, pardonné
Il y a même un Sudoku
Que j'ai jamais fini
Parce que j'arrivais plus

J'ai des casseroles au cul
Qui font tellement de bruit
Quand j'avance
Que j'avance plus

J'ai un monstre qui fume
J'ai une louve qui déforme
Le monstre qui fume
J'ai déjà quelques morts

J'ai des flux qui m'échappent
Des patients qui s'endorment
Des envies, toujours inassouvies

J'ai des femmes meurtries en pagaille
Qui sont toutes moi
Qui me sortent des yeux
Qui me lâchent plus les entrailles

J'ai des hommes blessés
Qui me restent agrippés
Qui supplient que j'arrête de les aimer

J'ai des orgasmes au bide
Qui me le laissent vide
Et avide, et béant

J'ai du sang circulant
Tous les mois s'écoulant
À mes flancs recyclés, recrachés

À mes flancs j'ai un cri
Poussé comme un esclave
Des langues déjà inventées
À mes flancs je trimbale des pensées empruntées
Triomphant, puis jetées, ah

À mes flancs j'ai un rêve
Mais ça c'est moi qui le tiens
J'lâche pas, j’lâche pas
Ça doit vouloir dire ça
Vivre j'en sais rien
Ça fais peur
Mais je lâche rien

À mes flancs j'ai un rêve
Mais ça c'est moi qui le tiens
J'lâche pas, j’lâche pas
Ça doit vouloir dire ça
Vivre j'en sais rien
Ça fais peur
Mais je lâche rien

Barbara Weldens

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Pense au présent ; pense à ta vie

31 Mars 2020, 01:35am

Publié par vertuchou

Pense au présent ; pense à ta vie qui se continue de minute en minute ; chaque minute vient après l'autre. [...] Mais l'avenir m'effraie, dis-tu. Tu parles de ce que tu ignores. Les événements ne sont jamais ceux que nous attendions ; et quant à ta peine présente, justement parce qu'elle est très vive, tu peux être sûr qu'elle diminuera. Tout change, tout passe. Cette maxime nous a attristés assez souvent ; c'est bien le moins qu'elle nous console quelquefois.

Alain, Propos sur le bonheur.

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Lassitude

30 Mars 2020, 01:14am

Publié par vertuchou

A batallas de amor campo de pluma.
(Gongora.)


De la douceur, de la douceur, de la douceur !
Calme un peu ces transports fébriles, ma charmante.
Même au fort du déduit, parfois, vois-tu, l’amante
Doit avoir l’abandon paisible de la sœur.

Sois langoureuse, fais ta caresse endormante,
Bien égaux tes soupirs et ton regard berceur.
Va, l’étreinte jalouse et le spasme obsesseur
Ne valent pas un long baiser, même qui mente !

Mais dans ton cher cœur d’or, me dis-tu, mon enfant,
La fauve passion va sonnant l’oliphant
Laisse-la trompetter à son aise, la gueuse !

Mets ton front sur mon front et ta main dans ma main,
Et fais-moi des serments que tu rompras demain,
Et pleurons jusqu’au jour, ô petite fougueuse !

Paul Verlaine

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Tout à coup j’ai eu envie d’elle

29 Mars 2020, 01:05am

Publié par vertuchou

Tout à coup j’ai eu envie d’elle et je me suis penchée sur elle. Je l’embrasse, je glisse ma main sous son tee-shirt, je caresse ses seins, j’y porte ma bouche. Les seins et l’amour. Bien sûr. Je comprends quelque chose que je ne savais pas. Tout se fait tout seul. Je déboutonne son pantalon. Le désir rend tout très simple, il n’y a pas de gêne, rien de bizarre dans mes gestes. Je l’emmène dans sa chambre. Je souris quand je dégrafe son soutien-gorge. Je ne sais plus si c’est elle ou moi qui me déshabille. Je la caresse. C’est moi qui suis sur elle. C’est moi qui embrasse ses seins, qui caresse sa chatte. C’est moi qui la baise. Ses yeux remontent et son visage se lisse quand elle jouit. Elle s’endort.


Constance Debré  Play boy

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