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Coups de cœur
Ta nuque est une fleur choisie
Ta nuque est une fleur choisie
Avec mille soins délicats
Par la fée aux matins d’Asie.
Tes bras ont le goût des muscats,
Tes cheveux tordent une flamme.
Tes genoux ouvrent une femme,
Un sourire vient se loger
Au plus tendre coin de ta bouche :
Lève ton visage que touche
Le bonheur au crayon léger.
Jean Pellerin
Non seulement c'étaient les seins d'une fille
Non seulement c'étaient les seins d'une fille qui n'avait jamais connu d'homme, mais ils étaient comme des fleurs qui vont s'ouvrir et permettaient de deviner combien ils seraient beaux une fois épanouis. Entre deux monticules qui dressaient leurs boutons roses était une vallée qui, toute brunie qu'elle fût par le soleil, n'avait rien perdu de sa délicatesse, de son velouté et dont la peau veinée était fraîche, une vallée sur laquelle flottait le premier printemps. Se développant au même rythme que les membres, les seins n'étaient pas en retard sur le reste du corps. Cependant leur gonflement qui gardait encore la fermeté de l'enfance paraissait prêt à sortir du sommeil, à s'éveiller au moindre contact d'une plume, à la caresse de la brise la plus douce.
Yukio Mishima , Le tumulte des flots
Le temps de vivre
Nous prendrons le temps de vivre
D'être libres, mon amour
Sans projets et sans habitudes
Nous pourrons rêver notre vie
Viens, je suis là, je n'attends que toi
Tout est possible, tout est permis
Viens, écoute ces mots qui vibrent
Sur les murs du mois de mai
Ils nous disent la certitude
Que tout peut changer un jour
Viens, je suis là, je n'attends que toi
Tout est possible, tout est permis
Nous prendrons le temps de vivre
D'être libres, mon amour
Sans projets et sans habitudes
Nous pourrons rêver notre vie
Georges Moustaki
Isis / Prologue - Scene I
Les cent fleurs au printemps,
Les cent fleurs au printemps, la lune en automne,
Le vent frais en été, la neige en hiver,
Si le cœur s'affranchit de tout souci futile,
Ce sont des moments plaisants dans le monde des hommes.
Wumen Huikai
La poésie est parfois
La poésie est parfois comme une surface que l'on ne voit pas,
un écrin transparent posé sur le monde ; aller au delà
et c’est la couleur de l’intemporel que l’on peut voir transparaître,
l’invisible que l’on peut écouter, son murmure bienveillant
qui réveillera les consciences assoupies
--- Pierre Cressant
Je t'aime de toute mon insomnie
A Moscou, chez moi, les coupoles flamboient
A Moscou, chez moi, les cloches sonnent,
Et dans les sépulcres alignés, chez moi,
les tsars et les tsarines dorment.
Et ne sais-tu pas que dans le Kremlin
l'aube est, plus que partout ailleurs, légère ?
Et ne sais-tu pas que dans le Kremlin
Du crépuscule à l'aube je te fais don de ma prière ?
Et tu traverses ta chère Neva
Quand, au même instant, sur la Moscova,
Je suis debout, la tête baissée,
Je vois les réverbères de fatigue papilloter.
Je t'aime de toute mon insomnie
Je te guette de toute mon insomnie
Quand, au même instant, dans tout le Kremlin,
se réveillent les sonneurs du matin.
Mais mon fleuve et le tien
Mais ma main et ta main
ne s'uniront pas, mon ami, ma joie,
tant que la brume et l'aube
ne se seront pas rejoints.
Marina Tsvetaeva
Le sirop de la rue
Danse Macabre
Zig et zig et zag, la mort en cadence
Frappant une tombe avec son talon,
La mort à minuit joue un air de danse,
Zig et zig et zag, sur son violon.
Le vent d'hiver souffle, et la nuit est sombre,
Des gémissements sortent des tilleuls;
Les squelettes blancs vont à travers l'ombre
Courant et sautant sous leurs grands linceuls,
Zig et zig et zag, chacun se trémousse,
On entend claquer les os des danseurs,
Un couple lascif s'asseoit sur la mousse
Comme pour goûter d'anciennes douceurs.
Zig et zig et zag, la mort continue
De racler sans fin son aigre instrument.
Un voile est tombé! La danseuse est nue!
Son danseur la serre amoureusement.
La dame est, dit-on, marquise ou baronne.
Et le vert galant un pauvre charron -
Horreur! Et voilà qu'elle s'abandonne
Comme si le rustre était un baron!
Zig et zig et zig, quelle sarabande!
Quels cercles de morts se donnant la main!
Zig et zig et zag, on voit dans la bande
Le roi gambader auprès du vilain!
Mais psit! tout à coup on quitte la ronde,
On se pousse, on fuit, le coq a chanté
Oh! La belle nuit pour le pauvre monde!
Et vive la mort et l'égalité!
Henri Cazalis
