Sonnet 61
Que bénis soient le jour, le mois, l'année,
La saison, le temps qui s'enfuit, l'heure, l'instant
Et ce lieu, dans ce beau pays, où deux beaux yeux
Me firent prisonnier et m'enchaînèrent.
Et béni soit le doux premier tourment
Que j'éprouvai, ainsi captif d'Amour.
Béni soit l'arc, bénies les flèches qui me percèrent,
Bénie la plaie qu'elles m'ont faite au cœur.
Bénis mes mots qui clamèrent sans nombre
À tous échos le nom de ma dame. Bénis
Les soupirs et les larmes et mon désir.
Et bénis soient aussi tous ces écrits
Où j'amasse sa gloire ; et ma pensée
Qui ne sait qu'elle, et donc rien d'aucune autre.
Francesco Pétrarque
(traduction d'Yves Bonnefoy)
