Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

Le poète est le plus utilitaire des êtres

22 Décembre 2017, 02:04am

Publié par vertuchou

Le poète est le plus utilitaire des êtres.

Paresse, désespoirs, accidents du langage, regards singuliers,

– tout ce que perd, rejette, ignore, élimine, oublie l’homme le plus pratique,

le poète le cueille, et par son art lui donne quelque valeur.


—Paul Valéry

Voir les commentaires

Qui ?

21 Décembre 2017, 02:08am

Publié par vertuchou

Qui frôlera tes lèvres
Et vibrant de fièvre
Surprenant ton corps
Deviendra ton maître
En y faisant naître
Un nouveau bien-être
Un autre bonheur ?

Qui prendra la relève
Pour combler tes rêves
Et sans un remords
D'un éclat de rire
Saura te conduire
À mieux me détruire
Au fond de ton cœur ?

Qui peut être cet autre
Qui sera cet intrus ?
Dans tout ce qui fut nôtre
Quand je ne serais plus?

Qui prendra ta faiblesse
Avec des caresses
Et des mots d'amour
En couvrant d'oubli
Nos jours de folies ?
Qui prendra ta vie
Au bout de mes jours ?

Nous vivons à vingt ans d'écart
Notre amour est démesuré
Et j'ai le cœur au désespoir
Pour ces années
Car lorsque mes yeux seront clos
D'autres yeux vont te contempler
Aussi je lutte avec ce mot
De ma pensée

Qui sans que tu protestes
Refera les gestes
Qui ne sont qu'à nous
Lorsque je t'embrasse
Lorsque je t'enlace
Qui prendra ma place
Autour de ton cou ?

Qui connaîtra tes scènes
De folie soudaine
Ou bien de courroux ?
Qui aura la chance
D'avoir ta présence
Souvent quand j'y pense
Je deviens jaloux

Qui ? nul ne peut le dire
Qui ? nous n'en savons rien
Et mon cœur se déchire
En pensant que quelqu'un

Te prendra un je t'aime
Et par ce je t'aime
Je le sais déjà
Il prendra ta bouche
Il prendra ta couche
Et m'enterrera
Pour la seconde fois

Charles Aznavour

Voir les commentaires

Portail, Florence

20 Décembre 2017, 02:00am

Publié par vertuchou

Vincenzo Balocchi, Portail, Florence, Italie, vers 1950

Vincenzo Balocchi, Portail, Florence, Italie, vers 1950

Voir les commentaires

Dans le parc

19 Décembre 2017, 02:18am

Publié par vertuchou

Dans le parc aux lointains voilés de brume, sous
Les grands arbres d’où tombe avec un bruit très doux
L’adieu des feuilles d’or parmi la solitude,
Sous le ciel pâlissant comme de lassitude,
Nous irons, si tu veux, jusqu’au soir, à pas lents,
Bercer l’été qui meurt dans nos cœurs indolents.
Nous marcherons parmi les muettes allées ;
Et cet amer parfum qu’ont les herbes foulées,
Et ce silence, et ce grand charme langoureux
Que verse en nous l’automne exquis et douloureux
Et qui sort des jardins, des bois, des eaux, des arbres
Et des parterres nus où grelottent les marbres,
Baignera doucement notre âme tout un jour,
Comme un mouchoir ancien qui sent encor l’amour.

Albert Samain

Voir les commentaires

Je t'ai souri

18 Décembre 2017, 02:52am

Publié par vertuchou

Je t'ai souri. En souriant à mon sourire, tu m'ouvrais
la porte d'un lieu inconnu de tous les autres,
où j'étais seul à pouvoir pénétrer.
Je me jurai dès lors de devenir doux.
Tu m'offrais l'occasion d'être autre chose que moi même.
Tu me donnais cette chance de me recommencer de zéro,
de renverser le jeu en ne gardant que quelques pions.

Yann Moix, Une simple lettre d'amour

Voir les commentaires

Si je pouvais te suivre

17 Décembre 2017, 02:46am

Publié par vertuchou

Si je pouvais te suivre bien loin,
plus loin que tout ce que tu sais,
dans la solitude du monde
des espaces extrêmes,
là où la voie lactée roule
une lumineuse écume morte
et où tu cherches une attache
dans un espace vertigineux.

Je sais : ce n'est pas possible.

Mais quand aveugle et grelottant,
tu sortiras de ton baptême,
d'un bout à l'autre de l'espace
je vais entendre ton cri,
être pour toi chaleur nouvelle,
être pour toi étreinte nouvelle,
être proche de toi dans un autre monde
parmi les choses au nom inenfanté.

Karin Boye

Voir les commentaires

La Bourgogne

16 Décembre 2017, 02:50am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

Rêverie sur ta venue

15 Décembre 2017, 02:15am

Publié par vertuchou

Mon Lou mon Coeur mon Adorée
Je donnerais dix ans et plus
Pour ta chevelure dorée
Pour tes regards irrésolus
Pour la chère toison ambrée

Plus précieuse que n’était
Celle-là dont savait la route
Sur la grand-route du Cathai
Qu’Alexandre parcourut toute
Circé que son Jason fouettait

Il la fouettait avec des branches
De laurier-sauce ou d’olivier
La bougresse branlait des hanches
N’ayant plus rien à envier
En faveur de ses fesses blanches

Ce qu'à la Reine fit Jason
Pour ses tours de sorcellerie
Pour sa magie et son poison
Je te le ferai ma chérie
Quand serons seuls à la maison

Je t'en ferai bien plus encore
L'amour la schlague et cotera
Un cul sera noir comme un Maure
Quand ma maîtresse arrivera
Arrive ô mon Lou que j'adore

Dans la chambre de volupté
Où je t'irai trouver à Nîmes
Tandis que nous prendrons le thé
Pendant le peu d'heures intimes
Que m'embellira ta beauté

Nous ferons cent mille bêtises
Malgré la guerre et tous ses maux
Nous aurons de belles surprises
Les arbres en fleur les Rameaux
Pâques les premières cerises

Nous lirons dans le même lit
Au livre de ton corps lui-même
- C'est un livre qu'au lit on lit -
Nous lirons le charmant poème
Des grâces de ton corps joli

Nous passerons de doux dimanches
Plus doux que n'est le chocolat
Jouant tous deux au jeu des hanches
Le soir j'en serai raplapla
Tu seras pâle aux lèvres blanches

Un mois après tu partiras
La nuit descendra sur la terre
En vain je te tendrais les bras
Magicienne du mystère
Ma Circé tu disparaîtras

Où t'en iras-tu ma jolie
À Paris dans la Suisse ou bien
Au bord de ma mélancolie
Que jamais jamais on n'oublie

Alors sonneront sonneront
Les trompettes d'artillerie
Nous partirons et ron et ron
Petit patapon ma chérie
Vers ce que l'on appelle le Front

J'y ferai qui sait des prouesses
Comme font les autres poilus
En l'honneur de tes belles fesses
De tes doux yeux irrésolus
Et de tes divines caresses

Mais en attendant je t'attends
J'attends tes yeux ton cou ta croupe
Que je n'attende pas longtemps
De tes beautés la belle troupe
M'amie aux beaux seins palpitants

Et viens-t'en donc puisque je t'aime
Je le chante sur tous les tons
Ciel nuageux la nuit est blême
La lune chemine à tâtons
Une abeille sur de la crème.

4 février 1915

(Guillaume Apollinaire

Voir les commentaires

Le vrai poème est un fruit de nature

14 Décembre 2017, 02:45am

Publié par vertuchou

Le vrai poème est un fruit de nature. C’est ce qui est senti par l’oreille,

dès qu’on l’entend, et encore mieux par la gorge et le souffle,

et même par le corps tout entier […].

C’est une sorte de musique qui a physiologiquement raison […],

qui est à la mesure de l’homme, qui règle comme il faut

ses intimes mouvements, qui brasse, qui étire, qui délivre d’angoisse ce corps si difficile.


Alain

Voir les commentaires

Dis que tout est illusion / Say all is illusion

13 Décembre 2017, 02:40am

Publié par vertuchou

Dis que tout est illusion
Néanmoins ce néant est tout
Cet inépuisable
trésor d'apparence
Le merle qui chante
la pluie qui commence à tomber
les feuilles qui verdoient
l'arc-en-ciel qui se montre
Réalité ou rêve
Quelle différence ? J'ai vu...

Kathleen Raine

Say all is illusion
Yet that nothing all
This inexhaustible
Treasury of seeming
The blackbird singing,
The rain coming on,
The leaves green,
The rainbow appearing,
Reality or dream
What difference I have seen.

Voir les commentaires