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Le vrai poème est un fruit de nature

14 Décembre 2017, 02:45am

Publié par vertuchou

Le vrai poème est un fruit de nature. C’est ce qui est senti par l’oreille,

dès qu’on l’entend, et encore mieux par la gorge et le souffle,

et même par le corps tout entier […].

C’est une sorte de musique qui a physiologiquement raison […],

qui est à la mesure de l’homme, qui règle comme il faut

ses intimes mouvements, qui brasse, qui étire, qui délivre d’angoisse ce corps si difficile.


Alain

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Dis que tout est illusion / Say all is illusion

13 Décembre 2017, 02:40am

Publié par vertuchou

Dis que tout est illusion
Néanmoins ce néant est tout
Cet inépuisable
trésor d'apparence
Le merle qui chante
la pluie qui commence à tomber
les feuilles qui verdoient
l'arc-en-ciel qui se montre
Réalité ou rêve
Quelle différence ? J'ai vu...

Kathleen Raine

Say all is illusion
Yet that nothing all
This inexhaustible
Treasury of seeming
The blackbird singing,
The rain coming on,
The leaves green,
The rainbow appearing,
Reality or dream
What difference I have seen.

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Gallery Visitor

12 Décembre 2017, 02:35am

Publié par vertuchou

Paul Schulenberg, Gallery Visitor.

Paul Schulenberg, Gallery Visitor.

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Passe-port

11 Décembre 2017, 02:21am

Publié par vertuchou

Nez moyen. Œil très-noir. Vingt ans. Parisienne
Les cheveux bien plantés sur un front un peu bas.
Nom simple et très joli, que je ne dirai pas.
Signe particulier : ta maîtresse, ou la mienne.

Une grâce, charmante et tout à fait païenne ;
L'allure d'un oiseau qui retient ses ébats ;
Une voix attirante, à ramper sur ses pas
Comme un serpent aux sons d'une flûte indienne.

Trouvée un soir d'hiver sous un bouquet de bal ;
Chérissant les grelots, ivre de carnaval,
Et vous aimant... le temps de s'affoler d'un autre.

Une adorable fille, — une fille sans cœur,
Douce comme un soupir sur un accord moqueur...
Signe particulier: ma maîtresse, ou la vôtre.

Albert Mérat

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Restez un peu avec moi

10 Décembre 2017, 02:46am

Publié par vertuchou

Restez un peu avec moi. C'est inconfortable, j'en suis conscient,
mais nous n'allons pas dormir, n'est ce pas ?
Je ne sais rien de votre peau, de votre odeur.
Laissez-moi vous explorer, vous effeuiller
jusqu'à l'insupportable, jusqu'à ne plus accepter
d'être des mots écrits sur des coins de nappes en papier,
des pensées notées sur un carnet.
Vous méritez mieux que cela.
Vous êtes une étoile lointaine, pas trop j'espère
et je ne suis qu'un amant de papier.
Ne me brûlez pas…

Bernard Giraudeau, Cher amour

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La vie, c'est comme une dent

9 Décembre 2017, 03:00am

Publié par vertuchou

La vie, c'est comme une dent
D'abord on y a pas pensé,
On s'est contenté de mâcher
Et puis ça se gâte soudain
Ça vous fait mal, et on y tient
Et on la soigne et les soucis,
Et pour qu'on soit vraiment guéri
Il faut vous l'arracher, la vie.

Boris Vian

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For you

8 Décembre 2017, 02:29am

Publié par vertuchou

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Baiser rose, baiser bleu

7 Décembre 2017, 02:15am

Publié par vertuchou

Sonnet III.

À table, l'autre jour, un réseau de guipure,
Comme un filet d'argent sur un marbre jeté,
De votre sein, voilant à demi la beauté,
Montrait, sous sa blancheur, une blancheur plus pure.

Vous trôniez parmi nous, radieuse figure,
Et le baiser du soir, d'un faible azur teinté,
Comme au contour d'un fruit la fleur du velouté,
Glissait sur votre épaule en mince découpure.

Mais la lampe allumée et se mêlant au jeu,
Posait un baiser rose auprès du baiser bleu :
Tel brille au clair de lune un feu dans de l'albâtre.

À ce charmant tableau, je me disais, rêveur,
Jaloux du reflet rose et du reflet bleuâtre :
" Ô trop heureux reflets, s'ils savaient leur bonheur ! "

Saint-Gratien, le 25 juillet 1867.

Théophile Gautier

 

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Le poète ne retient ce qu’il découvre

6 Décembre 2017, 02:54am

Publié par vertuchou

Le poète ne retient ce qu’il découvre: l’ayant transcrit, le perd bientôt.

En cela réside sa nouveauté, son infini et son péril.

René Char

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Petit matin

5 Décembre 2017, 02:27am

Publié par vertuchou

Je te reconnaîtrai aux algues de la mer
Au sel de tes cheveux aux herbes de tes mains
Je te reconnaîtrai au profond des paupières
Je fermerai les yeux tu me prendras la main

Je te reconnaîtrai quand tu viendras pieds nus
Sur les sentiers brûlants d'odeurs et de soleil
Les cheveux ruisselants sur tes épaules nues
Et les seins ombragés des palmes du sommeil

Je laisserai alors s'envoler les oiseaux
Les oiseaux longs-courriers qui traversent les mers
Les étoiles aux vents courberont leurs fuseaux
Les oiseaux très pressés fuiront dans le ciel clair

Je t'attendrai en haut de la plus haute tour
Où pleurent nuit et jour les absents dans le vent
Quand les oiseaux fuiront je saurai que le jour
Est là marqué des pas de celle que j'attends

Complices du soleil je sens mon corps mûrir
De la patience aveugle et laiteuse des fruits
Ses froides mains de sel lentement refleurir
Dans le matin léger qui jaillit de la nuit

Claude Roy

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