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Je ne veux point fouiller au sein de la nature,

18 Septembre 2016, 02:58am

Publié par vertuchou

Je ne veux point fouiller au sein de la nature,
Je ne veux point chercher l’esprit de l’univers,
Je ne veux point sonder les abîmes couverts,
Ni dessiner du ciel la belle architecture.

Je ne peins mes tableaux de si riche peinture,
Et si hauts arguments ne recherche à mes vers :
Mais suivant de ce lieu les accidents divers,
Soit de bien, soit de mal, j’écris à l’aventure.

Je me plains à mes vers, si j’ai quelque regret :
Je me ris avec eux, je leur dis mon secret,
Comme étant de mon cœur les plus sûrs secrétaires.

Aussi ne veux-je tant les peigner et friser,
Et de plus braves noms ne les veux déguiser
Que de papiers journaux ou bien de commentaires.


Joachim du Bellay

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Le poème est l'événement majeur

17 Septembre 2016, 03:54am

Publié par vertuchou

Le poème est l'événement majeur susceptible de survenir dans l'ordre de la langue.

Tout poème fait séisme, met à jour des couches ensevelies de la mémoire des mots. Ce n'est pas dans le sujet traité qu'agit la poésie; c'est dans le glissement de sens perpétué dans le paysage domestique de la langue.

Aussi le poète ne "traite"-t-il pas de sujet; ce sont les mots qui traitent leur propre sujet. C'est pourquoi la pertinence, à l'inverse des habitudes de la pédagogie ordinaire, ne consiste pas à se demander ce que le poète a voulu dire, mais plutôt ce que le texte vous dit, à vous lecteurs, dans la relation personnelle que vous entretenez avec chacun des mots qui le constituent. (...)

Chaque lecteur lui est un interlocuteur singulier, invité à "réécrire" tous les sens possibles de tous les mots du poème. C'est pourquoi l'usage de la poésie est nécessairement solitaire.

Gil Jouanard, L'oeil de la terre

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sommes-nous

16 Septembre 2016, 03:47am

Publié par vertuchou

sommes-nous
cette fable
que notre corps
raconte


sommes-nous
le mot de l'énigme

un presque vivre
ou un presque mourir
quelque chose d'étrange
entre Dieu et poussière


sommeil
comme désert
ou village
sous la neige


Raymond Farina

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Partita pour clavier n° 2 en ut mineur, BWV 826

15 Septembre 2016, 03:44am

Publié par vertuchou

Jean-Sébastien Bach, Partita pour clavier n° 2 en ut mineur, BWV 826

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Ceux qui sont amoureux, leurs amours chanteront,

14 Septembre 2016, 03:36am

Publié par vertuchou

Ceux qui sont amoureux, leurs amours chanteront,
Ceux qui aiment l’honneur, chanteront de la gloire,
Ceux qui sont près du Roy, publieront sa victoire,
Ceux qui sont courtisans, leurs faveurs vanteront,

Ceux qui aiment les arts, les sciences diront,
Ceux qui sont vertueux, pour tels se feront croire,
Ceux qui aiment le vin, deviseront de boire,
Ceux qui sont de loisir, de fables écriront,

Ceux qui sont médisants, se plairont à médire,
Ceux qui sont moins fâcheux, diront des mots pour rire,
Ceux qui sont plus vaillans, vanteront leur valeur,

Ceux qui se plaisent trop, chanteront leur louange,
Ceux qui veulent flatter, feront d’un diable un ange,
Moi, qui suis malheureux, je plaindrai mon malheur.


Joachim du Bellay

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Chloé, vos lèvres sont douces

13 Septembre 2016, 03:18am

Publié par vertuchou

Chloé, vos lèvres sont douces. Vous avez un teint de fruit.

Vos yeux voient comme il faut voir et votre corps me fait chaud... I

l me faudra des mois, des mois, pour que je me rassasie des baisers à vous donner.

Il faudra des ans de mois pour épuiser les baisers que je veux poser sur vous,

sur vos mains, sur vos cheveux, sur votre cou...

Chloé, je voudrais sentir vos seins nus sur ma poitrine, mes deux mains croisées sur vous,

vos bras autour de mon cou, votre tête parfumée dans le creux de mon épaule,

et votre peau palpitante, et l'odeur qui vient de vous.

Boris Vian, L'écume des jours

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Un oiseau s’envole

12 Septembre 2016, 04:33am

Publié par vertuchou

Un oiseau s’envole,
II rejette les nues comme un voile inutile,
II n’a jamais craint la lumière,
Enfermé dans son vol
II n’a jamais eu d’ombre.

Coquilles des moissons brisées par le soleil.
Toutes les feuilles dans les bois disent oui,
Elles ne savent dire que oui,
Toute question, toute réponse
Et la rosée coule au fond de ce oui.

Un homme aux yeux légers décrit le ciel d’amour.
Il en rassemble les merveilles
Comme des feuilles dans un bois,
Comme des oiseaux dans leurs ailes
Et des hommes dans le sommeil.

Paul Eluard

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The Road Across the Wolds

11 Septembre 2016, 03:52am

Publié par vertuchou

David-Hockney--The-Road-Across-the-Wolds--1997_121-152cm.jpg

 

David Hockney

The Road Across the Wolds

1997

 

huile sur toile

121-152 cm

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A une Dame Créole

10 Septembre 2016, 03:48am

Publié par vertuchou

Au pays parfumé que le soleil caresse,
J'ai connu, sous un dais d'arbres tout empourprés
Et de palmiers d'où pleut sur les yeux la paresse,
Une dame créole aux charmes ignorés.

Son teint est pâle et chaud; la brune enchanteresse
A dans le cou des airs noblement maniérés;
Grande et svelte en marchant comme une chasseresse,
Son sourire est tranquille et ses yeux assurés.

Si vous alliez, Madame, au vrai pays de gloire,
Sur les bords de la Seine ou de la verte Loire,
Belle digne d'orner les antiques manoirs,

Vous feriez, à l'abri des ombreuses retraites
Germer mille sonnets dans le cœur des poètes,
Que vos grands yeux rendraient plus soumis que vos noirs.

Charles Baudelaire

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Rien, en Poésie, ne s'achève

9 Septembre 2016, 03:15am

Publié par vertuchou

Rien, en Poésie, ne s'achève. Tout est en route, à jamais.

En d'autres temps, d'autres termes, d'autres élans, la Poésie, comme l'amour,

se réinvente par-delà toute prescription.

Ne sommes-nous pas, en premier lieu, des créatures éminemment poétiques ?

Venues on ne sait d'où, tendues vers quelle extrémité ?

Pétries par le mystère d'un insaisissable destin ?

Situées sur un parcours qui ne cesse de déboucher sur l'imaginaire ?

Animées d'une existence qui nous maintient — comme l'arbre — entre terre et ciel,

entre racines et créations, mémoires et fictions ?

La Poésie demeurera éternellement présente, à l'écoute de l'incommensurable Vie.


Andrée Chedid

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