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Coups de cœur
Elle aima ces instants où il était maladroit
Elle aima ces instants où il était maladroit, où il hésitait.
Elle comprenait qu'elle avait voulu cela plus que tout,
retrouver les hommes par un homme qui ne soit pas forcément
un habitué des femmes. Qu'ils redécouvrent ensemble
le mode d'emploi de la tendresse.
(…) Des larmes coulèrent le long de ses tempes.
Il embrassa ses larmes.
Et de ses baisers naquirent d'autres larmes aussi,
les siennes, cette fois-ci
David Foenkinos, La délicatesse.
L'accent circonflexe et la petite cédille
Entre deux vers
D'un long poème
D'un poème fort ennuyeux
La cédille aux yeux de verveine
qui nattait ses jolis cheveux
rencontra l'accent circonflexe
Curieuse quoiqu'un peu perplexe
Sans moi vous l'eussiez deviné
Elle lui dit pour commencer
Quel bizarre chapeau que le vôtre
Seriez-vous par hasard gendarme ou polytechnicien
Et que faites-vous donc sur le front des apôtres
Est-ce vous la colombe ou la fumée du train
Je suis je suis gentille cédille
Le S escamoté des mots de l'autrefois
C'est à l'hostellerie qu'on emmenait les filles
Le S a disparu me voici sur le toit
Et toi que fais-tu cédille
A traîner derrière les garçons
Sont-ce là d'honnêtes façons
N'es-tu point de bonne famille
Accent bel accent circonflexe
Voilà toute ma vérité
Je t'aime et pour te le prouver
Je fais un S avec un C
Jean-Pierre Rosnay
One Day I'll Fly Away
Lettre à Mme. du Châtelet
A Mme du Châtelet
Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.
Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.
De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.
Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.
Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !
On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »
Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.
Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.
Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis ; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.
François Marie Arouet, dit Voltaire
Poesie oû je vais en aveugle
Poesie oû je vais en aveugle
Quêtant la lumière qui aveugle.
Andre Pieyre de Mandiargues
Séparation
Le chemin devant moi,
En pente et vespéral.
Hier encore, amoureux,
Il suppliait : « N’oublie pas ».
Aujourd’hui, seuls les vents,
Le cri des bergers, et
Le mouvement des cèdres
Près des sources pures.
Saint-Pétersbourg, Printemps 1914
Anna Akhmatova
Untitled (Fairmont Forest)
Paume
Paume, doux lit froissé
où des étoiles dormantes
avaient laissé des plis
en se levant vers le ciel.
Est-ce que ce lit était tel
qu’elles se trouvent reposées,
claires et incandescentes,
parmi les astres amis
en leur élan éternel ?
Ô les deux lits de mes mains,
abandonnés et froids,
légers d’un absent poids
de ces astres d’airain.
Rainer Maria Rilke
Pour ne pas que l’horizon nocturne ne nous déçoive
Pour ne pas que l’horizon nocturne ne nous déçoive,
je t’offre les fleurs de ma poésie d’un voix douce et suave.
Mes mots se posent sur toi comme des jolis dessous de soie
que je me ferai un plaisir d’ôter…
J’ai la nuit pour parcourir ta peau et je te promets de compter le nombre exact
de tes grains de beauté…
Je me plonge dans ton bain et j’entends l’eau de pluie tomber…
Correspondance des sables du désert, corps responsable des danses du désir…
On dit que faire l’amour c’est ne plus sentir, la différence entre donner
et prendre du plaisir.
Je t’écris une pleine page de caresses, pour même ta peau aime,
mes poèmes…
Souleymane Diamanka
