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A l'instant il voulut être aimé d'elle

5 Septembre 2016, 03:15am

Publié par vertuchou

A l'instant il voulut être aimé d'elle. C'était aussi violent que mystérieux.

Mais c'était vivre l'expérience la plus intéressante de la vie.

Il n'était ni assez sot, ni si jeune, qu'il pût l'ignorer. Il ne l'ignorait pas,

et, pactisant avec son mal, il le pensa même avec une clarté extraordinaire.

Ceci expliquera qu'il ne se retint pas. Ni de la contempler, ni de la désirer.

Elle ne ressemblait à personne qu'il eût déjà aimé, elle ne réitérait pas un passé.

Mais elle était si jolie ! Il ne pouvait tout simplement pas la regarder.

Une silhouette, les traits d'un visage, une expression tendre, une indifférence

étaient le centre déclencheur d'une attraction.

Aline Ferney, La conversation amoureuse

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Les contraires

4 Septembre 2016, 03:23am

Publié par vertuchou

l y a celui qui vit
dans l'auberge des feuilles
Et celui qui bâtit
de hautes citadelles

Il y a le feu qui pourrit
sur sa cendre muette
Et la flamme en tes yeux
qui ne saurait s'éteindre

Il y a des souvenirs qui meurent
de leurs ailes blessés
Et des visages qui éclairent
longtemps après leur mort

Il y a le vin et le sang
le pain et la dent
la faim et son désir couronné

Il y a celui qui toujours tourne
autour de soi
Et celui qui met ses bras
autour du monde

Jean-Pierre Siméon

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Adriana

3 Septembre 2016, 03:31am

Publié par vertuchou

Pawel Smialek, Adriana, collodion humide sur feuille d’aluminium, 18 x 24 cm

Pawel Smialek, Adriana, collodion humide sur feuille d’aluminium, 18 x 24 cm

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Le soleil s'est couché

2 Septembre 2016, 03:03am

Publié par vertuchou

Le soleil s'est couché ce soir dans les nuées ;
Demain viendra l'orage, et le soir, et la nuit ;
Puis l'aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui fuit !

Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule
Sur la face des mers, sur la face des monts,
Sur les fleuves d'argent, sur les forêts où roule
Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

Et la face des eaux, et le front des montagnes,
Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
S'iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
Prendra sans cesse aux monts le flot qu'il donne aux mers.

Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
Je m'en irai bientôt, au milieu de la fête,
Sans que rien manque au monde, immense et radieux !

Victor Hugo

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La poésie est désuète

1 Septembre 2016, 02:08am

Publié par vertuchou

La poésie est désuète pour ceux qui sont gavés, mais quand le réel est insupportable,

elle prend la valeur d'une arme de survie.

Boris Cyrulnik, Un merveilleux malheur

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Lettre d'amour

31 Août 2016, 02:57am

Publié par vertuchou

Pas facile de formuler ce que tu as changé pour moi.
Si je suis en vie maintenant, j'étais alors morte,
Bien que, comme une pierre, sans que cela ne m'inquiète,
Et je restais là sans bouger selon mon habitude.
Tu ne m'as pas simplement une peu poussée du pied, non-
Ni même laissé régler mon petit oeil nu
A nouveau vers le ciel, sans espoir, évidemment,
De pouvoir appréhender le bleu, ou les étoiles.
Ce n'était pas çà. Je dormais, disons : un serpent
Masqué parmi les roches noires telle une roche noire
Se trouvant au milieu du hiatus blanc de l'hiver -
Tout comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir
A ce million de joues parfaitement ciselées
Qui se posaient à tout moment afin d'attendrir
Ma joue de basalte. Et elles se transformaient en larmes,
Anges versant des pleurs sur des natures sans relief,
Mais je n'étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.
Chaque tête morte avait une visière de glace.
Et je continuais de dormir, repliée sur moi-même.
La première chose que j'ai vue n'était que de l'air
Et ces gouttes prisonnières qui montaient en rosée,
Limpides comme des esprits. Il y avait alentour
Beaucoup de pierres compactes et sans aucune expression.
Je ne savais pas du tout quoi penser de cela.
Je brillais, recouverte d'écailles de mica,
Me déroulais pour me déverser tel un fluide
Parmi les pattes d'oiseaux et les tiges des plantes.
Je ne m’y suis pas trompée. Je t'ai reconnu aussitôt.
L'arbre et la pierre scintillaient, ils n'avaient plus d'ombres.
Je me suis déployée, étincelante comme du verre.
J'ai commencé de bourgeonner tel un rameau de mars :
Un bras et puis une jambe, un bras et encore une jambe.
De la pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l'air, mon âme pour vêtement,
Aussi pure qu'un pain de glace. C'est un don.

Sylvia Plath

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Take me to the alley

30 Août 2016, 02:55am

Publié par vertuchou

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Elle marche tout en beauté… / She walks in beauty…

29 Août 2016, 02:50am

Publié par vertuchou

Elle marche tout en beauté…

Elle marche tout en beauté comme la nuit Des climats sans nuage et des cieux étoilés ; Et le plus pur de la clarté comme de l’ombre Se rassemble dans son aspect et dans ses yeux, Prenant le velouté de la tendre lumière Que refuse le ciel au jour éblouissant.

Une nuance en plus, un seul rayon en moins, Gâteraient à demi la grâce incomparable Qui vient flotter dessus chaque tresse d’ébène, Ou sur ses traits se pose avec légèreté ; Là, des pensées d’une douceur sereine expriment La pureté, la tendresse de leur demeure.

Et parant cette joue, parant aussi ce front Si calmes et si doux, pourtant si éloquents, Le sourire charmeur, les couleurs éclatantes, Ne parlent que de jours vécus dans la bonté, Esprit en paix avec toute chose ici-bas, Cœur dont l’amour traduit la profonde innocence !

***

She walks in beauty…

She walks in beauty, like the night Of cloudless climes and starry skies; And all that’s best of dark and bright Meet in her aspect and her eyes: Thus mellowed to that tender light Which heaven to gaudy day denies.

One shade the more, one ray the less, Had half impaired the nameless grace Which waves in every raven tress, Or softly lightens o’er her face; Where thoughts serenely sweet express How pure, how dear their dwelling place.

And on that cheek, and o’er that brow, So soft, so calm, yet eloquent, The smiles that win, the tints that glow, But tell of days in goodness spent, A mind at peace with all below, A heart whose love is innocent!

George Gordon Lord Byron

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Car c'est être poète

28 Août 2016, 02:47am

Publié par vertuchou

Car c'est être poète que regarder la vie et la mort en face,

et réveiller les étoiles dans le néant des cœurs.

Christian Bobin

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Attente

27 Août 2016, 03:45am

Publié par vertuchou

Ne pas pouvoir dormir manger peu
commencer à parler tout seul
ne pas oser aller dans certains lieux
où l’on alla ensemble
revenir à la maison en espérant trouver
un mot de toi
à chaque bruit des escaliers
imaginer que c’est toi
penser à toi tout le jour
et une partie de la nuit
contracter les mâchoires désormais depuis
plus d’un mois
me surprendre la nuit à sourire
en parlant avec toi, qui
n’es pas là

Carlo Bordini

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