Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Vertuchou.over-blog.com

Publié depuis Overblog

10 Septembre 2015, 03:40am

Publié par vertuchou

Quel goût avait-elle, ta bien-aimée ? s’enquièrent les 26 lettres du seul alphabet que l’on m’eût jamais appris et dans quel ordre nous rangerais-tu, toi, si tu nous mettais au défi de le lui apprendre ?
Nid d’hirondelle. Figue tiède. Abricot trop mûr. Minuscule framboise gobée sous un crachin serré.
Quelquefois, dérayure. Quelquefois, écorchures de marées, saignées de l’âme et sang de lune. Ou laitance. Ou lactescence. Colostrum d’Aphrodite.
Oh, Mathilde,
Je renonce.
Je t’ai aimée.
Je t’ai plus aimée que je le saurais le dire,
Et beaucoup moins bien.


Anna Gavalda, La vie en mieux

Voir les commentaires

Il restera…

9 Septembre 2015, 04:02am

Publié par vertuchou

La machine à laver du temps
peut effacer les souvenirs d’amour,
le vent peut dessécher
l’humide des baisers…
Il restera au fond de nos regards
le halo d’un sourire.

La poussière des jours
peut irriter les yeux,
le fleuve d’habitude nous rouiller…
Restera dans le noir
un éclat de sourire.

Il restera qu’on s’est aimé.

Armand Monjo

Voir les commentaires

Concertos n° 2 et 3 pour piano

8 Septembre 2015, 03:36am

Publié par vertuchou

Voir les commentaires

Fantôme marin

7 Septembre 2015, 04:29am

Publié par vertuchou

Mais moi j’étais couché sur le pont du bateau,
Et regardais, l’œil rêveur,
Sous la surface de l’eau claire comme un miroir,
Et regardais plus profond, plus profond –
Jusqu’à ce qu’aux profondeurs de la mer,
Au début comme un crépuscule brouillé
Mais aux couleurs de plus en plus certaines,
Apparussent des coupoles et des tours,
Et enfin, claire comme le soleil, une ville entière,
Médiévale, néerlandaise,
Où des gens vivaient.
Des hommes pensifs, en manteaux noirs,
En collerettes blanches, rubans et médailles,
Et de longues dagues et de longs visages,
Marchent, dans le tourbillon de la place du marché
Vers les hauts escaliers de la mairie,
Où les statues en pierre de l’empereur
Montent la garde avec sceptre et épée.
Non loin, devant de longues rangées de maisons,
Aux fenêtres claires comme des miroirs
Et des tilleuls taillés en pyramide,
Passent des jeunes filles dans un froissement de soie,
Petits corps minces, visages en fleur
Encadrés comme il faut de petits bonnets noirs
Et les cheveux d’or s’en déversent.
Des compagnons bariolés dans des tenues espagnoles
Paradent devant elles et hochent la tête.
Des femmes âgées,
Dans les robes brunes d’un âge disparu,
Livre de messe et rosaire à la main,
Se pressent, trottinent,
Vers la grande cathédrale,
Poussées par le son des cloches,
Et le mugissement de l’orgue.

Moi-même me saisit le mystérieux frisson
Que cause ce son lointain !
Une infinie langueur, une douleur profonde
Envahissent mon cœur,
Mon cœur à peine guéri ; –
C’est comme si toutes ses
Blessures, baisées par les lèvres chères, se rouvraient,
Et se remettaient à saigner
Des gouttes chaudes, rouges,
Qui tombent longtemps, lentement
Sur une vieille maison, tout en bas
Dans la profonde ville marine,
Sur une vieille maison aux hauts pignons,
Mélancolique et vide de gens,
Sinon, à la fenêtre du bas,
Une fille assise,
La tête appuyée sur le bras,
Comme une pauvre enfant oubliée –
Et je te connais, pauvre enfant oubliée !

Tout au fond, au fond de la mer,
Tu te cachais donc de moi,
Par un caprice d’enfant,
Et tu ne pouvais remonter à la surface,
Et tu demeurais étrangère parmi des étrangers
Durant des centaines d’années,
Pendant que moi, l’âme épouvantée
Par toute la terre je te cherchais
Et toujours te cherchais,
Toi toujours aimée,
Toi depuis longtemps perdue,
Toi enfin retrouvée –
Je t’ai retrouvée et de nouveau je regarde

Ton doux visage,
Tes bons yeux fidèles,
Le cher sourire –
Et plus jamais je ne veux te quitter,
Et je descends vers toi,
Et les bras ouverts
Je me jette contre ton cœur –

Mais juste à temps encore
Le capitaine m’a attrapé par le pied,
Et m’a tiré sur le pont du bateau,
Et s’est écrié avec un mauvais rire :
« Docteur, mais vous êtes au diable ? »

Heinrich Heine

Voir les commentaires

Par la pensée

6 Septembre 2015, 04:05am

Publié par vertuchou

Te penser

et penser à toi

et penser à toi toute entière et

penser au te-boire

et penser au t’aimer

et penser à l’espérer

et espérer et encore

et toujours plus espérer

le te-revoir-toujours

Ne pas te voir

et par la pensée

non seulement te penser

mais aussi déjà te boire

et déjà t’aimer

Et alors seulement ouvrir les yeux

et par la pensée

d’abord te voir

et puis te penser

et puis de nouveau t’aimer

et de nouveau te boire

et puis

te voir de plus en plus belle

et puis te voir penser

et penser

que je te vois

Et voir que je peux te penser

et sentir ta présence

quand bien même

je ne peux te voir avant longtemps

Erich Fried

Voir les commentaires

L'instant de grâce

5 Septembre 2015, 04:22am

Publié par vertuchou

Dans nos mains,
On serre les mêmes rêves, les mêmes intentions,
Dessinant les contours d'un seul horizon,
Oh, Dieu que c'est bon...

Sous nos yeux,
La foule qui s'avance dans un mélange,
Faire partir de la danse, saisir le mouvement,
Oh, Dieu que c'est grand...

C'est ici, je le sens... C'est L'instant...
C'est ici et maintenant!
Que tout se passe....
A la merci d'un présent, que rien ne menace.

En ce point culminant, et qui nous dépasse,
C'est ici et maintenant!
L'instant de grâce...

Sous nos peaux, sa fait battre le sang,
Sa le change en or.
Et suspendre le temps comme une petite mort,
Oh, Dieu que c'est fort...

C'est trop court,
Ces moments de magie, qu'ils durent toujours...
On espère l'infini, allé sans retour à l'amour.

C'est ici, je le sens... C'est l'instant...
C'est ici et maintenant!
Que tout se passe...
A la merci d'un présent, que rien ne menace.

En ce point culminant, et qui nous dépasse,
C'est ici et maintenant!
C'est ici et maintenant!
L'instant de grâce...

C'est ici et maintenant!
Que tout se passe,
C'est ici et maintenant!
L'instant de grâce...

Julie Zenatti

Voir les commentaires

Le Cloisonné de théâtre (détail)

4 Septembre 2015, 04:07am

Publié par vertuchou

Aloïse Corbaz, le Cloisonné de théâtre (détail)

Aloïse Corbaz, le Cloisonné de théâtre (détail)

Voir les commentaires

Brise marine

3 Septembre 2015, 04:34am

Publié par vertuchou

La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D'être parmi l'écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce coeur qui dans la mer se trempe,
O nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l'ancre pour une exotique nature !
Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l'adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages,
Sont-ils de ceux qu'un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, ni fertiles îlots.
Mais, ô mon coeur, entends le chant des matelots.

Stéphane Mallarmé

Voir les commentaires

La poésie n'est pas incompréhensible

2 Septembre 2015, 03:58am

Publié par vertuchou

La poésie n'est pas incompréhensible, elle est inexplicable.

Octavio Paz

Voir les commentaires

Poésie verticale VI, 20

1 Septembre 2015, 04:08am

Publié par vertuchou

Se taire est peut-être une musique,

une mélodie différente,

qui se brode en fils d'absence

sur l'envers d'un étrange tissu.

L'imagination est l'histoire vraie du monde,

la lumière fait pression vers le bas.

La vie se répand soudain par un fil épars.

Se taire peut être une musique

ou le vide aussi,

puisque parler c'est le couvrir.

Ou se taire est peut-être

la musique du vide.

Roberto Juarroz,

Voir les commentaires