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Mon Amie La Rose

8 Janvier 2016, 04:12am

Publié par vertuchou

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin
A l'aurore je suis née
Baptisée de rosée
Je me suis épanouie
Heureuse et amoureuse
Aux rayons du soleil
Me suis fermée la nuit
Me suis réveillée vieille

Pourtant j'étais très belle
Oui j'étais la plus belle
Des fleurs de ton jardin

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Me l'a dit ce matin
Vois le dieu qui m'a faite
Me fait courber la tête
Et je sens que je tombe
Et je sens que je tombe
Mon cœur est presque nu
J'ai le pied dans la tombe
Déjà je ne suis plus

Tu m'admirais hier
Et je serai poussière
Pour toujours demain.

On est bien peu de chose
Et mon amie la rose
Est morte ce matin
La lune cette nuit
A veillé mon amie
Moi en rêve j'ai vu
Éblouissante et nue
Son âme qui dansait
Bien au-delà des nues
Et qui me souriait

Crois celui qui peut croire
Moi, j'ai besoin d'espoir
Sinon je ne suis rien

Ou bien si peu de chose
C'est mon amie la rose
Qui l'a dit hier matin.

Françoise Hardy

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Opération âme

7 Janvier 2016, 04:35am

Publié par vertuchou

Il y a ceux qui s'adonnent aux matérialisations...
La grande affaire! Moi je m'adonne aux dématérialisations.
Aux subjectivations d'objets.
Y compris de sourires,
comme celui que tu m'adressas un jour du bleu le plus pur de tes yeux
Et nous ne sommes jamais revus. (À vrai dire, on ne se revoit jamais...) Cependant,
il y a longtemps que ce sourire appartient à certains états du ciel,
à certains instants de sereine, d'inexplicable joie,
de la même manière qu'un vol solitaire esquisse un geste d'adieu dans le paysage,
ou qu'un lacet du chemin,
anonyme,
devient parfois le souvenir le plus mémorable de tout un tour du monde !

Mário Quintana

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Cry me a river

6 Janvier 2016, 04:33am

Publié par vertuchou

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On apprend

5 Janvier 2016, 04:35am

Publié par vertuchou

On apprend l’Eau par la soif
Et la Terre par les Voyages en mer –
La Passion – par les affres
Et la Paix – par les récits de guerre –
L’Amour – par la Mort
Et les oiseaux – par l’Hiver.

Emily Dickinson

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Reste ainsi

4 Janvier 2016, 04:31am

Publié par vertuchou

Reste ainsi, je veux te regarder, je t'ai tellement regardé,

mais tu n'étais pas pour moi, et à présent tu es pour moi,

ne t'approche, pas je t'en prie, reste comme tu es,

nous avons une nuit pour nous seuls, et je veux te regarder.....


Alessandro Baricco, Soie

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Le paresseux

3 Janvier 2016, 04:38am

Publié par vertuchou

Continueront leurs voyages choses
de métal entre les étoiles,
monteront des gens exténués,
violenteront la douce lune
pour y fonder leurs pharmacies.

En ce temps de pleine vendange
le vin commence alors à vivre
de la mer à la Cordillère.
Au Chili dansent les cerises,
chantent les fillettes obscures
et dans les guitares l’eau brille.

Le soleil touche toute porte
et fait miracles de tout blé
le premier vin de teinte rosée,
il est doux comme un enfant tendre,
le second vin lui est robuste
comme la voix d’un marinier
le troisième vin est une topaze,
coquelicot et incendie.

Ma maison compte mer et terre
et ma femme a d’immenses yeux
couleur des noisettes sylvestres,
lorsque survient la nuit la mer
se pare de blanc et de vert
bientôt la lune dans l’écume
rêve en fiancée océane.

Je ne veux changer de planète.

Pablo Neruda

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Vive l’amour

2 Janvier 2016, 03:54am

Publié par vertuchou

Niki de Saint Phalle, Vive l’amour, 1990

Niki de Saint Phalle, Vive l’amour, 1990

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Madrigal

1 Janvier 2016, 04:32am

Publié par vertuchou

Si c'est aimer, Madame, et de jour, et de nuit
Rêver, songer, penser le moyen de vous plaire,
Oublier toute chose, et ne vouloir rien faire
Qu'adorer et servir la beauté qui me nuit :

Si c'est aimer que de suivre un bonheur qui me fuit,
De me perdre moi même et d'être solitaire,
Souffrir beaucoup de mal, beaucoup craindre et me taire,
Pleurer, crier merci, et m'en voir éconduit :

Si c'est aimer que de vivre en vous plus qu'en moi même,
Cacher d'un front joyeux, une langueur extrême,
Sentir au fond de l'âme un combat inégal,
Chaud, froid, comme la fièvre amoureuse me traite :

Honteux, parlant à vous de confesser mon mal !
Si cela est aimer : furieux je vous aime :
Je vous aime et sait bien que mon mal est fatal :
Le coeur le dit assez, mais la langue est muette.

Pierre de Ronsard

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La poésie est le journal

31 Décembre 2015, 04:29am

Publié par vertuchou

La poésie est le journal d'un animal marin qui vit sur terre et qui voudrait voler.
— Carl Sandburg

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J’arrive où je suis étranger

30 Décembre 2015, 04:34am

Publié par vertuchou

Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger
Un jour tu passes la frontière
D’où viens-tu mais où vas-tu donc
Demain qu’importe et qu’importe hier
Le cœur change avec le chardon
Tout est sans rime ni pardon
Passe ton doigt là sur ta tempe
Touche l’enfance de tes yeux
Mieux vaut laisser basses les lampes
La nuit plus longtemps nous va mieux
C’est le grand jour qui se fait vieux
Les arbres sont beaux en automne
Mais l’enfant qu’est-il devenu
Je me regarde et je m’étonne
De ce voyageur inconnu
De son visage et ses pieds nus
Peu a peu tu te fais silence
Mais pas assez vite pourtant
Pour ne sentir ta dissemblance
Et sur le toi-même d’antan
Tomber la poussière du temps
C’est long vieillir au bout du compte
Le sable en fuit entre nos doigts
C’est comme une eau froide qui monte
C’est comme une honte qui croît
Un cuir à crier qu’on corroie
C’est long d’être un homme une chose
C’est long de renoncer à tout
Et sens-tu les métamorphoses
Qui se font au-dedans de nous
Lentement plier nos genoux
O mer amère ô mer profonde
Quelle est l’heure de tes marées
Combien faut-il d’années-secondes
A l’homme pour l’homme abjurer
Pourquoi pourquoi ces simagrées
Rien n’est précaire comme vivre
Rien comme être n’est passager
C’est un peu fondre comme le givre
Et pour le vent être léger
J’arrive où je suis étranger

Louis Aragon

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