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Coups de cœur
Palpar / Toucher
Mis manos
abren las cortinas de tu ser
te visten con otra desnudez
descubren los cuerpos de tu cuerpo
Mis manos
inventan otro cuerpo a tu cuerpo
Octavio Paz
Mes mains
ouvrent les rideaux de ton être
t'habillent d'une autre nudité
découvrent les corps de ton corps
Mes mains
inventent dans ton corps un autre corps
L'île Hélène
Assis sur un banc devant l'océan
Devant l'océan égal à lui-même
Un homme pensif, se masse les tifs
Interrogatif, à quoi pense-t-il ?
A quoi pense-t-il livré à lui-même ?
Il pense à son île, son île Hélène
Est-ce que l'île l'aime
Assis sur un banc devant l'océan
L'océan jamais tout à fait le même
Dans le bruit lascif autour des récifs
Que la vague enchaîne
A quoi rêve-t- il l'éternel bohème ?
Il rêve à une île dont le littoral
A le pur profil de l'amour total
Assis sur un banc devant l'océan
Devant globalement la terre tout entière
Qui jamais n'enterre ses haches de guerre
Ou si peu si guère que c'est faire semblant
Il pense que le vent fraîchit sur sa joue
Il pense que l'amour sait vous mettre en joue
Ban ban ban
Il pense surtout devant l'océan
Bel esclave bleu qui remue ses chaînes
Il pense à son île à son île Hélène
Est-ce que l'île l'aime
Pense-t-elle à son il ?
Claude Nougaro
Plus jamais il ne se quittèrent
"Plus jamais il ne se quittèrent. L’un était le guide, l’autre était sa lumière.
Et si parfois, il lui arrivait de la regarder avec ses yeux,
Marisol ne le vit jamais qu’avec son cœur."
Jacques de Loustal et Tonino Benacquista,
Les amours insolentes, 17 variations sur le couple
Jasmin
Au creux de mon épaule
J’aime tes yeux quand j’y lis un tendre désir,
Et que tu te blottis au creux de mon épaule,
Je sens ta joue douce de velours qui me frôle
Et ta lèvre dans mon cou me fait tressaillir.
Puis je sens ton corps reposant entre mes bras
Dont la sève bouillonne sous la chair dorée,
Et ton doux parfum, ses effluves m’enivrer,
Donnant la fièvre et l’ivresse de tes appas.
Je crois mon Amour que nous dormirons très tard,
Je suis jaloux de ton sommeil et de tes rêves,
Je veux blanchir les noirs ténèbres et sans trêve
T’aimer, et que cette nuit reste en nos mémoires.
Gérard Bollon
La poésie est le journal
La poésie est le journal d’un animal marin
qui vit sur terre et qui voudrait voler
Carl Sandburg
Canzoniere, Sonnet 133
Si ce n’est pas de l’amour, qu’est-ce donc que je ressens ?
Mais si c’est de l’amour, pardieu, quelle chose est-ce ?
Si elle est bonne, d’où vient cet effet âpre et mortel ?
Si elle est mauvaise, d’où vient que chaque tourment est si doux ?
Si je brûle parce que je le veux, pourquoi ces pleurs et ces lamentations ?
Si c’est contre mon gré, à quoi sert de me plaindre ?
Oh mort vivante, oh mal délectable
comment as-tu tant de pouvoir sur moi, si je ne le permets pas ?
Et si je le permets, c’est à grand tort que je me plains.
Par des vents si contraires dans une frêle barque
je me trouve en haute mer sans gouvernail,
si légère de savoir, si chargée d’erreur
que je ne sais moi-même ce que je veux pour moi
je tremble en plein été, et je brûle en hiver.
Francesco Petrarque,
Paysage bord de mer
Tu m'as trouvé
Tu m’as trouvé comme un caillou que l’on ramasse sur la place
Comme un bizarre objet perdu dont nul ne peut dire l’usage
Comme l’algue sur un sextant qu’échoue à terre la marée
Comme à la fenêtre un brouillard qui ne demande qu’à entrer
Comme le désordre d’une chambre d’hôtel qu’on n’a pas faite
Un lendemain de carrefour dans les papiers gras de la fête
Un voyageur sans billet assis sur le marchepied du train
Un ruisseau dans leur champ détourné par les mauvais riverains
Une bête des bois que les autos ont prise dans leurs phares
Comme un veilleur de nuit qui s’en revient dans le matin blafard
Comme un rêve mal dissipé dans l’ombre noire des prisons
Comme l’affolement d’un oiseau fourvoyé dans la maison
Comme au doigt de l’amant trahi la marque rouge d’une bague
Une voiture abandonnée au milieu d’un terrain vague
Comme une lettre déchirée éparpillée au vent des rues
Comme le hâle sur les mains qu’a laissé l’été disparu
Comme le regard blessé de l’être qui voit qu’il s’égare
Comme les bagages laissés en souffrance dans une gare
Comme une porte quelque part ou peut-être un volet qui bat
Le sillon pareil du cœur et de l’arbre où la foudre tomba
Une pierre au bord de la route en souvenir de quelque chose
Un mal qui n’en finit pas plus que la couleur des ecchymoses
Comme au loin sur la mer la sirène inutile d’un bateau
Comme longtemps après dans la chair la mémoire du couteau
Comme le cheval échappé qui boit l’eau sale d’une mare
Comme un oreiller dévasté par une nuit de cauchemars
Comme une injure au soleil avec de la paille dans les yeux
Comme la colère à revoir que rein n’a changé sous les cieux
Tu m’as trouvé dans la nuit comme une parole irréparable
Comme un vagabond pour dormir qui s’était couché dans l’étable
Comme un chien qui porte un collier aux initiales d’autrui
Un homme des jours d’autrefois empli de fureur et de bruit.
Louis Aragon


