Nous inscrivons notre nom
Nous inscrivons notre nom
dans tout ce qui passe
bribe
parcelle
miracle
rompu
recréé
à chaque lettre
Nous inscrivons notre nom dans les poitrines
au creux des souffles
que nous ne connaîtrons jamais
Jeanne Benameur
Coups de cœur
Nous inscrivons notre nom
dans tout ce qui passe
bribe
parcelle
miracle
rompu
recréé
à chaque lettre
Nous inscrivons notre nom dans les poitrines
au creux des souffles
que nous ne connaîtrons jamais
Jeanne Benameur
En vain le jour succède au jour,
Ils glissent sans laisser de trace ;
Dans mon âme rien ne t'efface,
Ô dernier songe de l'amour !
Je vois mes rapides années
S'accumuler derrière moi,
Comme le chêne autour de soi
Voit tomber ses feuilles fanées.
Mon front est blanchi par le temps ;
Mon sang refroidi coule à peine,
Semblable à cette onde qu'enchaîne
Le souffle glacé des autans.
Mais ta jeune et brillante image,
Que le regret vient embellir,
Dans mon sein ne saurait vieillir
Comme l'âme, elle n'a point d'âge.
Non, tu n'as pas quitté mes yeux;
Et quand mon regard solitaire
Cessa de te voir sur la terre,
Soudain je te vis dans les cieux.
Là, tu m'apparais telle encore
Que tu fus à ce dernier jour,
Quand vers ton céleste séjour
Tu t'envolas avec l'aurore.
Ta pure et touchante beauté
Dans les cieux même t'a suivie ;
Tes yeux, où s'éteignait la vie,
Rayonnent d'immortalité !
Du zéphyr l'amoureuse haleine
Soulève encor tes longs cheveux ;
Sur ton sein leurs flots onduleux
Retombent en tresses d'ébène,
L'ombre de ce voile incertain
Adoucit encor ton image,
Comme l'aube qui se dégage
Des derniers voiles du matin.
Du soleil la céleste flamme
Avec les jours revient et fuit ;
Mais mon amour n'a pas de nuit,
Et tu luis toujours sur mon âme.
C'est toi que j'entends, que je vois,
Dans le désert, dans le nuage;
L'onde réfléchit ton image;
Le zéphyr m'apporte ta voix.
Tandis que la terre sommeille,
Si j'entends le vent soupirer,
Je crois t'entendre murmurer
Des mots sacrés à mon oreille.
Si j'admire ces feux épars
Qui des nuits parsèment le voile,
Je crois te voir dans chaque étoile
Qui plaît le plus à mes regards.
Et si le souffle du zéphyr
M'enivre du parfum des fleurs.
Dans ses plus suaves odeurs
C'est ton souffle que je respire.
C'est ta main qui sèche mes pleurs,
Quand je vais, triste et solitaire,
Répandre en secret ma prière
Près des autels consolateurs.
Quand je dors, tu veilles dans l'ombre ;
Tes ailes reposent sur moi ;
Tous mes songes viennent de toi,
Doux comme le regard d'une ombre.
Pendant mon sommeil, si ta main
De mes jours déliait la trame,
Céleste moitié de mon âme,
J'irais m'éveiller dans ton sein !
Comme deux rayons de l'aurore,
Comme deux soupirs confondus,
Nos deux âmes ne forment plus
Qu'une âme, et je soupire encore !
Alphonse de Lamartine
Comme je t'aime, mon cher amour ! Je ne puis élaguer de mon esprit ton image chérie
et sans cesse ton nom est sur mes lèvres. Tu m'as prise toute entière par tes caresses,
par tes baisers et désormais je suis à toi, rien qu'à toi, le sais-tu ?
Tu as emporté tout mon cœur avec toi. Que n'as-tu aussi emporté tout mon corps ?
Pourquoi faut-il que de nouveau je sois privée de cet amour qui fait ma joie ?
Mademoiselle S. Lettres d'amour 1928-1930
Et je l’ai rêvé et le rêve,
Un jour le rêverai encore,
Tout se répétera, tout se réalisera,
Vous rêverez tout ce que j’ai vu en rêve.
Là-bas, de notre côté, du côté du monde
La vague poursuit la vague et bat le rivage,
Et sur la vague l’étoile, l’homme et l’oiseau,
Et le rêve, le réel et la mort – vague après vague.
Pas besoin de date : j’étais et je serai,
La vie est le miracle des miracles, et sur mes genoux
Comme un orphelin j’assois ce miracle,
Seul au milieu des miroirs – dans le cercle des reflets
Des mers et des villes qui rayonnent en miracle.
Et la mère garde son enfant sur les genoux. En larmes.
Arseni Aleksandrovitch Tarkovski.
Et Nostradamus et Rombure,
Et tous les devins plus vantés
Ont été par toi fréquentés
Pour savoir ta bonne aventure ;
Ils ont prédit que tu serais
Un jour plus haut que tous les rois,
Et voici qu'on te mène pendre
N'ont ils pas dit la vérité ?
Car tu t'en vas si hautement,
Que nul ne peut si haut prétendre.
Guillaume Bouchet
En poésie, il faut chercher la lumière... même si l'on doit descendre très profond.
Ile Eniger
Je vais mourir ce soir
Dans mon lit, dans le noir,
Les yeux fermés, le coeur brûlant et plein de fièvre.
J'aurai le souffle court et des frémissements,
Des plaintes étouffées et des gémissements
Quand, pour ne pas crier, je me mordrai les lèvres.
La sueur coulera le long de mes cheveux
Et, dans l'épuisement des ultimes minutes,
A l'heure de l'envol, à l'instant de ma chute,
Je te murmurerai mon tout dernier aveu :
En cet instant suprême,
Je te dirai: "je t'aime!"
Je veux mourir ce soir
Dans tes bras, dans le noir,
Pour mieux renaître à la lumière
Lorsque tu baiseras le sel de mes paupières.
Michèle Lavalette