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Coups de cœur
Qui suis-je ?
Les étoiles n’avaient qu’un rôle :
M’apprendre à lire
J’ai une langue dans le ciel
Et sur terre, j’ai une langue
Qui suis-je ? Qui suis-je ?
Je ne veux pas répondre ici
Une étoile pourrait tomber sur son image
La forêt des châtaigniers, me porter de nuit
Vers la voie lactée, et dire
Tu vas demeurer là
Le poème est en haut, et il peut
M’enseigner ce qu’il désire
Ouvrir la fenêtre par exemple
Gérer ma maison entre les légendes
Et il peut m’épouser. Un temps
Et mon père est en bas
Il porte un olivier vieux de mille ans
Qui n’est ni d’Orient, ni d’Occident
Il se repose peut-être des conquérants
Se penche légèrement sur moi
Et me cueille des iris
Le poème s’éloigne
Il pénètre un port de marins qui aiment le vin
Ils ne reviennent jamais à une femme
Et ne gardent regrets, ni nostalgie
Pour quoi que ce soit
Je ne suis pas encore mort d’amour
Mais une mère qui voit le regard de son fils
Dans les œillets, craint qu’il ne blessent le vase
Puis elle pleure pour conjurer l’accident
Et me soustraire aux périls
Que je vive, ici là
Le poème est dans l’entre-deux
Et il peut, des seins d’une jeune fille, éclairer les nuits
D’une pomme, éclairer deux corps
Et par le cri d’un gardénia
Restituer une patrie
Le poème est entre mes mains, et il peut
Gérer les légendes par le travail manuel
Mais j’ai égaré mon âme
Lorsque j’ai trouvé le poème
Et je lui ai demandé
Qui suis-je ?
Qui suis-je ?
Mahmoud Darwich
Suite en ré mineur. HWV 447
Fût-ce en mille éclats
Fût-ce en mille éclats
elle est toujours là
la lune dans l'eau !
Ueda Chôshû
Et quand, finalement, on sera ensemble
Et quand, finalement, on sera ensemble, je veux que tu m'enlaces.
Enlace-moi toute la nuit. Caresse mes cheveux.
Dis-moi que je suis une femme et montre-moi que tu es un homme.
Jusqu'à ce qu'il y ait que maintenant. Toi et moi… et maintenant.
Je ne demande pas qu'on m'explique la nuit.
Je l'attends et elle m'enveloppe.
Et tu es comme le pain, la lumière et l'ombre.
Pablo Neruda, J'avoue que j'ai vécu
Le rendez-vous
Au rendez-vous donné je viendrai
En retard. Je tiendrai sous mon bras
Le printemps. Mes cheveux seront gris.
Tu me l’avais fixé sur les cimes !
Je marcherai pendant des années,
Comme avant Ophélie aime l’algue !
Traverser les montagnes, les rues,
Traverser les âmes et les mains.
Longue à vivre la terre ! Broussaille
De sang ! Chaque goutte une lagune.
Mais parmi l’herbe à jamais
Ruisselle la face d’Ophélie.
Là, par les galets, gorgés de vase
Pour une gorgée de passion !
Je t’avais si hautement aimé :
Je me suis dans le ciel inhumée !
18 juin 1923
Marina Tsvétaïeva - 27 mai 1916
Ella Raines
Je vois tes yeux
Je vois tes yeux dessous telle planète
Qu'autre plaisir ne me peut contenter,
Sinon le jour, sinon la nuit chanter :
Allège-moi, ma plaisante brunette.
O liberté, combien je te regrette !
Combien le jour que je vois t'absenter,
Pour me laisser sans espoir tourmenter
En l'espérance, où si mal on me traite !
L'an est passé, le vingt-et-unième jour
Du mois d'avril, que je vins au séjour
De la prison où les Amours me pleurent ;
Et si ne vois (tant les liens sont forts)
Un seul moyen pour me tirer dehors,
Si par la mort toutes mes
Pierre de Ronsard
La poésie c'est vivre
Et Dieu crée la femme...
Pense aux plages, pense à la mer
Au lisse du ciel, aux nuages,
A tous cela devenant chair
Et dans le meilleur de son âge,
Pense aux tendres bêtes du bois,
Pense à leur peur sur tes épaules,
Aux sources que tu ne peux voir
Et dont le murmure t’isole,
Pense à tes plus profonds soupirs,
Ils deviendront un seul désir,
A ce dont tu chéris l’image,
Tu l’aimeras bien d’avantage.
Ce qui était beaucoup trop loin
Pour le parfum ou le reproche,
Tu vas voir comme il se rapproche
Se faisant femme jusqu’au lien,
Ce dont rêvaient tes yeux, ta bouche,
Tu vas voir comme tu le touches.
Elle aura des mains comme toi
Et pourtant combien différentes,
Elle aura des yeux comme toi
Et pourtant rien ne leur ressemble.
Elle ne te sera jamais
Complètement familière,
Tu voudras la renouveler
De mille confuses manières
Voilà, tu peux te retourner
C’est la femme que je te donne
Mais c’est à toi de la nommer,
Elle approche de ta personne.
Jules Supervielle
