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Composition

10 Septembre 2017, 03:12am

Publié par vertuchou

Ernest Mancoba, Composition, huile sur toile, H: 50 x 53. 50 cm

Ernest Mancoba, Composition, huile sur toile, H: 50 x 53. 50 cm

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Carmen

9 Septembre 2017, 02:57am

Publié par vertuchou

Carmen est maigre - un trait de bistre
Cerne son oeil de gitana.
Ses cheveux d'un noir sinistre,
Sa peau, le diable la tanna.

Les femmes disent qu'elle est laide,
Mais tus les hommes en sont fous:
Et l'archevêque de Tolède
Chante la messe à ses genoux;

Car sur sa nuque d'ambre fauve
Se tord un énorme chignon
Qui, dénoué, fait dans l'alcôve
Une mante à son corps mignon.

Et, parmi sa pâleur, éclate
Une bouche au rire vainqueur;
Piment rouge, fleur écarlate,
Qui prend sa pourpre au sang des coeurs.

Ainsi faite, la moricaude,
Bat les plus altières beautés,
Et de ses yeux la lueur chaude
Rend la flamme aux sasiétés.

Elle a, dans sa laideur piquante,
Un grain de sel de cette mer
D'où jaillit, nue et provocante,
L'âcre Vénus du gouffre amer.

Théophile Gautier

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Le poète perce

8 Septembre 2017, 03:07am

Publié par vertuchou

Le poète perce quelques trous dans l’os du langage pour en faire une flûte.

Ce n’est rien  mais ce rien parle de l’éternel.

Christian Bobin

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La mélancolie

7 Septembre 2017, 03:09am

Publié par vertuchou

" LA MELANCOLIE
C'est un' rue barrée
C'est c'qu'on peut pas dire
C'est dix ans d'purée
Dans un souvenir
C'est ce qu'on voudrait
Sans devoir choisir
LA MELANCOLIE
C'est un chat perdu
Qu'on croit retrouvé
C'est un chien de plus
Dans le mond' qu'on sait
C'est un nom de rue
Où l'on va jamais
LA MELANCOLIE
C'est se r'trouver seul
Plac' de l'Opéra
Quand le flic t'engueule
Et qu'il ne sait pas
Que tu le dégueules
En rentrant chez toi
C'est décontracté
Ouvrir la télé
Et r'garder distrait
Un Zitron' pressé
T'parler du tiercé
Que tu n'a pas joué
LA MELANCOLIE
LA MELANCOLIE
C'est voir un mendiant
Chez l'conseil fiscal
C'est voir deux amants
Qui lis'nt le journal
C'est voir sa maman
Chaqu' fois qu'on s'voit mal
LA MELANCOLIE
C'est revoir Garbo
Dans la rein' Christine
C'est revoir Charlot
A l'âge de Chaplin
C'est Victor Hugo
Et Léopoldine
LA MELANCOLIE
C'est sous la teinture
Avoir les ch'veux blancs
Et sous la parure
Fair' la part des ans
C'est sous la blessure
Voir passer le temps
C'est un chimpanzé
Au zoo d'Anvers
Qui meurt à moitié
Qui meurt à l'envers
Qui donn'rait ses pieds
Pour un revolver
LA MELANCOLIE
LA MELANCOLIE
C'est les yeux des chiens
Quand il pleut des os
C'est les bras du Bien
Quand le Mal est beau
C'est quelquefois rien
C'est quelquefois trop
LA MELANCOLIE
C'est voir dans la pluie
Le sourir' du vent
Et dans l'éclaircie
La gueul' du printemps
C'est dans les soucis
Voir qu'la fleur des champs
LA MELANCOLIE
C'est regarder l'eau
D'un dernier regard
Et faire la peau
Au divin hasard
Et rentrer penaud
Et rentrer peinard
C'est avoir le noir
Sans savoir très bien
Ce qu'il faudrait voir
Entre loup et chien
C'est un DESESPOIR
QU'A PAS LES MOYENS
LA MELANCOLIE
LA MELANCOLIE "

Léo Ferré

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Figure in the landscape

6 Septembre 2017, 03:08am

Publié par vertuchou

Anne Brigman, Figure in the landscape, 1923.

Anne Brigman, Figure in the landscape, 1923.

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Eloge de sa paresse

5 Septembre 2017, 02:53am

Publié par vertuchou

Marie, levez-vous, ma jeune paresseuse :
Jà la gaie alouette au ciel a fredonné
Et jà le rossignol doucement jargonné,
Dessus l'épine assis, sa complainte amoureuse.
Sus! Debout! Allons voir l'herbelette perleuse
Et votre beau rosier, de boutons couronné,
Et vos œillets mignons, auxquels aviez donné,
Hier au soir, de l'eau, d'une main si soigneuse.
Harsoir en vous couchant vous jurâtes vos yeux
D'être plus tôt que moi ce matin éveillée :
Mais le dormir de l'aube aux filles gracieux,
Vous tient d'un doux sommeil les yeux encore sillés,
Ca! ça! que je les baise, et votre beau tétin
Cent fois pour vous apprendre à vous lever matin.

Pierre de Ronsard

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Vinca l'attendait sur le pré de mer

4 Septembre 2017, 03:05am

Publié par vertuchou

Vinca l'attendait sur le pré de mer et cuisait paisiblement au soleil ses hautes jambes, ses bras déliés d'un brun roux de pain campagnard. Le bleu incomparable de ses yeux, sous le foulard, emplit Philippe d'une soif d'eau fraiche, d'un désir de lame salée et de brise. En même temps il contemplait la force évidente d'un corps chaque jour féminisé, les orteils ciselés finement, les longs muscles des cuisses et les reins fiers.
Ils plongèrent ensemble, et tandis que Vinca battait joyeusement des jambes et des bras le flot faible, et crachait l'eau en chantant, Philippe, pâle, luttait contre son frisson et nageait les dents serrées. Les pieds nus de Vinca ayant serré l'un de ses pieds, Phil cessa soudain de nager, coula à pic et reparut quelques secondes après.

Sidonie-Gabrielle Colette, Le blé en herbe

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Notre secret

3 Septembre 2017, 03:00am

Publié par vertuchou

Si tu ne me saisis pas bien
Soyons taciturnes ensemble
Que mon secret touche le tien
Que ton silence me ressemble.

- Jules Supervielle

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Ciaconna en do majeur pour violon et basse continue

2 Septembre 2017, 02:55am

Publié par vertuchou

Antonio Bertali (1605 -1669), Ciaconna en do majeur pour violon et basse continue

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Les serins et le chardonneret

1 Septembre 2017, 02:44am

Publié par vertuchou

Un amateur d'oiseaux avait, en grand secret,
Parmi les œufs d'une serine
Glissé l'œuf d'un chardonneret.
La mère des serins, bien plus tendre que fine,
Ne s'en aperçut point, et couva comme sien
Cet œuf qui dans peu vint à bien.
Le petit étranger, sorti de sa coquille,
Des deux époux trompés reçoit les tendres soins,
Par eux traité ni plus ni moins
Que s'il était de la famille.
Couché dans le duvet, il dort le long du jour
A côté des serins dont il se croit le frère,
Reçoit la becquée à son tour,
Et repose la nuit sous l'aile de la mère.
Chaque oisillon grandit, et, devenant oiseau,
D'un brillant plumage s'habille ;
Le chardonneret seul ne devient point jonquille,
Et ne s'en croit pas moins des serins le plus beau.
Ses frères pensent tout de même :
Douce erreur qui toujours fait voir l'objet qu'on aime
Ressemblant à nous trait pour trait !
Jaloux de son bonheur, un vieux chardonneret
Vient lui dire : Il est temps enfin de vous connaître ;
Ceux pour qui vous avez de si doux sentiments
Ne sont point du tout vos parents.
C'est d'un chardonneret que le sort vous fit naître.
Vous ne fûtes jamais serin : regardez-vous,
Vous avez le corps fauve et la tête écarlate,
Le bec... Oui, dit l'oiseau, j'ai ce qu'il vous plaira ;
Mais je n'ai point une âme ingrate,
Et mon cœur toujours chérira
Ceux qui soignèrent mon enfance.
Si mon plumage au leur ne ressemble pas bien,
J'en suis fâché ; mais leur cœur et le mien
Ont une grande ressemblance.
Vous prétendez prouver que je ne leur suis rien,
Leurs soins me prouvent le contraire :
Rien n'est vrai comme ce qu'on sent.
Pour un oiseau reconnaissant
Un bienfaiteur est plus qu'un père.

Jean-Pierre Claris de Florian.

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