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Coups de cœur
Il pleut
Il pleut,
Les vitres tintent.
Le vent de Mai fait dans le parc un bruit d’automne.
Une porte, en battant sans fin, grince une plainte
Mineure et monotone.
Il pleut…
On dirait par moments qu’un million d’épingles
Se heurte aux vitres et les cingle.
Il pleut,
Les vitres tintent.
Le ciel cache un à un ses coins légers de bleu
Sous de rapides nuées grises.
Il pleut :
La vie est triste !
— N’importe !
Souffle le vent, batte la porte,
Tombe la pluie !
N’importe !
J’ai dans mes yeux une clarté qui m’éblouit ;
J’ai dans ma vie un grand espace bleu ;
J’ai dans mon cœur un jardin vert ombré de palmes
Que balancent en plein azur les brises calmes :
Je songe à elle !
Il pleut…
— La vie est belle !
Fernand Gregh
La poésie c'est refuser
La poésie
c'est refuser la vie - partie par partie -
pour l'accepter toute entière –
André Du Bouchet
J'aimerais te dire que je serai là
Malgré tout
Malgré rien
Je marcherai de pair
Ne t'en fais pas
Au-delà des sens
De ce qui te chavire
Amours et espoirs
Déceptions et colères
Méchancetés et violences
Qu'importe
Je serai là
Dans le souvenir
Qui ruisselle sous la terre
Qui somnole dans le roc
Qui coule dans mes veines
Tu pourras
Tu pourras toujours
T'appuyer sur moi.
Dance 8
L'adieu
— J’irai sur la grève te jeter mon baiser.
— Le vent vient de mer, ma mie, il te le rapportera.
— Je te ferai des signes avec mon tablier.
— Le vent vient de mer, ma mie, ça reviendra sur toi.
— Je verserai mes larmes en te voyant partir.
— Le vent vient de mer, ma mie, il te les séchera.
— Eh bien, je penserai seulement à toi.
— Te voici raisonnable, te voici raisonnable.
Paul Fort
Je t'aime dans le temps
Je t'aime dans le temps. Je t'aimerai jusqu'au bout du temps.
Et quand le temps sera écoulé, alors, je t'aurai aimée.
Et rien de cet amour, comme rien de ce qui a été,
ne pourra jamais être effacé.
Jean d’ Ormesson, Un Jour je m'en irai sans en avoir tout dit
Abondance de toi
J’étais un amoureux
Et tu as retourné contre moi l’amour
Moi qui n’avais jamais cédé
Tu m’as cédé sur tout
O toi encore plus belle
Quand tu m’écailles avec tes plaintes
Mon regard change ta beauté
Ta beauté change mon regard
Au nom de l’amour que suis-je
Sinon abondance de toi
Fouad El-Etr
Rêve générale
Vieux éventails
J’aime les éventails fanés
Dont le lointain passé chagrine :
Dans le tombeau de leur vitrine
Ils dorment, les abandonnés !
D’où viennent-ils ? Quelles mains blanches
Les ont balancés, autrefois,
Dans les tête-à-tête du bois
Où le soleil dorait les branches ?
Quels sont les doigts très effilés
Qui les ouvraient, dites, grand’mères ?
De quelles amours éphémères
Ont-ils vu les chers défilés ?
Combien de tendres confidences
Ont-ils entendu, — doux secrets !
Les vieux éventails sont discrets
Au souvenir des contredanses,
Où doucement, très doucement,
Avec quelque nuance exquise
Le marquis disait en… mimant :
« Ne veux-tu pas être marquise ? »
Max Waller

