Fantasie Impromptu
Frédéric Chopin, Fantaisie-Impromptu en do dièse mineur, Opus posthume 66
Coups de cœur
Frédéric Chopin, Fantaisie-Impromptu en do dièse mineur, Opus posthume 66
O mon très cher amour, toi mon œuvre et que j'aime,
A jamais j'allumai le feu de ton regard,
Je t'aime comme j'aime une belle œuvre d'art,
Une noble statue, un magique poème.
Tu seras, mon aimée, un témoin de moi-même.
Je te crée à jamais pour qu'après mon départ,
Tu transmettes mon nom aux hommes en retard
Toi, la vie et l'amour, ma gloire et mon emblème;
Et je suis soucieux de ta grande beauté
Bien plus que tu ne peux toi-même en être fière:
C'est moi qui l'ai conçue et faite toute entière.
Ainsi, belle œuvre d'art, nos amours ont été
Et seront l'ornement du ciel et de la terre,
O toi, ma créature et ma divinité !
Guillaume Apollinaire
Le poème peut être une bouteille jetée à la mer, abandonnée à l’espoir
– certes souvent fragile – qu’elle pourra un jour, quelque part,
être recueillie sur une plage, sur la plage du cœur peut-être.
-- Paul Celan
si la poésie vient sans qu'on s'y attende
elle s'en va comme elle est venue, par surprise
et ce qu'elle nous laisse parfois c'est un lac
dans la province inconnue de l'Alberta
ce n'est en réalité que le souvenir
d'une photographie d'un atlas d'enfance
mais un moment sur ce lac on navigue
en compagnie d'un ami mort depuis longtemps
le soir tombe et le visage de l'Indien
qui lève la rame vers le ciel s'éclaire
et le sourire de l'ami devient si présent
qu'il est impossible enfin de douter
des sources de la lumière
Jean-Claude Pirotte
La luxure : naufrage, en abîme de honte,
De la force vitale. Pour s'assouvir
Elle ment, elle calomnie, trahit, assassine,
Elle est immodérée, sauvagement cruelle,
Et méprisée si tôt que satisfaite,
Follement poursuivie mais follement
Haïe, le hameçon qu'on a dans la bouche,
Fait pour que l'esprit sombre, par la douleur.
Et insensée à vouloir comme à prendre,
Rage de qui a eu, qui possède, qui cherche,
Désirée, un délice, éprouvée, un malheur,
Attendue, une joie, passée, l'ombre d'un songe,
Et cela, qui l'ignore ? Mais qui se garde,
De ce ciel qui nous voue à cet enfer ?
William Shakespeare
(traduction d'Yves Bonnefoy)
Qu'il me baise des baisers de sa bouche.
Tes amours sont plus délicieuses que le vin ; l'arôme de tes parfums est exquis ;
ton nom est une huile qui s'épanche, c'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.
Entraîne-moi sur tes pas, courons ! Le roi m'a introduite en ses appartements,
tu seras notre joie et notre allégresse.
Nous célébrerons tes amours plus que le vin; comme on a raison de t'aimer !
- Cantique des cantiques (traduction la Bible de Jérusalem).
Surgis d’une seule eau
Comme une jeune fille seule
Au milieu de ses robes nues
Comme une jeune fille nue
Au milieu des mains qui la prient
Je te salue
Je brûle d’une flamme nue
Je brûle de ce qu’elle éclaire
Surgis ma jeune revenante
Dans tes bras une île inconnue
Prendra la forme de ton corps
Ma souriante
Une île et la mer diminue
L’espace n’aurait qu’un frisson
Pour nous deux un seul horizon
Crois-moi surgis cerne ma vue
Donne la vie à tous mes rêves
Ouvre les yeux.
Paul Éluard
La poésie est le miroir brouillé de notre société.
Et chaque poète souffle sur ce miroir : son haleine différemment l'embue.
- Louis Aragon, Chronique du bel canto