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Les séparés

18 Mars 2016, 03:28am

Publié par vertuchou

N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon cœur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !

N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !

N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !

N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon cœur ;
Et que je les voix brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon cœur.
N'écris pas !

Marceline Desbordes-Valmore

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On dirait que ton nom est écrit dans l'air

17 Mars 2016, 03:26am

Publié par vertuchou

On dirait que ton nom est écrit dans l'air. Tu sens bon. Tu es somptueuse et douce. Tu es inaccessible, et très proche, et tout menue. Tu es une belle femme que l'on désire, et une petite fille que l'on est tout étonné de trouver dans ses bras.

Sois silencieuse si le silence te fait plaisir. Nous nous aimons mieux quand nous n’écrivons pas, car tous les mots sont un mensonge. Quand nous parlons nous trahissons notre âme. Il suffirait de se regarder. On sent des choses mais l'effort seul que l’on fait pour les exprimer est déjà une trahison.

Antonin Artaud, Lettres à Génica

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Elégie du matin

16 Mars 2016, 03:24am

Publié par vertuchou

Au début, j'avais promis de me taire
Mais plus tard, au matin,
Je vous ai vus sortir avec des sacs de cendre devant les portes
Et la répandre comme on sème le blé ;
N'y tenant plus, j'ai crié : Que faites-vous ? Que faites-vous ?
C'est pour vous que j'ai neigé toute la nuit sur la ville,
C'est pour vous que j'ai blanchi chaque chose toute la nuit - ô si
Vous pouviez comprendre comme il est difficile de neiger !
Hier soir, à peine étiez-vous couchés, que j'ai bondi dans l'espace
Il y faisait sombre et froid. Il me fallait
Voler jusqu'au point unique où
Le vide fait tournoyer les soleils et les éteint,
Tandis que je devais palpiter encore un instant dans ce coin,
Afin de revenir, neigeant parmi vous.
Le moindre flocon, je l'ai surveillé, pesé, éprouvé,
Pétri, fait briller du regard,
Et maintenant, je tombe de sommeil et de fatigue et j'ai la fièvre.
Je vous regarde répandre la poussière du feu mort
Sur mon blanc travail et, souriant, je vous annonce :
Des neiges bien plus grandes viendront après moi
Et il neigera sur vous tout le blanc du monde.
Essayez dès à présent de comprendre cette loi,
Des neiges gigantesques viendront après nous,
Et vous n'aurez pas assez de cendre.
Et même les tout petits enfants apprendront à neiger.
Et le blanc recouvrira vos piètres tentatives à le nier.
Et la terre entrera dans le tourbillon des étoiles
Comme un astre brûlant de neige.


Anna Blandiana

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Fantaisie en fa mineur, Op. 103, D 940

15 Mars 2016, 03:20am

Publié par vertuchou

La Fantaisie en fa mineur pour piano à quatre mains, opus 103, D. 940, de Franz Schubert

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Voir le Ciel d’Été

14 Mars 2016, 03:19am

Publié par vertuchou

Voir le Ciel d’Été
Est Poésie, bien qu’il ne soit point dans un Livre -
Les vrais Poèmes fuient -

Emily Dickinson

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L'émotion poétique

13 Mars 2016, 03:46am

Publié par vertuchou

L'émotion poétique est de l'ordre des révélations intimes, fragiles, précaires

et toujours recommencées..

Jean-Pierre Siméon

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Nous n’avons pas la réponse

12 Mars 2016, 03:15am

Publié par vertuchou

nous n’avons pas la réponse
aux questions que pose le silence
ni d’explication aux rêves
à peine devinons-nous certains signes

que savons-nous du miracle qui nous réunit
puis de ce qui lentement nous sépare
de ce qui se dit à travers nous
lorsque nous tentons d’écrire
de l’objet réel de notre quête
ou de ce qu’est la plus belle chose du monde

nous ne connaissons ni la part non vécue
de nos vies ni ce que nous ne sommes pas

ni même ce que nous sommes vraiment
ou ce que nous aurions pu être
nous ne connaissons ni la raison du soleil
ni le pourquoi du cercle de la terre du ciel
de la ronde des naissances et des morts
ni les autres noms du néant ceux de la lumière
ni même la vraie couleur du temps
ou les limites de l’âme
ou les chiffres liés à la disparition des astres
pas plus que le centième nom du rien


— Amina Saïd

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Le pont de Charing cross

11 Mars 2016, 03:16am

Publié par vertuchou

André Derain, le pont de Charing Cross, 1906

André Derain, le pont de Charing Cross, 1906

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A ma mère

10 Mars 2016, 03:13am

Publié par vertuchou

Ô ma mère, ce sont nos mères
Dont les sourires triomphants
Bercent nos premières chimères
Dans nos premiers berceaux d’enfants.

Donc reçois, comme une promesse,
Ce livre où coulent de mes vers
Tous les espoirs de ma jeunesse,
Comme l’eau des lys entr’ouverts !

Reçois ce livre, qui peut-être
Sera muet pour l’avenir,
Mais où tu verras apparaître
Le vague et lointain souvenir

De mon enfance dépensée
Dans un rêve triste ou moqueur,
Fou, car il contient ma pensée,
Chaste, car il contient mon cœur.

Théodore de Banville

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Au premier jour

9 Mars 2016, 03:55am

Publié par vertuchou

Au premier jour comment oser, comment savoir te dévêtir ?
Pourtant je voulais te saisir nu dans mes mains nues.
Tu as ri quand je me suis étonnée de la douceur
de ta peau ! Je n'en croyais pas mes paumes...
Avais-je jusqu'alors pensé que le corps d'un homme
devait être semblable aux vieilles écorces ? ...
Tu jaillis dans ma main comme un cri ; tu jaillis
dans l'anneau de mes doigts vers mon regard
que bouleverse cette parade... Que j'aime ce bien-être animal
qui te gonfle, cette croissance que je nourris et qui me comble.

Mireille Sorgue, l'Amant

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