Un poète
Un poète est un monde enfermé dans un homme.
Victor Hugo
Coups de cœur
Un poète est un monde enfermé dans un homme.
Victor Hugo
je te flore /
tu me faune /
je te peau / je te porte / et te fenêtre /
tu m’os / tu m’océan / tu m’audace / tu me météorite /
je te clé d’or / je t’extraordinaire / tu me paroxysme / tu me paroxysme / et me paradoxe / je te clavecin / tu me silencieusement / tu me miroir / je te montre / tu me mirage / tu m’oasis / tu m’oiseau / tu m’insecte / tu me cataracte / je te lune / tu me nuage / tu me marée haute / je te transparente / tu me pénombre / tu me translucide / tu me château vide / et me labyrinthe / tu me parallaxes / et me parabole / tu me debout / et couché / tu m’oblique / je t’équinoxe / je te poète / tu me danse / je te particulier / tu me perpendiculaire / et sous pente / tu me visible / tu me silhouette / tu m’infiniment / tu m’indivisible / tu m’ironie / je te fragile / je t’ardente / je te phonétiquement / tu me hiéroglyphe / tu m’espace / tu me cascade / je te cascade à mon tour / mais toi / tu me fluide / tu m’étoile filante / tu me volcanique / nous nous pulvérisable / nous nous scandaleusement / jour et nuit / nous nous aujourd’hui même / tu me tangente / je te concentrique / concentrique / tu me soluble / tu m’insoluble / en m’asphyxiant / et me libératrice / tu me pulsatrice / pulsatrice / tu me vertige / tu m’extase / tu me passionnément / tu m’absolu / je t’absente / tu m’absurde / je te marine / je te chevelure / je te hanche / tu me hantes / je te poitrine / je buste ta poitrine / puis ton visage / je te corsage / tu m’odeur / tu me vertige / tu glisses / je te cuisse / je te caresse / je te frissonne / tu m’enjambes / tu m’insupportable / je t’amazone / je te gorge / je te ventre / je te jupe / je te jarretelle / je te peins / je te bach / pour clavecin / sein / et flûte / je te tremblante / tu m’as séduit / tu m’absorbes / je te dispute / je te risque / je te grimpe / tu me frôles / je te nage / mais toi / tu me tourbillonnes / tu m’effleures / tu me cerne / tu me chair cuir peau et morsure / tu me slip noir / tu me ballerine rouge / et quand tu ne haut talon pas mes sens / tu es crocodile / tu es phoque / tu es fascine / tu me couvres / et je te découvre / je t’invente / parfois / tu te livres / tu me lèvre humide / je te délivre / je te délire / tu me délire / et passionne / je t’épaule / je te vertèbre / je te cheville / je te cil et pupille / et si je n’omoplate pas / avant mes poumons / même à distance / tu m’aisselle / je te respire / jour et nuit / je te respire / je te bouche / je te baleine / je te dent / je te griffe / je te vulve / je te paupière / je te haleine / je t’aime / je te sens / je te cou / je te molaire / je te certitude / je te joue / je te veine / je te main / je te sueur / je te langue / je te nuque / je te navigue / je t’ombre / je te corps / je te fantôme /
je te rétine / dans mon souffle / tu t’iris /
je t’écris /
tu me penses
Ghérasim Luca
J’ai dans mon coeur, dont tout voile s’écarte,
Deux bancs d’ivoire, une table en cristal,
Où sont assis, tenant chacun leur carte,
Ton faux amour et mon amour loyal.
J’ai dans mon coeur, dans mon coeur diaphane,
Ton nom chéri qu’enferme un coffret d’or ;
Prends-en la clef, car nulle main profane
Ne doit l’ouvrir ni ne l’ouvrit encore.
Fouille mon coeur, ce coeur que tu dédaigne
Et qui pourtant n’est peuplé que de toi,
Et tu verras, mon amour, que tu règnes
Sur un pays dont nul homme n’est roi !
Théophile Gautier
C’étaient des mains d’une beauté très rare, extraordinairement longues,
extraordinairement minces, et pourtant traversées de muscles extrêmement rigides
– des mains très blanches, avec, au bout, des ongles pâles, aux dessus nacrés
et délicatement arrondis.
Je les ai regardées toute la soirée, oui, je les ai regardées avec une surprise
toujours nouvelle, ces mains extraordinaires, vraiment uniques ;
mais ce qui d’abord me surprit d’une manière si terrifiante, c’était leur fièvre,
leur expression follement passionnée, cette façon convulsive de s’étreindre
et de lutter entre elles.
Stefan Zweig, Vingt-quatre heures dans la vie d'une femme
Je ferai provision de toi
tes bras ouverts
comme un chant
l'aile du ciel à tes yeux
et la pensée de tes courants
Je me poserai sur ton ventre
où la nacre et la bruyère
le miel et la colère parlent à haute voix
Je ferai provision de toi
avant de quitter la maison mortelle du temps
son pays des vies passantes
et cette cendre qu'on devine
derrière les joies les plus profondes
Je ferai provision de toi
tes bras ouverts
comme un chant
à l'orée sensible du plaisir
je ferai provision de toi
de tes yeux
de tes pensées
de tes courants
Aujourd'hui dans tes bras j'ai demeuré pâmée,
Aujourd'hui, cher Tirsis, ton amoureuse ardeur
Triomphe impunément de toute ma pudeur
Et je cède aux transports dont mon âme est charmée.
Ta flamme et ton respect m'ont enfin désarmée ;
Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur
Et je ne connais plus de vertu ni d'honneur
Puisque j'aime Tirsis et que j'en suis aimée.
ô vous, faibles esprits, qui ne connaissez pas
Les plaisirs les plus doux que l'on goûte ici-bas,
Apprenez les transports dont mon âme est ravie !
Une douce langueur m'ôte le sentiment,
Je meurs entre les bras de mon fidèle Amant,
Et c'est dans cette mort que je trouve la vie.
Marie-Catherine de Villedieu
Le métier de poète n’est pas inutile, ni fou, ni frivole. Les poètes sont des créateurs, (poète vient du grec et signifie en effet créateur et poésie signifie création) - Rien ne vient donc sur terre, n’apparaît aux yeux des hommes s’il n’a d’abord été imaginé par un poète. L’amour même, c’est la poésie naturelle de la vie, l’instinct naturel qui nous pousse à créer de la vie, à reproduire.
— Guillaume Apollinaire
Si j’écris, c’est disons
pour ouvrir une porte.
Le chant
Peut être silence.
Lorsque j’écris nuage,
le mot nuage,
c’est qu’il se passe quelque chose
avec le mot nuage…
Ce que je crois ne pas savoir,
Ce que je n’ai pas en mémoire,
C’est le plus souvent
ce que j’écris dans mes poèmes.
Et si le poème
Etait une bougie
Qui se consumerait
sans jamais s’épuiser ?
Quand un poème t’arrive,
Tu ne sais d’où ni pourquoi, c’est comme si un oiseau
Venait se poser dans ta main …
Le poème s’enracine
dans ce qu’il devient.
Je suis un ruminant
Je broute des mots.
Eugène Guillevic