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Coups de cœur
Chanson
Vu que tu es plus blanche que le lis,
Qui t’a rougi ta lèvre vermeillette
D’un si beau teint ? Qui est-ce qui t’a mis
Sur ton beau sein cette couleur rougette ?
Qui t’a noirci les arcs de tes sourcils ?
Qui t’a bruni tes beaux yeux, ma maîtresse ?
Ô grand beauté remplie de soucis,
Ô grand beauté pleine de grand liesse !
Ô douce, belle, honnête cruauté,
Qui doucement me contraint de te suivre,
Ô fière, ingrate, et fâcheuse beauté,
Avecque toi je veux mourir et vivre.
Pierre de Ronsard
Dans toute poésie
Egyptologie
Je suis le Sphinx.
Je suis la femme enterrée dans les sables jusqu’au menton
J’attends l’archéologue qui m’arrachera à cette tombe
Mettant à nu mon cou, mes seins aigus, mes doigts griffus
Sans oublier la clé de mon énigme.
Car jamais on ne l’a plus résolue depuis Œdipe.
Je regarde les pyramides pareilles à des seins anguleux et durs
Debout sur le corps tari de l’Egypte.
Mes eaux fertiles coulent dans les profondeurs adorables enfers.
Toute femme devrait posséder un delta de ce riche limon
Du même brun mordoré que les fesses des reines de Nubie
O mon amie, qu’es-tu venue faire en Egypte ?
Entre Aton et Yahvé la vieille haine n’est pas morte
Moïse marche en tête de son peuple et parle de remords
La voix qui jaillit du volcan refuse de se taire
Religion de la mort
Et femme enterrée vive
Durant des millénaires
Des océans de sable ont passé sur ma tête
Mon sexe n’est qu’un désert
Mes cheveux étaient plus poreux que la ponce
Et nul ne me tétait les lèvres
Pour en tirer le lait de la parole
Ces seins pyramidaux, malgré leur démesure
Ne connaîtront jamais la flétrissure
Au cœur de chacun d’eux gît un monarque mort
Au cœur de chacun d’eux
Dort une chambre noire …
Tunnel, ossements d’homme
Or maléfique
Erica Jong
Causou
A la femme aimée
Lorsque tu vins, à pas réfléchis, dans la brume,
Le ciel mêlait aux ors le cristal et l’airain.
Ton corps se devinait, ondoiement incertain,
Plus souple que la vague et plus frais que l’écume.
Le soir d’été semblait un rêve oriental
De rose et de santal.
Je tremblais. De longs lys religieux et blêmes
Se mouraient dans tes mains, comme des cierges froids.
Leurs parfums expirants s’échappaient de tes doigts
En le souffle pâmé des angoisses suprêmes.
De tes clairs vêtements s’exhalaient tour à tour
L’agonie et l’amour.
Je sentis frissonner sur mes lèvres muettes
La douceur et l’effroi de ton premier baiser.
Sous tes pas, j’entendis les lyres se briser
En criant vers le ciel l’ennui fier des poètes
Parmi des flots de sons languissamment décrus,
Blonde, tu m’apparus.
Et l’esprit assoiffé d’éternel, d’impossible,
D’infini, je voulus moduler largement
Un hymne de magie et d’émerveillement.
Mais la strophe monta bégayante et pénible,
Reflet naïf, écho puéril, vol heurté,
Vers ta Divinité.
Renée Vivien
J'ai besoin de te voir
J'ai besoin de te voir, de te presser sur mon coeur, de mourir sur tes lèvres.
Ange à moi, ange adoré, j'ai besoin de verser mon âme dans la tienne,
et de retrouver ces sensations qui sont devenues ma vie.
Cette vie est en tes mains.
Mon sang bout, tous mes sens sont dans une agitation
que ton regard et tes baisers seuls calment.
Je t'aime avec fureur, soyons toujours unis, donne-moi de longues heures.
Lettre de Benjamin Constant à Anna Lindsay, le 22 décembre 1800.
J’ai aimé
J’ai aimé des endroits
où secrètement
le soleil se laissait caresser.
Où étaient passées des lèvres,
où les mains avaient couru innocentes,
le soleil brûle.
J’ai aimé comme on brise la pierre,
comme on se perd
dans l’insensible floraison de l’air.
--- Eugénio de Andrade
Le temps des cerises
A toute âme éprise
A toute âme éprise et à tout noble cœur
A qui parviendra ceci
Afin qu’ils m’en retournent leur avis,
Salut dans la personne de leur Seigneur, c’est-à-dire l’Amour.
Déjà étaient passées les heures
Où les étoiles brillent de tout leur éclat,
Quand m’apparut tout a coup l’Amour
Dont l’essence me remplit encore de terreur.
L’Amour me paraissait joyeux.
Il tenait mon cœur dans sa main
Et dans ses bras une femme endormie et enveloppée d’un manteau.
Puis il la réveillait et, ce cœur qui brûlait,
Il le lui donnait à manger, ce qu’elle faisait, craintive et docile,
Puis je le voyais s’en aller en pleurant
Dante Alighieri
