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Chant d'amour (III)

16 Mai 2017, 02:17am

Publié par vertuchou

Pourquoi sous tes cheveux me cacher ton visage ?
Laisse mes doigts jaloux écarter ce nuage :
Rougis-tu d'être belle, ô charme de mes yeux ?
L'aurore, ainsi que toi, de ses roses s'ombrage.
Pudeur ! honte céleste ! instinct mystérieux,
Ce qui brille le plus se voile davantage ;
Comme si la beauté, cette divine image,
N'était faite que pour les cieux !

Tes yeux sont deux sources vives
Où vient se peindre un ciel pur,
Quand les rameaux de leurs rives
Leur découvrent son azur.
Dans ce miroir retracées,
Chacune de tes pensées
Jette en passant son éclair,
Comme on voit sur l'eau limpide
Flotter l'image rapide
Des cygnes qui fendent l'air !

Ton front, que ton voile ombrage
Et découvre tour à tour,
Est une nuit sans nuage
Prête à recevoir le jour ;
Ta bouche, qui va sourire,
Est l'onde qui se retire
Au souffle errant du zéphyr,
Et, sur ces bords qu'elle quitte,
Laisse au regard qu'elle invite,
Compter les perles d'Ophyr !

Ton cou, penché sur l'épaule,
Tombe sous son doux fardeau,
Comme les branches du saule
Sous le poids d'un passereau ;
Ton sein, que l'oeil voit à peine
Soulevant à chaque haleine
Le poids léger de ton coeur,
Est comme deux tourterelles
Qui font palpiter leurs ailes
Dans la main de l'oiseleur.

Tes deux mains sont deux corbeilles
Qui laissent passer le jour ;
Tes doigts de roses vermeilles
En couronnent le contour.
Sur le gazon qui l'embrasse
Ton pied se pose, et la grâce,
Comme un divin instrument,
Aux sons égaux d'une lyre
Semble accorder et conduire
Ton plus léger mouvement.
 

Alphonse de Lamartine

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La poésie n'est pas censée comprendre

15 Mai 2017, 02:36am

Publié par vertuchou

La poésie n'est pas censée comprendre. Seulement sentir. Sentir jusqu'à pleurer ou vomir. 
 
Makenzy Orcel

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Premier Jour

14 Mai 2017, 02:55am

Publié par vertuchou

Des draps blancs dans une armoire
Des draps rouges dans un lit
Un enfant dans sa mère
Sa mère dans les douleurs
Le père dans le couloir
Le couloir dans la maison
La maison dans la ville
La ville dans la nuit
La mort dans un cri
Et l’enfant dans la vie.

Jacques Prévert

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Minuetto/Trio, 3/4, la majeur/ré majeur

13 Mai 2017, 02:48am

Publié par vertuchou

Luigi Boccherini, troisième mouvement "Menuet", quintette à cordes avec deux violoncelles en mi majeur opus 11 no 5 (G.275)

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Tristesse d'été

12 Mai 2017, 02:43am

Publié par vertuchou

Le soleil, sur le sable, ô lutteuse endormie,
En l'or de tes cheveux chauffe un bain langoureux
Et, consumant l'encens sur ta joue ennemie,
Il mêle avec les pleurs un breuvage amoureux.

De ce blanc flamboiement l'immuable accalmie
T'a fait dire, attristée, ô mes baisers peureux
" Nous ne serons jamais une seule momie
Sous l'antique désert et les palmiers heureux ! "

Mais la chevelure est une rivière tiède,
Où noyer sans frissons l'âme qui nous obsède
Et trouver ce Néant que tu ne connais pas.

Je goûterai le fard pleuré par tes paupières,
Pour voir s'il sait donner au coeur que tu frappas
L'insensibilité de l'azur et des pierres.

Stéphane Mallarmé

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Je ne vis que ses yeux

11 Mai 2017, 03:32am

Publié par vertuchou

..  Je ne vis que ses yeux. Ils prirent possession de moi avec tant d’ironie qu’à peine je pus balbutier des politesses, m’incliner, sourire. Ces yeux vous regardaient, à quoi je n’étais guère habitué, par dédain sans doute, d’accorder à quelqu’un d’autre ce pouvoir. Je n’eus pas le temps de reconnaître la couleur de ce regard, ni le visage dont il émanait.

Elle était vêtue de noir, obscure vraiment, comme une prêtresse ou ce qu’on voudra de sévère et d’imposant. Encore aujourd’hui je ne peux voir une femme en deuil sans la revoir, elle, brune et sombre, avec dans les yeux tout l’éclat de l’insolence et de la gaieté.

Au dîner, j’observai Concha ouvertement, et elle soutint mon regard. Elle ne refusait ni n’engageait le combat, et ses yeux se posaient sur les miens, curieux et froids, sans que je puisse décider s’ils étaient pour ou contre mon désir. Comme tous les yeux admirables, je m’apercevais qu’ils avaient une couleur difficile à identifier ni marron, ni verts, avec une tache pourpre dont on aurait dit qu’elle savait user.

Philippe Sollers, Une curieuse solitude

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Elle est celle qui attend

10 Mai 2017, 03:19am

Publié par vertuchou

Elle est celle qui attend.

Égrainer les heures de ses jours et de ses nuits, comme une grenade

ou un épi de maïs, en retirer les mensonges et les duperies,

faire passer les grains de raisin un à un, entre ses doigts, comme des mots

d’insomnie et de chagrin, dessiner un arbre dont aucune feuille ne connaîtrait l’été,

parce qu’elle est celle qui attend.

Elle évoque le poète de son pays lointain :
"Écoutez-moi, vous autres qui traversez le seul, l’infini désert,
Vous, déjà ombres ! qui grincez telles les serrures moisies de la solitude,
Ah ! Vous autres, dans l’urne du silence comme ces poussières, ces grimoires et les années !"

Elle désire le silence, loin du désert des villes abreuvées de foules anonymes

et des regards impavides, le silence où naissent les aubes,

avant qu’elles n’apaisent la peur, le silence d’entre nuit et jour,

celui qui vous prend par la main et vous mène sur les chemins

où l’on éprouvera son souffle, à la rencontre fortuite d’un oiseau sur une branche.

Dans ce frémissement d’ailes et de vent, qui, de la branche et de l’oiseau, est la branche ?

...

Remy Durand

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Street Photography

9 Mai 2017, 02:51am

Publié par vertuchou

Alex Coghe, Street Photography 6

Alex Coghe, Street Photography 6

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Chanson

8 Mai 2017, 03:11am

Publié par vertuchou

Vu que tu es plus blanche que le lis,
Qui t’a rougi ta lèvre vermeillette
D’un si beau teint ? Qui est-ce qui t’a mis
Sur ton beau sein cette couleur rougette ?

Qui t’a noirci les arcs de tes sourcils ?
Qui t’a bruni tes beaux yeux, ma maîtresse ?
Ô grand beauté remplie de soucis,
Ô grand beauté pleine de grand liesse !

Ô douce, belle, honnête cruauté,
Qui doucement me contraint de te suivre,
Ô fière, ingrate, et fâcheuse beauté,
Avecque toi je veux mourir et vivre.

Pierre de Ronsard

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Dans toute poésie

7 Mai 2017, 02:51am

Publié par vertuchou

Dans toute poésie, quelle qu'en soit la forme ou l'étendue,
il y a une lutte secrète entre l'infini du sentiment et le fini de la langue
dans lequel cet infini se renferme sans se limiter.
 
Jules Barbey d'Aurevilly

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